APPLE DEVIENDRAIT-IL UN ACTEUR IMMOBILIER ?

Temps de lecture : 3 minutes
Mots clés : Apple, Silicon Valley, sans-abris, économie

Derrière ce titre accrocheur, il y a la réalité crue de la situation immobilière en Californie et, plus encore, dans la baie de San Francisco. Nous relatons fréquemment cette problématique dans nos articles, que ce soit les conséquences de l’hypertrophie économique de San Francisco ou bien les enjeux de la gentrification de la ville créative par l’implantation d’Amazon HQ2 ou encore de la ségrégation sociale à Seattle, autre ville High-tech.

Le 4 novembre 2019, le site NPR relatait une décision spectaculaire de Tim Cook qui a signalé son intention de débloquer 2,5 milliards de dollars pour améliorer l’accès aux logements abordables. Bill Chappell, auteur de l’article décrit très bien les enjeux actuels de l’habitat dans la Silicon Valley.

Le siège de Apple…

Précisons qu’aujourd’hui, si vous ne gagnez pas minimum 120 à 140.000 dollars/an, il vous est devenu quasiment impossible de vivre à San Francisco. Une analyse à mettre en parallèle avec le salaire d’un informaticien de talent, mais jeune qui est équivalent à ce montant. Pour se donner une idée précise, la valeur d’un logement à San Francisco est de 3.800$/mois pour 40m².

Les GAFA sont conscients que cette situation de tension est intenable et c’est pour cela qu’Apple se lance aussi dans la course à l’aide au logement, alors que Google et Facebook l’ont déjà fait et que Microsoft à déboursé également 500 millions de dollars à Seattle.

connaissez-vous la série Sillicon Valley?

Mais où se trouvent finalement les enjeux ?

D’abord, force est de constater que la gestion du logement est une question territoriale majeure nécessitant un état ou une ville puissante au niveau du foncier. Chez nous, en Belgique, les CPAS peuvent mener cette action. D’ailleurs, si Bruxelles n’implose pas, c’est parce que le foncier est encore régulé par les opportunités foncières libérées par le public.

Ensuite, la politique lancée par les GAFA(M) n’aura pour objet que de compenser une situation déjà désastreuse aujourd’hui. Or, nous devons retourner au 19e siècle pour comprendre les vrais enjeux : initialement, les entreprises étaient propriétaires des logements de leurs ouvriers. Ils arrivaient, selon leurs stratégies d’emplois et d’engagements, à réguler le marché et permettre au reste du marche immobilier de ne pas être en surchauffe. Certes, me direz-vous, les cités de Corons ne sont pas le rêve de chacun. À cela, nous pourrions rétorquer qu’un lotissement, c’est une nouvelle forme de coron. Mais la discussion n’est pas là. L’enjeu est la régulation de l’habitat, car n’est-il pas fou que l’une des régions les plus prospères au monde soit incapable de loger tout le monde, y compris les gens qui travaillent. Cette dichotomie aura également des conséquences à long terme sur la mixité fonctionnelle du territoire : s’il n’y a plus de gens pour rendre les services aux personnes plus aisées, les personnes plus aisées partiront. L’enjeu est donc majeur pour les personnes aux revenus inférieurs à la moyenne (déjà très haute) . Il est même déterminant pour l’avenir de la Silicon Valley.

source Wiki

Et en ce sens, ce n’est pas gagné, car à la lecture de la stratégie des GAFA, leur objectif est de suppléer et réguler le marché du logement pour leurs cadres et employés. Aucune politique publique de construction massive de logements sociaux n’est envisagée par la Californie. C’est pourtant l’équilibre entre ces deux aspects de la question qui permettra la continuité de la prospérité dans la baie.

Et chez nous ? Les enjeux sont tous autres, mais peut-être pas autant que cela. Une ville comme Bruxelles, et pour autant qu’elle règle les problèmes de mobilité, est déjà un mini San Francisco-ville-créative. La pression immobilière est importante et liée non pas aux Tech, mais bien aux institutions internationales. Il serait être judicieux que la Communauté européenne investisse massivement dans les logements pour mieux régulier sur le long terme son impact sur la ville. D’un autre côté, les classes moyennes se sauvent de Bruxelles ne pouvant accéder à un logement de qualité et à un prix raisonnable. Si différent avez-vous dit ?

Merci de votre lecture.

Pascal SIMOENS Architecte et urbaniste, Data Curator. Spécialiste Smart Cities et données urbaines, Université de Mons, Faculté d’architecture et d’urbanisme

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