PALANTIR, PETER THIEL, ALEX KARP (1/3): “ Silicon Valley has lost its way “ (The technological Republic, 2026)

Temps de lecture :  13 minutes
mots-clés : IAG, Sillicon Valley, philosophie, libertarien, USA, politique, guerre
Nombre de pages  « équivalent » : 4
Article rédigé avec l’aide de l’IA :
oui

En bref : Palantir est présentée comme une entreprise discrète mais influente, dont les technologies s’inscrivent dans une vision politique et culturelle très marquée. L’article souligne le rôle central de Peter Thiel et d’Alex Karp, dont les convictions libertariennes, militaristes et critiques envers la démocratie façonnent l’orientation de l’entreprise. Le manifeste de Palantir défend l’idée que la Silicon Valley doit servir la puissance américaine, notamment par des logiciels appliqués à la défense et à la sécurité. L’article interroge enfin les risques démocratiques et éthiques d’une IA de contrôle capable d’influencer, voire d’automatiser, des décisions de guerre.

Cet article est une série de 3 articles dont 2 à venir

Chers lecteurs, chères lectrices,
Chers abonné.e.s,

Introduction

Notre blog a pour objectif de lier les territoires au numérique, accompagnant en cela les transformations profondes de la gestion des villes et territoires de manière numérique. Souvent, on imagine le numérique comme un système-outil pour répondre à des problèmes. Ce fut le modèle des villes intelligentes pensé par les USA à l’époque de l’administration Clinton. Ensuite, nombre d’acteurs, dont votre serviteur, ont développés des approches plus sensibles nécessitant non seulement de résoudre des problème grâce à la puissance de calcul des machines, mais également de définir le pouvoir des humains à résoudre les problèmes en posant les bonnes questions… avant de chercheur le solutionnisme numérique.

Sur cette base, la ville est approchée comme un système complexe façonné par des interactions MtoM, HtoM, HtoH. Une complexité travaillée par des acteurs tels Bernard Steigler, Carlo Ratti, et bine d’autres. Cette approche ne nie pas l’efficacité des machines à résoudre les problèmes. Toutefois, le chemin pour y arriver peut parfois être mieux agencé à partir de l’intelligence humaine.

L’arrivée de l’IA publique et accessible à tous en 2022 a révélé petit à petit un nouveau modèle face à la puissance des LLM : l’IA peut remplacer l’homme dans le modèle hybride de la ville intelligente. Certes, le modèle de crédit social chinois (Numeric Lanscape, 23 octobre 2018) avait déjà proposé un avant-goût de ce qui allait arriver. Mais aujourd’hui, un acteur nouveau vient démontrer l’ampleur de la présence de ces outils, pas uniquement pour la gestion de la ville.

PALANTIR, une entreprise très discrète qui s’occupe de vous

Le nom de Palantir est certainement venu à vos oreilles ces dernières semaine. Le manifeste d’Alex Karp, CEO de Palantir et Dr en philosophie n’est pas passé inaperçu dans les médias, parfois avec quelques approximations, souvent séquencé par une expertise ciblée dans l’un des domaines d’actions de l’entreprise qui répond pourtant à de nombreuses aires d’actions dans nos vies quotidiennes.
Je vous conseille toutefois l’écoute du podcast de la RTBF sur ce sujet : Faut-il avoir peur de Palantir, Les clés, RTBF, 11 juin 2026.

Derrière cette entreprise, il y a des hommes intellectuellement brillants et issus de la « mafia » PayPal. Particulièrement Peter Thiel, chantre du libertarianisme américain, et bien plus radical que le modèle libertarien traditionnel de Ayn Rand.

Pour rappel, la doxa libertarienne se base sur le contrat : un contrat entre les habitants d’une ville et leur bourgmestre, le contrat entre un employé et son employeur, un contrat familial, … bref tout est échange basé sur des règles définies spécifiquement entre deux individus, sans contraintes, librement accepté. Dans le même temps, plusieurs tendances libertariennes, des branches d’un même arbre se sont développées. Toutes plus ou moins radicale dans le modèle contractuel.

