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mots-clés : Palantir, démocratie, technologie, IAG, guerre, USA, Chine, Europe, gardiens, cité, Platon.
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Article rédigé avec l’aide de l’IA : oui
En bref : L’article analyse l’émergence d’un nouveau complexe militaro-technologique autour de Palantir, où des entreprises privées influencent désormais les politiques de défense, de surveillance et de décision publique. Il souligne les risques liés à l’automatisation de la guerre, à la dilution des responsabilités et à l’affaiblissement du contrôle démocratique. Face à la rapidité des évolutions de l’intelligence artificielle, il propose une « troisième voie » inspirée des gardiens de la cité de Platon : une instance indépendante chargée d’évaluer les limites éthiques des technologies.
Chers lecteurs, chères lectrices,
Chers abonné.e.s,
Introduction
« J’adore l’idée de me procurer un drone et d’asperger d’urine légèrement mélangée à du fentanyl les analystes qui ont essayé de nous mettre des bâtons dans les roues », a déclaré Alex Karp, PDG de Palantir.
Chers lecteurs lorsque j’ai entendu/lu cette phrase du directeur de Palantir que je vous ai présenté dans mon précédent article PALANTIR, PETER THIEL, ALEX KARP : “ Silicon Valley has lost its way “ (The technological Republic, 2026), 10 Août 2026, mon sang n’a fait qu’un tour ! Qu’un docteur en philosophie puisse tenir de tels propos doit nous interpeller. Analyse.

Analyse
Notre analyse complémentaire au premier article se base sur un article publié par Les-Crises le 29 avril 2026 est la traduction d’un texte de Janet Abou-Elias et William D. Hartung paru initialement sur TomDispatch sous le titre beaucoup plus sobre The Brave New War Machine. Les deux auteurs sont rattachés au projet « Democratizing Foreign Policy » du Quincy Institute et travaillent sur les dépenses militaires, le commerce des armes et la politique étrangère américaine. Il ne s’agit donc pas d’une enquête neutre sur Palantir, mais d’un essai politique anti-militariste assumé.
Rappelons également que Palantir a aidé Israël à intensifier le rythme des bombardements et des massacres de Palestiniens à Gaza, et sa technologie a permis à l’ICE d’accélérer les expulsions, tout en contribuant à localiser et à identifier les manifestants à Minneapolis. Non seulement Karp ne regrette pas les dégâts causés par les produits de son entreprise, mais il s’en vante ouvertement.
Dans ce contexte, l’article traduit en français est plus polémique que la version américaine. Le titre français introduit ainsi trois présupposés avant même la lecture :
- Les acteurs concernés formeraient un groupe homogène et coordonné ;
- Leur rapport à la technologie relèverait d’une croyance irrationnelle ;
- Le risque serait d’ordre existentiel pour l’humanité entière.
Auraient-ils complètement tort, ou s’agirait-il seulement d’une approche plus engagée, liée à une culture européenne plus conservatrice, largement absente du débat porté par les courants libertariens nord-américains ?
Probablement un peu des deux. Nous allons donc dégrossir la pierre.
La thèse centrale, que nous avons déjà développée dans le premier article à travers le manifeste de Palantir porté par Peter Thiel et Alex Karp, repose sur l’idée qu’un nouveau complexe militaro-industriel est en train de se constituer autour de Palantir, Anduril et d’entrepreneurs comme Alex Karp, Peter Thiel, Palmer Luckey et Elon Musk : la « mafia PayPal ».
Contrairement aux industriels traditionnels de l’armement, ces acteurs ne se contentent plus de vendre des technologies à l’État : ils cherchent à imposer leur propre conception de la guerre, de la sécurité, du pouvoir et de la démocratie, essentiellement à travers des outils informatiques plutôt que par des armes traditionnelles.
Pour faire la guerre, nous devons protéger nos militaires, soit en faisant la guerre à leur place, soit en leur fournissant des armes technologiquement supérieures.
Cette approche devient compréhensible lorsqu’on considère que les États-Unis craignent la force de frappe chinoise, laquelle cherchera peut-être, un jour ou l’autre, à récupérer définitivement Taïwan. Dans ce contexte, la course à l’armement est ouvertement déclarée. Les États-Unis disposeraient encore d’une vingtaine d’années pour conserver leur première place.
Mais ce n’est pas si simple.

