CONFINEMENT A LONG TERME ?

Temps de lecture : 12 minutes
Mots clés : COVID-19, coronavirus, confinement, déconfinement, sociologie, conflits générationnels, économie

Pour introduire le sujet

Le confinement est un objet de discussion sociale actuellement sans équivoque. Pourtant, ne serait-il pas nécessaire aujourd’hui de commencer à prendre du recul sur les choix politiques qui ont été portés par nos gouvernements afin de mieux jauger les risques sociaux à venir ? Et je précise d’avance, la discussion que je vais susciter risque fortement de choquer ceux qui ne veulent pas regarder plus loin que le bout de leur nez. Mais est-ce pourtant qu’il faille se taire face à ses propres questionnements ?

Je reste un homme libre dans un monde de moins en moins libre face à libre pensée, je profite de cette liberté chérie face à une société qui n’a plus le temps de s’arrêter, même quelques instants, pour regarder ce qui s’y passe. Les phénomènes tels que mai 68 ou plus récemment la chute du mur de Berlin permirent à de nombreux philosophes et sociologues de s’exprimer sur les enjeux, les risques de toutes mutations sociétales. Ce qui fut remarquable, c’est que le travail de réflexion se passa en parallèle avec les évènements. Aujourd’hui, et bien que les enjeux soient manifestes, qui entend-on pour nous forger notre propre opinion ? Non pas que les spécialistes soient moins nombreux, mais bien que l’information en temps réel prime sur la pause réflexive et philosophique. Nous préférons les chiffres du décompte des morts d’hier que de s’imaginer les chiffres des catastrophes de demain. Il est pourtant essentiel de réfléchir aujourd’hui à demain… le demain du confinement.

Je précise également que ce texte est issu d’une rencontre, celle d’un apéro virtuel regroupant des personnes de bien (telle que l’exprime le philosophe Charles Taylor[1]) réfléchissant également et beaucoup sur le déconfinement. Quel ne fut pas mon constat que selon les âges, le risque de non-déconfinement fût d’une intensité rare, prônant la liberté individuelle ou bien s’imaginant que le cas de l’un était le cas de tous. Ce constat presque dystopique, en tout cas des dystopies individuelles, m’amène à écrire cette réflexion.

La recommandation du confinement

Si nous présumons aujourd’hui qu’ alentour de mi-novembre, un patient 0 du COVID-19 a probablement émergé de la province du Hubei, les premiers cas furent détectés mi-décembre et les premières communications et recommandations de l’OMS sont apparues le 17 janvier 2020. Le 26 janvier 2020, une communication sur les risques et participations communautaires : préparation et riposte face au nouveau coronavirus déclinent les mesures à préconiser dans le cadre de l’épidémie. Nous le résumons en substance ici :

Premièrement, mettre un système d’information performant pour la population. Il est précisé et constaté que la population a une perception différente du risque que les spécialistes. La communication est donc un enjeu à part entière pour transformer la perception du risque et donc diminuer la contamination. Cela nous renvoie à la question des « Lock down party » qui ont eu lieu au début du confinement. Dans ce contexte, on se demande pourquoi nos états européens n’ont pas mieux et plus informé dès janvier du risque encouru? En effet, tous les modèles épidémiologiques démontrent qu’en pandémie de type COVID-19 met 2 mois pour couvrir l’entièreté de la planète. Pour s’en convaincre, il suffit de revoir la datavisualisation du NY Times (How the virus got out ?,22 mars 2020) pour en prendre pleinement conscience.

Le manque de communication est probablement lié à la seconde recommandation de l’OMS : la coordination interne entre les partenaires. Cela implique la question de la place des scientifiques dans la décision politique. Et nous savons tous que le politique n’aime pas perdre le pouvoir. Si aujourd’hui, la conférence de presse journalière sur le Covid-19 est effectuée par les responsables et scientifiques du centre belge de la crise , dans d’autres pays, force est de constater que le politique continue à garder la main sur « la communication », n’ayant probablement pas compris que la communication politique et la communication de guerre n’a pas le même sens et les mêmes méthodes.