Peter Thiel, associé principal de Palantir, est difficile à ranger dans une seule case du libertarianisme, car sa pensée a évolué au fil du temps. Si l’on devait le situer aujourd’hui, il est plus proche du paléo-libertarianisme (paleolibertarianism) que du libertarianisme classique, tout en empruntant également des éléments au néoréactionnarisme (Dark Enlightenment) et au national-conservatisme. Aujourd’hui, il est clairement dans la mouvance Dark Enlightenment (néoréaction) qui critique la démocratie représentative, l’égalitarisme et la gestion de l’Etat social-démocrate.

Parler de Thiel et de son associé, Kalp est essentiel pour comprend le dessein de Palantir car les hommes façonnent leurs entreprises.

Analyse du manifeste (sur base de l’article du Grand Continent)

  1. La Silicon Valley a une dette morale envers le pays (USA) qui a rendu possible son ascension. L’élite de l’ingénierie de la Silicon Valley a l’obligation positive de participer à la défense de la nation.
  2. Il faut nous rebeller contre la tyrannie des applications. L’iPhone est-il vraiment notre plus grande réalisation créative, sinon notre accomplissement suprême en tant que civilisation ? L’objet a changé nos vies, mais il pourrait aussi, désormais, limiter et contraindre notre sens du possible.
  3. Le courrier électronique gratuit ne suffit pas. La décadence d’une culture ou d’une civilisation, et en effet de sa classe dirigeante, ne sera pardonnée que si cette culture est capable de produire de la croissance économique et de la sécurité pour le public.
  4. Les limites du soft power, de la rhétorique brillante à elle seule, sont aujourd’hui manifestes. La capacité des sociétés libres et démocratiques à l’emporter exige quelque chose de plus qu’un appel moral. Elle exige du hard power, et le hard power de ce siècle reposera sur les logiciels.
  5. La question n’est pas de savoir si des armes à base d’IA seront construites ; c’est de savoir qui les construira, et pour quel but. Nos adversaires ne s’arrêteront pas pour se livrer à des débats théâtraux sur les mérites du développement de technologies ayant des applications militaires et de sécurité nationale critiques. Ils avanceront.
  6. Le service national devrait être un devoir universel. Nous devrions, en tant que société, sérieusement envisager de nous éloigner d’une force entièrement volontaire et ne combattre la prochaine guerre que si tout le monde partage le risque et le coût.Si un Marine américain demande un meilleur fusil, nous devrions le construire ; et il en va de même pour les logiciels. Nous devrions être capables, en tant que pays, de continuer à débattre de la pertinence d’une action militaire à l’étranger tout en demeurant inflexibles dans notre engagement envers ceux que nous avons priés de se mettre en danger.
  7. Les serviteurs du public n’ont pas besoin d’être nos prêtres. Toute entreprise qui rémunérerait ses employés comme le gouvernement fédéral rémunère les serviteurs publics aurait du mal à survivre.
  8. Nous devrions faire preuve de beaucoup plus d’indulgence (grace) envers ceux qui se sont soumis à la vie publique. L’éradication de tout espace de pardon — le rejet de toute tolérance pour les complexités et les contradictions de la psyché humaine — pourrait nous laisser une galerie de personnages à la barre que nous regretterons.
  9. La psychologisation de la politique moderne nous égare. Ceux qui se tournent vers l’arène politique pour nourrir leur âme et leur sens de soi, qui comptent trop lourdement sur leur vie intérieure, trouvant son expression chez des personnes qu’ils pourraient ne jamais rencontrer, seront laissés déçus.Notre société est devenue trop pressée, et souvent joyeuse, face à la disparition de ses ennemis. Le fait de vaincre un adversaire est un moment pour faire une pause, non pour se réjouir.