Cette thèse comporte quatre dimensions
La militarisation de la Silicon Valley
Les entreprises technologiques ne se limitent plus aux moteurs de recherche, aux réseaux sociaux ou aux applications destinées au grand public. Elles conçoivent désormais des systèmes de fusion de données, de surveillance, d’aide à la décision, de ciblage, de commandement et de contrôle.
Attention, cependant : nous ne sommes pas dans le modèle de Skynet ni dans celui d’une IAG comparable à celle dont rêvent certains acteurs d’OpenAI. Nous nous trouvons plutôt face à un modèle proche de HAL, dans 2001 : l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick, c’est-à-dire une IA maîtrisant tous les champs qui lui sont autorisés. Elle est donc moins omnisciente que l’IAG telle qu’elle est théoriquement envisagée, notamment par Google ou Alphabet.
Le pendant de ce modèle est que l’IA peut également être autorisée à juger, sur la base de ses connaissances, ce qui est bien ou mal, dans un contexte où Palantir propose précisément ses services pour contribuer à définir le bien et le mal — une approche très américaine.
La militarisation ne doit donc pas être imaginée comme un simple renforcement matériel de l’appareil militaire américain, mais bien comme un changement de paradigme : moins de militaires, davantage de technologies intelligentes, le tout pour un coût inférieur. On est libertarien ou on ne l’est pas !
Cette nouvelle forme militaire est aujourd’hui manifestement numérique, et non plus uniquement technique ou matérielle.
Il convient toutefois de nuancer cette approche à travers l’exemple de l’Ukraine. L’intensité des combats nécessite de nombreux hommes et de nombreuses femmes sur le front, et une guerre contre la Chine n’aurait probablement pas d’autres effets.
Les Ukrainiens ont cependant démontré que l’intelligence « bricolée », reposant sur la coopération entre les humains et la technologie, constituait la clé d’un combat à haute intensité.
Bref, comme en 1914…
L’apparition d’une idéologie explicite
Alex Karp et Palmer Luckey ne présentent pas seulement leurs produits comme plus performants. Ils défendent une doctrine : la paix serait obtenue par la supériorité technologique, la peur imposée à l’adversaire et l’accélération de la capacité militaire occidentale. Le livre d’Alex Karp et Nicholas Zamiska, The Technological Republic, appelle effectivement la Silicon Valley à abandonner les produits jugés futiles pour se remettre au service de projets nationaux, notamment dans la défense et la compétition stratégique autour de l’intelligence artificielle.
Nous l’avons évoqué dans le paragraphe précédent : Karp et toute sa clique ne pensent pas que les réseaux sociaux numériques et les autres outils digitaux actuels soient nécessairement inutiles. Ils estiment plutôt que les « rois du monde numérique », comme Facebook, Google ou Apple, feraient mieux d’investir leur argent dans les enjeux numériques liés à la guerre.
Ils s’inspirent notamment de la Chine, dont le développement technologique est largement maîtrisé par l’État, y compris celui des entreprises chinoises privées.
Pour eux, dans leur lecture du déclin des États-Unis et, plus largement, du déclin civilisationnel occidental, le modèle chinois serait le plus efficace : un développement économique relativement libre, à condition que les investissements répondent aux besoins du peuple chinois tels qu’ils sont définis par l’État. Évidemment, la « mafia PayPal » n’est pas communiste, loin de là ! Mais, pour elle, la fin justifie les moyens : il en irait de l’instinct de survie.
Nous sommes ici bien loin de la pensée de Jürgen Habermas.
La privatisation de la décision publique
Dans l’article issu du site « les Crises », les auteurs craignent que les entreprises qui fournissent les systèmes techniques finissent aussi par déterminer :
- Les menaces qui doivent être identifiées ;
- Les données qui doivent être collectées ;
- Les personnes qui deviennent des cibles ;
- Les opérations jugées possibles ou nécessaires ;
- Les règles de contrôle considérées comme acceptables.
Le fournisseur ne serait alors plus seulement un exécutant, mais un coproducteur de la politique publique. On ne peut pas leur donner entièrement tort sur ce point. Il faut toutefois comprendre le pourquoi de cette évolution, et pas uniquement ses causes immédiates.
Bien sûr, Palantir veut prendre le pouvoir. Mais la raison profonde serait son aversion pour les autres modèles que nous qualifierons de civilisationnels : l’Europe sociale-démocrate, l’Asie collectiviste et autoritaire, l’Amérique du Sud instable et versatile ou encore l’Afrique corrompue.
Aucun de ces modèles n’a permis l’installation de véritables courants libertariens comparables à ceux qui se sont développés aux États-Unis.
