SIT-DOWN-CITY LIFE

1307960-comment-la-ville-de-paris-va-adapter-ses-espaces-au-numerique

le projet « Escale numérique » réalisé par Mathieu Lehanneur pour JCDecaux, Ville de Paris, 2012

Depuis sa fondation, la ville est un objet technique complexe reliant des activités, des infrastructures et des Hommes. Toutefois, et petit à petit à travers les âges, la ville s’est humanisée au travers d’échanges et du développement des espaces publics : places, rues, squares, un ensemble de mots signifiant des usages et des activités humaines spécifiques liées aux besoins des hommes.

Aujourd’hui, un nouveau paradigme sociétal est apparu : le numérique et ses nouveaux usages de l’espace urbain. L’Ethnologue italien P. FERRARIS nous parle de l’Eidos Mobile, sorte d’interaction entre l’homme et la machine qui ne font plus qu’un et cette unité a besoin de nouveaux éléments dans la ville pour fonctionner de manière optimale. Parallèlement, E. CHAMAYOU nous parle de la Kill Box, une nouvelle approche de la dimension de l’espace en 4 dimension : la dimension temporelle devenant mesurable au travers de l’espace qui est lui-même décomposé en petit carrées qui se complètes et s’adjoignent les un aux autres en fonction de nos déplacements.

Cette introduction pour parler d’un petit article de blog lié à la question de « s’asseoir en ville ». Un objet qui n’est pas si anodin que cela eu égard aux expériences récentes en France de villes ayant interdit les espaces de bancs aux SDF. Une autre preuve, si nécessaire, que le mobilier urbain est devenu aujourd’hui un enjeu politique.

L’enjeu de l’Eidos

L’Eidos mobile, intimement lié au numérique, est la nécessité de multiplication de micro-lieu de repos : lire des mails, passer un coup de téléphone nécessitant une forte attention, lieu de rencontre « je suis ici » via Yelp ou Foursquare pour ne citer que ceux-là.

L’enjeu de la Kill Box

La Kill Box redéfinit la dimension anamorphe de l’espace public et le rend encore plus singulier. Cette singularité oblige à la multiplication des éléments de design spécifique pour accompagner, selon le lieu, des fonctions et usages similaires et développés ci-avant.

Toutefois, la stratégie du mobilier urbain qui se présente sous une forme réglementée à outrance (pour des raisons de sécurité) mais également industrielles (l’uniformisation pour le moindre coût) est battue en brèche par de nombreuses nouvelles interventions urbaines : Parking Day, l’exemple de Grenoble et bien d’autres ne sont que les quelques exemples de création de mobilier spécifique dans des lieux que l’être urbain désire se réapproprier. Car l’espace public est devenu lieu de vie et espace intime au même titre que les grands rassemblements.

 

 

L’article inspirant ce post pose donc la bonne question : « Au-delà des sièges : réinventer la pause urbaine ». Une notion assez nouvelle et qui mériterait d’être prise en compte dans le cadre des stratégies des villes qui élaborent des charges du mobilier urbains. En effet, jusqu’à aujourd’hui, ces chartes développaient une systémiques fonctionnelles et visuelle : le mobilier urbain devait être rationalisé pour des raisons de coût et esthétisés pour des raisons d’identité.

Si cette approche reste actuelle, elle doit, à notre sens, être étendue à la question du parcours urbain d’une part et des jalonnements (les pauses) de ces parcours d’autre part. Un parcours souvent jalonné d’impossibilité de placement du mobilier… sauf à créer pour intégrer.

L’enjeu de la convivialité et de l’urbanité des villes numériques de demain est à ce prix.

 

Pour prolonger les lectures :

La ville asseyable, une utopie à (re)construire, Blog Demain la ville, Bouygues Immobilier, 14 mars 2016

Vers une ville asseyable, La ville résiliente, 23 avril 2016

Le canapé, ce mobilier urbain qui s’ignore, le Bug Urbain, 04 mars 2014

Avec vergers urbains, tous les moyens sont bons pour (ré)installer des bancs, vergers urbains, 21 février 2015

TINDER DATE

Lorsque deux personnes s rencontrent sur Tinder et décident de filmer leurs rencontres mais également… leurs états d’âmes.

Ce travail initié par l’un des protagoniste Andy LEEK, accompagné par Daniela SEA offre une lecture inédite sur le comportement naturellement compliqué des relations homme-femme. Tout y est : comportement verbal et non verbal, questionnements, contexte, … les réseaux de rencontre pour comprendre l’homme et la femme.

Une expérience sociologique vraiment intéressante.