Il est ensuite question de la protection des frontières et, plus particulièrement des portes d’entrées des pays, en d’autres termes : les lieux d’hypermobilité comme les aéroports, gares, etc. La dispersion du virus en Chine est probablement liée du fait que le marché où le virus a été disséminé est adjacent à une gare. De même, à l’échelle mondiale, les échanges entre pays par les vols intercontinentaux sont tels que les modèles de distribution du virus ne fait aucun doute sur le fait que la pandémie fait le tour du monde en à peine 8 semaines.

La troisième règles et la restriction des regroupement massifs. Ce fut le cas du match de Foot qui s’est déroulé entre Bergame (IT) et valence (ES) dans le cadre de l’UEFA League le 19 février 2020 et présumé foyer de dispersion massif du virus dans le nord de l’Italie et en Espagne (lié au déplacement des fans). Ce ne fut pas moins de 40.000 personnes qui se sont regroupées pendant quelques heures à Milan pour la gloire du Foot… et peut-être de nombreux morts à la gloire du ballon rond. La Belgique n’est pas en reste, et alors que le Virus était déjà en Europe, que des touristes italiens remontaient en Belgique pour les festivités carnavalesques ainsi que les jours gras, personne ne s’est demandé s’il n’aurait pas été plus judicieux, dès la connaissance de la présence du virus en Europe (en janvier 2020) de limiter toutes les activités et regroupements massifs de personnes, dont le carnaval de Binche. Certes ? Soyons de bon compte, c’est toujours plus facile d’analyser à postériori, mais on ne pourra pas dire qu’on ne savait pas. Nous compterons nos morts après la guerre.

La quatrième règle est la préparation du système de santé à se parer à une catastrophe : masques, lits, respirateurs… toutes ces choses qui devraient être en stock. Comme le précisent de nombreux médecins aujourd’hui, la médecine fournie aujourd’hui dans les hôpitaux s’apparente à la médecine de guerre. Et, de nouveau, une médecine de guerre n’est pas une médecine traditionnelle. Il faut donc la préparer. Sur ce sujet, il faut reconnaitre que les autorités sont ambivalentes : le basculement du confinement s’est entamé au moment où les courbes de progression des contaminations démontraient que si on ne faisait rien, les USI (Unités de soins intensifs) allaient être saturées dans les 10 jours à venir… et pour augmenter le temps précieux pour sauver des vies, tout le monde a été mis en confinement. Parallèlement, le manque de vision à long terme des responsables politiques avait, entretemps, réduit drastiquement le nombre de masques stockés « en cas de crise ». Il faudra bien faire un jour le bilan de cette gestion, mais ce n’est pas l’objet de mon article.

Sur bases des modèles, les 4 premières recommandations démontrent une réelle efficacité et à une condition : agir le plus préventivement possible. C’est ce que montre l’étude de l’université de Southampton publiée sur MedRvix. Et qui précise (selon les mêmes modélisations) que les scénarii informatiques où les mesures restrictives ont été mises en place selon différentes temporalités en Chine offrent des résultats qui suggèrent que les restrictions actuelles ont permis de diminuer le nombre potentiel de cas de 66 % dans le pays, mais, en agissant encore plus tôt, le nombre de cas aurait été bien plus faible.