Il faudrait donc sauver le modèle américain à tout prix, quel qu’en soit le coût, afin que les libertariens puissent atteindre leurs objectifs de libération individuelle totale.Sur cette base… La fin justifie les moyens. Pour un libertarien, ils sont juste un outil de résultat contractualisé avec un état qui accepte des choix. Palantir étant largement contractualisé avec les USA. Et en ce qui concerne les autres états, ils contractualisent également avec Palantir. Et tant pis pour ceux qui ne comprennent pas les logiques libertariennes… sauf si vous devenez également ouvert aux approches libertariennes. Les méthodes prédatrices actuelles d’une partie de sionistes envers les Palestiniens en sont un exemple délétère.
L’abaissement du seuil de la guerre
Des opérations plus automatisées, plus rapides et apparemment moins coûteuses pourraient rendre l’usage de la force politiquement plus facile. Une guerre menée à distance, avec moins de soldats nationaux exposés, peut sembler moins risquée aux gouvernements, même si elle reste extrêmement destructrice pour les populations qui la subissent.
A l’heure où nous écrivons ces quelques lignes (12 juillet 2026), les Iraniens ont attaqué quelques bateaux traversant le détroit D’Ormouz pendant la nuit (L’Iran étend le conflit au Golfe et referme le détroit d’Ormuz, La tribune, 12 juillet 2026). Un bateau cargo a été touché. Ce qui est explicite dans cet accroc qui fait les débats des journaux (mais moins que la canicule préoccupation essentiellement européenne à l’instant) c’est que les USA ont répliqué immédiatement. Une approche qui reflète une nouvelle manière de faire la guerre : instantanée, grâce aux modèles algorithmiques avec des frappes décidées en 30 secondes. Les « palantiriens » sont convaincus que cela réduite les dommages dans les armées, ici américaines « of course ».
Une question de modèle de société : USA vs démocratie athénienne (et Européenne).

Lorsqu’une décision létale résulte d’une chaîne comprenant des données, un algorithme, une recommandation, un opérateur humain et un commandement politique, la responsabilité devient diffuse. Chacun peut déclarer qu’il n’a fait qu’une partie du travail :
- L’entreprise n’a fourni qu’un logiciel ;
- Le logiciel n’a produit qu’une recommandation ;
- L’opérateur n’a fait que valider ;
- Le commandement n’a fait qu’appliquer la doctrine ;
- Le gouvernement n’a fait que répondre à une menace.
Cette fragmentation crée un risque d’irresponsabilité organisée. Le CICR confirme que les systèmes d’aide à la décision peuvent encourager le biais d’automatisation. A ce moment (inévitable) se pose la question essentielle pour les démocraties. Des questions différentes entre les USA libertariens et l’Europe athénienne. Néanmoins, la réponse n’est ma manichéenne :
- Pour le libertarien, le risque d’une information biaisée fait partie de l’équation. Celui qui ne souhaite pas s’en informer serait responsable de sa propre ignorance. Dans ce cas, la chaîne de décision ne fonctionne plus de manière strictement déterministe. Dans le processus de contractualisation, tout individu aurait le droit de refuser d’agir en fonction de l’injonction proposée par la machine. Il s’agirait de son droit individuel. Karp et ses associés savent évidemment que tout le monde n’a pas réalisé un doctorat en philosophie permettant de se poser ce type de questions éthiques. Mais cela leur importe finalement assez peu, car la machine, de plus en plus intelligente, réglera probablement le problème. Ainsi, Palantir propose ses services sous la forme d’une preuve de concept, ou PoC : « Ce n’est pas parfait, mais cela va s’améliorer. En attendant, merci de payer vos contrats : nous sommes déjà bons. ». On notera que Palantir a toujours été davantage prédatrice que créatrice, notamment en exploitant les IAG conçues par d’autres acteurs.