  10. L’ère atomique prend fin. Un âge de dissuasion, l’âge atomique, prend fin, et une nouvelle ère de dissuasion, fondée sur l’IA, est sur le point de commencer.Aucun autre pays, dans l’histoire du monde, n’a fait plus avancer les valeurs progressistes que celui-ci. Les États-Unis sont loin d’être parfaits. Mais il est facile d’oublier combien il existe davantage d’opportunités dans ce pays, pour ceux qui ne sont pas des élites héréditaires, que dans toute autre nation sur la planète.
  11. La puissance américaine a rendu possible une paix extraordinairement longue. Trop nombreux sont ceux qui ont oublié, ou qui tiennent peut-être pour acquis, que près d’un siècle de paix a prévalu dans le monde, sans conflit militaire entre grandes puissances. Au moins trois générations — des milliards de personnes, leurs enfants et maintenant leurs petits-enfants — n’ont jamais connu de guerre mondiale.
  12. La neutralisation d’après-guerre de l’Allemagne et du Japon doit être défaite. Le désarmement de l’Allemagne a été une surcorrection, dont l’Europe paie aujourd’hui un lourd prix. Un engagement similaire et hautement théâtral envers le pacifisme japonais, s’il est maintenu, menacera aussi de déplacer l’équilibre des puissances en Asie.
  13. Nous devrions applaudir ceux qui tentent de bâtir là où le marché n’a pas su agir. La culture se moque presque de l’intérêt de Musk pour les grands récits, comme si les milliardaires devaient simplement rester dans leur couloir, qui consiste à s’enrichir… Toute curiosité ou tout intérêt authentique pour la valeur de ce qu’il a créé est essentiellement écarté, ou peut-être tapi sous un mépris à peine voilé.
  14. La Silicon Valley doit jouer un rôle dans la lutte contre la criminalité violente. De nombreux politiques, aux États-Unis, ont essentiellement haussé les épaules face à la criminalité violente, abandonnant tout effort sérieux pour traiter le problème, ou prendre un risque avec leurs électeurs ou donateurs dans la recherche de solutions et d’expériences dans ce qui devrait être une tentative désespérée de sauver des vies.L’exposition impitoyable des vies privées des personnages publics chasse trop de talents du service gouvernemental. L’arène publique — et les attaques superficielles et mesquines contre ceux qui osent faire autre chose que s’enrichir — est devenue si implacable que la république se retrouve avec un effectif significatif de vaisseaux vides et inefficaces, dont on pardonnerait l’ambition s’il y avait la moindre conviction véritable tapie à l’intérieur.
  15. La prudence que nous encourageons involontairement dans la vie publique est corrosive. Ceux qui ne disent rien de mal ne disent souvent pas grand-chose du tout.
  16. L’intolérance envers la croyance religieuse, pervasive dans certains cercles, doit être combattue. L’intolérance des élites envers la croyance religieuse est peut-être l’un des signes les plus révélateurs que son projet politique constitue un mouvement intellectuel moins ouvert que beaucoup en son sein ne le prétendent.Certaines cultures ont produit des avancées vitales ; d’autres demeurent dysfonctionnelles et régressives.
  17. Toutes les cultures seraient désormais égales. La critique et les jugements de valeur seraient interdits. Pourtant, ce nouveau dogme passe sous silence le fait que certaines cultures, et, en effet, certaines sous-cultures […] ont produit des merveilles. D’autres se sont révélées médiocres, et pire, régressives et nocives.
  18. Nous devons résister à la tentation superficielle d’un pluralisme vide et creux. Nous, en Amérique, et plus largement dans l’Occident, avons, pendant le dernier demi-siècle, résisté à la définition de cultures nationales au nom de l’inclusion. Mais l’inclusion dans quoi ?