Nous voilà donc arrivés à la dernière recommandation, il y en a 5 en tout : le confinement. Une solution extrême et de dernier recours, mais pourquoi ? Tout simplement parce que le confinement est une méthode à l’opposé de la gestion du risque face à un virus dont la seule échappatoire non vaccinale est l’immunité collective. C’est ce que Boris Johnson et le Premier ministre hollandais, ainsi que les pays nordiques ont mis en place. Toutefois, précisons que si le Premier ministre britannique a changé d’approche assez rapidement, c’est parce que si l‘immunité collective est facile à décréter, il nécessite également un système de soins de santé hyper performant et néanmoins, la mise en place d’un ralentissement pandémique en mettant en place les 4 premières recommandations de l’OMS. Toutefois, l’idée n’est pas si saugrenue que cela : le 16 avril, un conseiller du gouvernement britannique (Patrick Vallance) précisait : nous voulons éviter que tout le monde finisse par l’avoir (le virus) en peu de temps, ce qui submergerait le NHS (…) Vous ne pouvez pas l’arrêter, donc vous devriez vous retrouver avec un pic plus important, pendant lequel vous prévoyez que plus de gens seront immunisés (…) Une protection dans le processus. Ce que nous ne souhaitons pas, c’est arriver à ce que tout le monde l’attrape au même moment et que les services du National Health Service (NHS) soient débordés et ne puissent pas répondre à l’urgence. C’est ce que nous appelons l’aplatissement de la courbe et c’est également l’enjeu actuel du déconfinement progressif afin que la seconde vague ne déferle pas de nouveau dans tous les pays européens au mois de juillet et août. Car l’une des conditions de la réduction du risque de deuxième vague est l’immunité collective qui est confirmée si 60 à 70% de la population est contaminée… ce qui est impossible avec le confinement. D’ailleurs, les modèles[2] démontrent que l’endiguement de la pandémie prendra encore plusieurs mois (le Monde, 19 mars 2020) et les gouvernements étaient prévenus au regard du rapport déposé par l’université de Southampton.

pourquoi le confinement ?

La question est donc de savoir pourquoi une partie des gouvernements européens sont directement passés à la recommandation n°5 au lieu de travailler par paliers, permettant de la sorte, une gestion mieux régulée et donc un impact moins massif sur l’ensemble de la population et donc aussi économique. Une question d’autant plus utile à se poser que dans la situation actuelle, nous n’avons pas de garantie absolue que les systèmes de santés seront capables de tenir sur la longueur face à une deuxième vague, ne serait-ce que par la pression sur le personnel soignant, premières victimes de la non-prévoyance des gouvernements.

Mais la question de ces choix devient d’autant plus intéressante, lorsqu’on analyse les chiffres et statistiques des patients admis en hospitalisation pour cause de virus et, plus encore, en USI avec les cas graves. En effet, et à l’heure où j’écris cet article, les statistiques (03 avril 2020) nous montrent que pour 1,04 million de personnes contaminées (mais probablement beaucoup plus vu que ce ne sont que celles qui sont testées qui sont comptabilisées), le nombre de morts est de 55.092 pour 219.019 guéris (source OMS). A ce jours, les statistiques du Covid-19 ne sont pas plus alarmantes que celles de la grippe annuelle avec un taux de mortalité inférieur à 3%. Précisons que ces chiffres vont probablement augmenter par l’analyse post-épidémique, des co-mortalités non comptabilisées.

Alors pourquoi, avons-nous cette impression que le virus fait un carnage ? Probablement parce que le virus ne couvre pas uniformément l’ensemble de la population, mais bien les personnes à risques. D’une part les personnes à risques pulmonaires et cardiovasculaires et d’autres part les personnes de plus de 65 ans. Ainsi, l’âge moyen des patients testés positifs pour le SARS-CoV-2 est de 62,5 ans (65 ans à l’hôpital, 60,5 ans en ville et l’âge moyen des cas admis en réanimation sont de 64 ans. 57% de ces patients ont plus de 65 ans. 74% sont des hommes et 26% des femmes. Les formes graves sont majoritairement signalées chez des personnes âgées ou fragiles (France, chiffre 03 avril , source Esri France). Les chiffres belges sont du même ordre. : pour un total de 15.348 cas confirmés au 03 avril, nous avons 6.839 cas pour les plus de 60 ans, soit 45% de la population admise en soins. En d’autres termes, une personne sur deux a plus de 60 ans. (rapport hebdomadaire Sciensano). Nous avons donc cette sensation d’une maladie grave par l’impact qu’il représente sur une partie de la population.