- Pour l’athénienn, la question initiale consiste à définir un modèle démocratique permettant d’organiser les choix et de répartir la responsabilité de chacun dans un cadre collectif. Dans cette conception, chacun est responsable à l’intérieur d’un cadre élargi, tandis que, dans le modèle libertarien, chacun est libre de prendre ses responsabilités dans le cadre de son travail. Toutefois, ce système fonctionne-t-il réellement en Europe, compte tenu d’un niveau de corruption non négligeable et, surtout, d’une dilution générale des responsabilités ? Quel ministre démissionne encore après un échec de son administration ?Depuis « responsable mais pas coupable » de Georgina Dufoix dans le cadre du sang contaminé en France, une affaire d’Etat qui a éclaté au grand jour en 1991 (L’Affaire du sang contaminé (1983-2003), Sophie CHAVEAU, 2011), la responsabilité politique et donc de son administration est diluée… ce qui est justement une critique du modèle Palantir, il faut le souligner. Néanmoins, la « black box » méta dataïfiée pose question de la même manière qu’il faut attendre la fin du film de 2001 : l’Odyssée de l’espace pour comprendre où se situe le vrai problème.
La question n’est donc pas le modèle mais bine la manière dont celui-ci est contrôlé.
Vers une troisième voie : les gardiens de la cité

La République athénienne était perfectible. Toutefois, Platon en était déjà conscient il y a près de 2 500 ans, et nous pourrions aujourd’hui reposer la question du fondement de notre représentativité.
Platon connaissait les limites de la démocratie et celles des hommes qui la construisent.
Il avait alors proposé la mise en place des « gardiens de la cité » : des hommes intouchables, sans réel pouvoir exécutif, si ce n’est celui d’avoir été choisis pour porter un regard distancié sur la société et son évolution. Leur mandat n’était pas reconductible. En contrepartie, ils étaient pris en charge par ceux qui les avaient choisis et bénéficiaient de tous les avantages nécessaires pour les mettre à l’abri de la corruption. Ces hommes n’étaient pas des surhommes, mais simplement des hommes prêts à défendre des idées et une certaine éthique de la société. À la fin de leur mandat, ils étaient néanmoins répudiés de la cité. Pourquoi parler d’un concept vieux de vingt-cinq siècles ? Parce qu’aujourd’hui, les questions éthiques ne peuvent plus être débattues suffisamment rapidement dans notre modèle démocratique : les outils numériques évoluent trop vite.
Demain, l’IAG émergera, que nous le voulions ou non. Même les personnes les plus réticentes seront heureuses de cette technologie si celle-ci leur permet de sauver leur enfant atteint d’une maladie orpheline ou d’un cancer. La question ne sera donc pas celle de son usage, mais plutôt celle-ci :
« La proposition formulée par la machine est-elle éthique ? »
Est-il éthique de tuer des civils pendant une guerre parce que des algorithmes démontrent que la mort de 4 000 civils permettrait d’en sauver plusieurs centaines de milliers ? Cette question semble folle. C’est pourtant le type de choix que les Américains ont effectué en lançant deux bombes atomiques sur le Japon en 1945. Selon les projections de l’époque, ces deux bombes auraient permis de sauver près d’un million de soldats et de civils appartenant aux deux camps. À cette époque, H. Truman dut en décider seul, avec l’aide de son administration et des scientifiques. Il était, en quelque sorte, un « gardien de la cité » au sein d’une démocratie devant laquelle il devait rendre des comptes, notamment devant le Congrès. Toutefois, une différence essentielle sépare cette question de celle qui consisterait à sauver une vie à condition d’en sacrifier d’autres, ou de toute autre interrogation éthique : le temps. Avons-nous le temps de réfléchir collectivement à l’éthique d’un médicament contre une maladie orpheline qui aurait des conséquences importantes sur un écosystème ? Non. La société n’est pas encore prête à le faire.
Il faut donc créer un corps intermédiaire de consultation, libre de toute pression. Ce corps pourrait prendre la forme des gardiens de la cité imaginés par Platon : une force capable de maîtriser le temps de la réflexion et les enjeux éthiques, de définir des limites, mais aussi d’identifier clairement les responsabilités et les éventuelles culpabilités.
Bonne et belle journée à vous.
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Dr. Pascal SIMOENS, Architecte et urbaniste, data Scientist.
J’ai commencé ma vie en construisant des villes en Lego, j’en ai fait mon métier. Geek invétéré, aujourd’hui je joins mes passions du numérique et de la ville au travers d’une expertise smart Cities et smart-buildings comme responsable » R&D au sein du groupe Pirnay (Charleroi-Bruxelles) et plus particulièrement de sa section S²Enginnering (smart & sustainable) . En même temps, j’enseigne cette expertise et continue la recherche dans les domaines de l’IA, l’architecture et la réduction de l’entropie du processus constructif au sien de l’UMONS. Je représente également les universités d’Etat de la communauté Française au sein du Conseil National de l’Ordre des architectes et du Conseil francophone et germanophone.
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