DEAR ARCHITECTS & URBAN PLANNERS, PLEASE BE CAREFUL NOT TO LOSE THE HAND FACING IT ARCHITECTS

20151002_Palo_01_v2
PALO / Frog

Cela fait maintenant 4 ans que je travaille sur l’usage des réseaux sociaux et leur intégration dans les espaces publics et lorsque je parle des différents enjeux et interactions/potentialités des nouvelles technologies dans l’espace public et l’architecture… j’avoue parfois prêcher un peu dans le vide. Un vide de désintérêt assumé ou d’incompréhension des enjeux réels de la mutation qui s’annonce dans la conception de nos bâtiments et lieux urbains. Il en est de même lorsque je forme les étudiants de Master sur les villes numériques et villes intelligentes (Smart Cities) qui ils se rendent comptent à quel point la réalité de demain est loin de la réalité de l’enseignement traditionnel de l’architecture qui est encore dispensé aujourd’hui dans nos facultés.

A contrario, mes rencontres avec les spécialistes en technologies numériques démontrent qu’eux, n’hésitent pas à penser la ville à la place des urbanistes ou la maison de demain à la place des architectes. L’architecture et l‘urbanisme sont-ils en train de basculer vers le côté obscur de l’IT, à défaut d’avoir été pris suffisamment en charge tôt par les praticiens traditionnels ?

Et je ne suis pas le seul à m’en soucier. Jared Green, auteur de plusieurs articles sur le blog The Dirt (USA) se posait récemment la question dans le cadre d’un article demandant une meilleure vision holistique de l’aménagement des espaces publics intelligents.

A partir du moment où vous pouvez dessiner l’usage d‘un espace public à partir des seuls tweets, ce qui est l’objet de ma thèse, on peut légitimement se demander à quoi peuvent encore servir les concepteurs traditionnels. Et poser la question est facile d’y répondre si on est architecte ou urbaniste, mais insinue déjà un doute dans l’esprit des concepteurs IT, IoT, …

L’exemple de la grenouille PALO de la société LQD en est un bel exemple. En effet, depuis 3 ans, cette société élabore une nouvelle forme de colonne Morris. Mais cette colonne PALO est bien plus que cela :

  • Elle offre du WIFI gratuit et donc améliore la connectivité de l’ensemble des habitants de la ville (pour rappel, 1 habitant sur 4 en ville n’a pas de connexion internet et plus la ville est grande, plus cette proportion augmente) ;
  • Elle crée des activités (par exemple organisation d’un point de rencontre pour débuter un entrainement de course à pied) ;
  • Elle valorise des activités locales : rencontre de personnes du 3e âge ;
  • Elle offre des services régaliens : interdiction de stationnement ;

Elle est actuellement testée à New York, l’une des viles pionnières depuis 2008 dans le développement des villes intelligentes, avec Barcelone et Amsterdam, pour ne citer que ces 3 villes.

Bien évidemment, cela a un prix (publicités, etc.). Ces nouvelles colonnes définissent l’expression anglaise Placemaking qui définit un lieu où il se passe des choses… Tiens, cette définition ne devrait-elle pas être à charge (du moins partiellement) des concepteurs de l’espace public ?

Si les professionnels de la ville n’y prennent garde, dans quelques années, leur rôle sera celui d’ingénieur urbain, celui qui coordonne des éléments techniques pour que cela fonctionne, car il est démontré aujourd’hui qu’on peut dimensionner un nouvel espace à partir des usages compilés des données des habitants de cette même ville, d’animer l’espace grâce à des systèmes autonomes se nourrissant des données des usagers de l’espace public concerné.

Pourtant, la ville est à considérer comme un corps vivant et notre rôle d’urbaniste et architectes est d’être le médecin qui accompagne son développement. Un médecin qui diagnostique, analyse, renforce, développe une ville épanouie. Un épanouissement qui ne peut pas se mesurer, mais qui, si on y prend garde, se mesurera demain à défaut d’avoir anticipé notre rôle dans une nouvelle épure technologique.

logo.png

Je pourrais développer la facette contre révolutionnaire inconsciente de la nouvelle émergence des bidonvilles en Europe, le Junkspace de Rem Koolhaas est à nos portes et nous explique que les concepteurs, s’ils ne servent plus à rien, le peuple reprend ses droits et offre une nouvelle spontanéité urbaine. Peut-être faudra-t-il passer cette étape pour que les penseurs de la ville se réapproprient ce qu’il se font voler actuellement.

A notre échelle locale, celle de la Belgique et plus encore, de la Wallonie, le chemin est tout tracé : après une léthargie numérique avérée, les villes vont devoir passer à l’Open Data. Cette ouverture des données est essentielle pour que nos villes s’accrochent, enfin, au train des nouvelles technologies et surtout des nouvelles applications au service des habitants, usagers, entrepreneurs. Mais c’est également l’ouverture à la conception des nouvelles colonnes Morris, des espaces dits « intelligents », espace à la foi réel et virtuel dans un même lieu ; entre le réel et l’avatar.

Agir aujourd’hui pour penser demain. Il est grand temps…

 

Pascal Simoens, Architecte et Urbaniste, UMONS / faculté d’architecture et d’urbanisme / Centre de recherche URBAInE

My Think Tank, between Reality and Virtuality

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 1 114 autres abonnés