Mais quel est le poids de cette tranche d’âge de la population en Belgique, aussi appelée les Papy-Boomers ? En 2019, la moyenne d’âge de la pyramide démographique belge était de 41,4 ans (Iweps, 2020) à comparer avec des pays comme l’Algérie ou le Congo où plus de 50% de la population a moins de 25 ans (Nations unies, 2019) ! la population belge est donc vieille et, plus précisément, la tranche d’âge fragilisée par le COVID-19 représente 44, 39 % de la population totale. Presque une personne sur 2 (banque mondiale, 2015). Par comparaison, les mêmes chiffres pour 1966 étaient de 34,88 %, soit 25% de moins.

données en belgique, 05 avril 2020

Il est donc légitime qu’un gouvernement se préoccupe de protéger la moitié de sa population en imposant le confinement. Mais est-ce véritablement une stratégie viable à long terme ?

La deuxième vague…

Le confinement a certainement des vertus hospitalières et permet de sauver des vies dans l’immédiateté du moment. Toutefois, il n’est pas démontré que notre système hospitalier résistera à long terme et face à une seconde vague, en attendant le vaccin est planifié au mieux pour mi-2021, soit dans plus d’un an. Nous pouvons espérer que dans 1 an nous aurons suffisamment de masques et combinaisons pour aider les soignants hospitaliers et tout le personnel médical. Néanmoins se pose la question de la capacité de résistance du système lors d’une seconde vague qui, si le déconfinement est progressif, nécessitera toutefois une grande vigilance sanitaire. En effet, les études montrent une grande incertitude (source : The Lancet, 04 mars 2020, Has China faced only a herald wave of SARS-CoV-2?):

  1. le taux d’attaque qui caractérise la morbidité de l’épidémie aurait dû se situer entre 50 et 60% -soit 50 à 60 % de la population infectée- selon les modèles mathématiques et si l’on se base sur le nombre de reproductions de base, R0, estimé ici entre 2 et 3 et sur une population à 100% « naïve ».Le taux d’attaque observé à bord du navire de croisière Diamond Princess est resté légèrement inférieur à 20% (705 des 3711 passagers et membres d’équipage ont été infectés), relève l’auteur ;
  2. De même l’épidémie de SRAS-CoV-2 en Chine s’apaise, et le nombre de cas confirmés reste loin des 50%, voire des 20% des 1,4 milliard d’habitants.

Cet article documenté d’un expert de l’Université de Genève aborde l’hypothèse alarmante d’une épidémie qui n’en serait qu’à ses tout débuts.  La Chine n’a-t-elle fait face qu’à une vague annonciatrice du SRAS-CoV-2 (?), s’interroge l’auteur, directeur de l’Institut de santé publique de l’Unige, qui compare l’épidémie actuelle à la première vague d’un tsunami. En effet, si l’épidémie COVID-19 poursuit sa propagation dans le monde, elle semble marquer une pause en Chine et la proportion de la population touchée reste bien loin des 50% estimés par les différentes modélisations, à partir du nombre de reproductions de base, R0. « La grande vague serait-elle donc encore à venir ? ». Les modèles européens de déconfinements ont analysé deux solutions : le première est un déconfinement total avec une seconde vague assurée en août, la seconde est un déconfinement très progressif avec une seconde vague en octobre.

… et un effondrement économique.

C’est à ce moment de l’article que nous devons basculer sur les questions économiques. Il était toutefois nécessaire de définir de manière détaillée l’ensemble des éléments politiques et de santé pour comprendre la discussion qui suivra.