Derrière cette énumération, Thiel et Karp dessinent une vision du monde qu’ils entendent concrétiser par leurs technologies. Comme nous l’avons déjà souligné, les dirigeants façonnent leur entreprise à leur image. Cela interroge d’autant plus lorsqu’il s’agit d’une société discrète, dont les activités consistent principalement à fournir des services aux États. Le paradoxe libertarien est frappant : dépendre des États, même sous forme contractualisée. On notera aussi que Peter Thiel a régulièrement soutenu des candidats à la présidence américaine grâce à une fortune estimée à environ 15 milliards de dollars. Il revendique pourtant une profonde déception à l’égard du politique et semble aujourd’hui rompre le contrat moral qui le liait à l’État, au nom de sa critique de la décadence techno-démocratique. Toutefois, derrière ce manifeste, la question va plus loin : la peur de la décadence américaine derrière la perte de puissance. Cette perte de puissance est un fait face à l’Asie et particulièrement la Chine. Visiblement P. Thiel en a peur car le monde n’est pas libertarien. Lorsqu’il parle de culture, son prisme est celui de la Silicon Valley et des philosophies qui sous-tendent les acteurs de San Franscico. La guerre est aujourd’hui devenue une guerre culturelle contre le wokisme, la société « bien-pensante », mais aussi une guerre avec des armes : l’IA de contrôle sous une forme délibérément assumée et culturellement orientée.

Dans ce contexte, on notera que Palantir offre son service militaire à l’ensemble des pays occidentaux. Toutefois, cette technologie n’est pas neutre et elle tue. Voici quelques semaines, on a appris que les logiciels de Palantir furent massivement utilisés pour la guerre avec l’Iran. L’un des questionnements qui a émergé de cette technologie, c’est que l’humain n’avait plus que 3à secondes pour décider et être sûr de toucher la cible. Résultat : de nombreux dommages collatéraux et des milliers de morts civils en Iran.

Réflexion

Cela pose évidemment question. Car finalement qui décide la guerre ? Le politique (que Thiel considère comme incompétent et mou). L’homme ou la femme qui marque son accord dans un contexte où il est dépassé par le calcul de la machine ? la Machine, dont le codage et la philosophie de réponse est clairement orientée.

L’aide à la décision de Palantir est extraordinaire et bien au-dessus de la concurrence. Toutefois, elle nous enlève le libre arbitre. C’est le paradoxe de ces courant libertarien : la contractualisation est limitée à soi-même et un autre, le reste n’existe plus et peut devenir un dommage raisonnable.

Qui veut la paix prépare la guerre, Palantir semble vouloir la guerre tout court. Une guerre culturelle dans le monde réel, pensée avec l’IAG, financée par nos gouvernements.

Pour aller plus loin :

Article de référence : Arnaud Miranda, Gilles Gressani, Le manifeste de Palantir pour la domination, 20 avril 2026 et « The Technological Republic, in brief », post sur le compte X de Palantir, 18 avril 2026.

Transhumanisme et libertariens, Numeric Landscape, 2 mai 2017

Libertariens, IA et gouvernements : enjeux de la deuxième ère Trumpiste?, Numeric Landscape, 7 avril 2025

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Dr. Pascal SIMOENS, Architecte et urbaniste, data Scientist.
J’ai commencé ma vie en construisant des villes en Lego, j’en ai fait mon métier. Geek invétéré, aujourd’hui je joins mes passions du numérique et de la ville au travers d’une expertise smart Cities et smart-buildings comme responsable » R&D au sein du groupe Pirnay (Charleroi-Bruxelles) et plus particulièrement de sa section S²Enginnering (smart & sustainable) . En même temps, j’enseigne cette expertise  et continue la recherche dans les domaines de l’IA, l’architecture et la réduction de l’entropie du processus constructif au sien de l’UMONS. Je représente également les universités d’Etat de la communauté Française au sein du Conseil National de l’Ordre des architectes et du Conseil francophone et germanophone.

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