Tout porte à croire que le déconfinement sera étalé sur plusieurs semaines avec une relance économique limitée et qui se basera, pour le coup, sur les 4 premières recommandations de l’OMS, c’est-à-dire d’organiser et préparer la contamination future au travers d’une planification et une limitation de certaines libertés : pas de regroupements importants, achat massif et développement de stocks médicaux pour les services de soins, des masques aux médicaments de traitements. Parallèlement, l’économie devra se remettre d’un AVC sans avoir pu être soignée en première ligne par les urgences. Les cacahuètes distribuées par les différents gouvernements ne remplaceront pas une économie en soins intensifs avec à peine quelques poches de sang pour éviter l’anémie. Le journal le Monde ne s’y trompe pas en relatant que l’Europe est face à une bataille pour éviter le chômage de masse. (27 mars 2020). L’Europe a subi les conséquences de la crise de 1929 avec la Seconde Guerre mondiale, qu’en sera-t-il de 2020 ? A cet effet et pour mesurer l’impact de la crise, il suffit de constater l’impact dans des pays comme la Norvège qui avait, avant la crise un taux de chômage à faire rêver le reste de l’Europe : 2,3%. Aujourd’hui, la Norvège est passée à 10,4%… un chiffre jamais atteint depuis la Seconde Guerre mondiale. Précisons qu’avant la crise, le taux de chômage en Belgique était alentour de 5-6% et tout porte à croire que nous risquons de passer à 15% après le déconfinement. Le Monde précise encore qu’alors que la pandémie due au coronavirus se répand, forçant l’arrêt brutal de l’économie, le spectre du chômage de masse réapparaît. L’Organisation internationale du travail (OIT) pense qu’il pourrait y avoir entre 5 et 25 millions de chômeurs supplémentaires à travers le monde, suivant les scénarios économiques, dont la moitié dans les pays les plus développés. Nous sommes probablement bien en dessus du compte, le groupe européen des syndicats a déjà comptabilisé 2 à 3 millions de licenciements secs sur l’Europe, chiffres de fin mars. En Belgique, le nombre de personnes en âge de travailler avec un emploi était de 4.832.024 en 2019 et ce 19 mars, la ministre de l’emploi, Nathalie Muylle précisa aux médias (la Libre) qu’un million de Belges étaient en chômage économique, soit 20% de la population active, sans compter les licenciements purs et simples pour cas de force majeur encore non comptabilisés.

La question qui se pose maintenant est de savoir quelles sont le personnes atteintes par ces licenciements ? Les gouvernements ont proposé l’utilisation massive du télétravail… comme si un ouvrier du bâtiment pouvait télétravailler sa brique. Avant le confinement, les chiffres belges du télétravail (SPF mobilité et transports, 2018) montrent que 17% des travailleurs faisaient du télétravail avant le confinement, soit 821.000 travailleurs. A cela, ajoutons les 100.000 travailleurs de la Communauté française (FWB, 2020), enseignants dans les universités (4.500, personnel scientifique et académique, CRéf, 2016) et l’enseignement supérieur (+/ 15.000, FWB, 2018). A cela doit être ajouté le personnel administratif, les cadres dans les entreprises privées, etc. Finalement, soyons de bon compte et extrapolons généreusement en doublant ces chiffres et nous arrivons avec un potentiel de 2.000.0000 de personnes capables de télétravailler : enseignants, cadres, personnel administratif. C’est ce que relate le comité de sécurité prévoyant qu’une personne sur 2 peut travailler depuis chez elle. Il nous reste toutefois plus de 2.000.000 de travailleurs, dont la moitié au chômage économique. Ss pose alors la question du million restant. Travaillent-ils ou seront-ils licenciés ? Précisons aussi que la croissance des emplois ces dernières années a accentué quelques phénomènes : indépendants, travailleurs à temps partiels et contrats temporaires. Or les chiffres des revenus des indépendants sont catastrophiques et les travailleurs à temps partiels ont, comme tout le monde le sait, un statut très précaire. Ne parlons même pas des CDD qui ne seront pas renouvelés. Ils seront tous les premières victimes du confinement.

Demandons-nous également, quelles sont les personnes qui doivent subir ce type de contrat. Le conseil supérieur de l’emploi précisait dans son rapport État des lieux de l’emploi en Belgique (juin 2018) : au cours des dix dernières années, si la proportion de ce type de contrats de travail n’a que très légèrement augmenté au sein de l’emploi total, elle a fortement progressé parmi les nouveaux engagés. (…). Certains groupes sont surreprésentés dans les contrats temporaires. Les jeunes sont ainsi nettement plus nombreux à être engagés sous ce type de contrat (47,4 %, contre 8,4 % pour les 25-54 ans et 3,5 % pour les 55-64 ans). Pour la majorité des moins de 25 ans, ces contrats temporaires constituent de plus en plus un passage obligé, la porte d’accès au marché du travail et à une première expérience professionnelle. Les travailleurs faiblement qualifiés, dont le pouvoir de négociation est moindre que les travailleurs plus éduqués, sont plus souvent confrontés à ces contrats.

En synthèse, on peut estimer qu’un million de personnes soit 25% des personnes actives dans notre pays) est actuellement au bord du gouffre du confinement, par manque de travail dans leur entreprise et qui risque d’être licencié grâce à la précarité de leur travail. Je reconnais que ce chiffre peut paraître exorbitant, mais à défaut d’une étude plus poussée, je fais sciemment le choix d’un chiffre maximaliste. Un chiffre issu de la corrélation entre les emplois préservés par des contrats solides, le chômage économique, etc. Devons-nous par ailleurs rappeler le taux de pauvreté en Belgique, correspondant à 16,4% de la population[3]… soit plus d’un million de Belges (SPF Sécurité sociale, 2019).

Discussion

Maintenant, demandons-nous ce que va faire cette population perdue, littéralement à la rue, lorsqu’elle va se rendre compte que sa précarité est liée aux choix politiques de protéger uniquement une tranche de population spécifique, à savoir les plus de 60 ans ? Quelle population peut accepter un état de fait aussi cruel ? Une population qui n’aura plus rien à perdre, elle n’avait déjà pas grand-chose à perdre, mais le système d’« État providence » leur donnait cette faible impression que la solidarité interpersonnelle et sociétale existait encore un peu. Demain, le coût de la relance économique ne pourra pas se faire sans sacrifice, ils n’y échapperont pas par le développement de contrats encore plus précaires, la réduction des couvertures sociales, etc. Nous pouvons toujours discuter de la raison de l’endettement de l’État et donc des raisons qui ne permettent plus à celui-ci de réduire le risque par un fort endettement par le crédit : cela a déjà été fait ! Les années 1970 ont creusé le début du trou de la dette d’aujourd’hui… aussi pour la génération baby-boomer.

Les révolutions se sont toujours déclenchées au moment où le peuple « d’en bas » avait plus à gagner qu’à perdre dans le chaos. Nous sommes aujourd’hui en train d’ouvrir les portes du chaos. Reste à se poser la question : comment réduire le risque et le chaos et maintenir une cohésion sociale entre les générations, les travailleurs ?

Ce sera la piste développée dans la seconde partie de mon article publié dans les jours à venir.  

Merci de votre lecture.

Pascal SIMOENS Architecte et urbaniste, Data Curator. Spécialiste Smart Cities et données urbaines, Université de Mons, Faculté d’architecture et d’urbanisme


[1] Voir dans le détail : Hartmut ROSA, Identität und Kulturelle Praxis, Politische Philosophie nach Charles Taylor, Campus, Franckfort, 1998

[2] https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/avis_conseil_scientifique_12_mars_2020.pdf

[3] https://www.rtbf.be/info/economie/detail_le-risque-de-pauvrete-touche-desormais-un-belge-sur-dix?id=10376810

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