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mots-clés : sécurité, ville, caméras, contrôle, preuve, Deflock , démocratie, citoyen, contrôle, images
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Article rédigé avec l’aide de l’IA : oui
En bref : L’article présente le mouvement américain DeFlock, né en réaction au développement massif des caméras de surveillance et des lecteurs automatisés de plaques d’immatriculation.
Il souligne l’impossibilité de mesurer précisément la couverture réelle des caméras, tout en montrant que leur présence reste très importante aux États-Unis et croissante en Europe. Les militants dénoncent notamment le réseau privé de Flock Safety, accusé de partager des milliards de données avec les forces de l’ordre sans contrôle judiciaire suffisant.
Chers lecteurs, chères lectrices,
Chers abonné.e.s,
Introduction
Connaissez-vous le mouvement « DeFlock » apparu aux USA ? Je vous résume : aux États-Unis, la guerre contre la vidéosurveillance est déclarée… et c’est sain !
Le débat sur les caméras de surveillance est un sujet récurrent des élections en Belgique, particulièrement à l’échelle communale. Rappelez-vous, lors des dernières élections, ce fut un des sujets majeurs prétendant « sécuriser l’espace public » à coups de centaines de milliers d’euros, comme à Charleroi, où 500 caméras sont prévues ou en cours d’installation.
Notre position est très claire par rapport à ce modèle et, si vous désirez approfondir la question, nous vous conseillons vivement la lecture des différents articles mis en référence pour complément et approfondissement du sujet, issu de notre réflexion, mais également de celle de nos étudiant.e.s dans le cadre de rédactions d’articles. Il est intéressant de noter que, dans de nombreux cas, ce sont les femmes qui souhaitent contrôler l’utilisation des caméras, tout en se sentant mal à l’aise à l’idée d’être surveillées. Cela transforme le harceleur de rue en une figure omnisciente, capable de tout voir grâce à ces caméras, mais qui contrôle réellement ce qu’elles enregistrent ?
Caméras et territoires
En bref, les caméras sont installées partout, mais ne sont pas encore aussi présentes qu’en Chine ou aux États-Unis ? En fait, il est aujourd’hui impossible de déterminer le nombre de caméras qui nous observent aux États-Unis ou en Europe (UE). Si aucune étude complète ne détermine le nombre de caméras aux USA, une étude de marché estimait à environ 70 millions le nombre de caméras de sécurité installées aux États-Unis en 2018, contre 47 millions en 2015. Cela représentait approximativement 214 caméras pour 1 000 habitants, soit une caméra pour 4,7 personnes. Mais ce chiffre inclut largement les caméras intérieures des commerces, entreprises et habitations : il ne correspond donc pas à la couverture des rues ou des espaces publics.
L’étude scientifique la plus utile spatialement (Surveilling Surveillance: Estimating the Prevalence of Surveillance Cameras with Street View Data, Hao Sheng, Keniel Yao, Sharad Goel, 31 août 2021)a analysé 1,6 million d’images Street View dans dix grandes villes américaines et six villes étrangères. Elle a trouvé entre 0,2 caméra extérieure visible par kilomètre de rue à Los Angeles et 0,9 à Séoul, avec plus de 10 000 caméras extérieures estimées à New York. Elle montre surtout une forte concentration dans les secteurs commerciaux, industriels et mixtes : la surveillance n’est donc pas uniformément répartie sur le territoire urbain.
Plus récemment, la combinaison des données OSM et Streetview ont permis de construire une carte de surveillance du territoire (USA). Nous vous proposons le lien pour explorer cette carte, pour les plus fainéants, nous vous choisissons une mise en abîme à différentes échelles.
Lien vers la carte interactive : ici, FlockHopper
Ce que cette base de données nous dévoile est assez explicite : le chemin à parcourir pour rester discret (bleu) nécessite beaucoup plus d’efforts que de n’être pas vu une kyrielle de caméras… (orange tillé).






En Europe alors ?
Il n’existe pas de registre obligatoire unique à l’échelle européenne : les données sont détenues séparément par les communes, polices, autorités de transport, entreprises, commerces et particuliers. Les règles du RGPD encadrent le traitement des images, mais ne produisent pas un recensement géographique européen des caméras. C’est une forme de paradoxe : comme le RGPD protège l’anonymat, nous ne savons pas qui nous regarde, puisque cette information est indisponible.
Toutefois, une analyse privée publiée en 2025 avance une moyenne d’environ 8 caméras pour 1 000 habitants et 54 caméras par km² dans les villes de l’UE. Cette estimation peut servir d’ordre de grandeur, mais sa méthodologie et la distinction entre caméras publiques, privées, intérieures et orientées vers la rue ne sont pas assez solides pour en déduire un taux de couverture territoriale. L’analyse met en exergue que Londres est la ville du contrôle avec 106 caméras pour 1.000 habitants.

D’autres chiffres sont interpellants : Paris offre 318 caméras par km² contre 4 caméras à Berlin. Dubaï, quant à elle, dépasse tout le reste avec 8.500 caméras par km². Notons que la Chine, pays du contrôle social, ne couvre que 1 000 habitants avec 37 caméras. Cependant, le modèle chinois est plus intrusif grâce à l’aide de l’IA dans le contrôle.
Une contre-attaque venant des USA : Deflock
Depuis la fin de l’année 2024, un mouvement de sabotage de caméras de surveillance s’est constitué aux États-Unis en prenant le nom de DeFlock. Sa cible principale ? L’entreprise Flock Safety, fondée fin 2017 à Atlanta, par Garrett Langley, Matt Feury et Paige Todd. Axé sur la vidéosurveillance avec le sujet « Clear evidence. Safer communities. Privacy first », Flock a déployé à travers tout le pays un impressionnant réseau de caméras autonomes en énergie grâce à des panneaux solaires. À l’été 2025, Flock opérait déjà 92 000 caméras dans 49 États, connectées à plus de 4 800 agences de police et à plus de 3 000 organisations privées (HOA, entreprise, écoles).


Tout serait parfait, à part… Leur système est surtout réputé pour scanner les plaques d’immatriculation des voitures (plus de 20 milliards par mois d’après sa page Wikipédia) et partager les données via le réseau TALON à l’ensemble des agences nationales, et notamment celle de l’ICE, sans passer par l’approbation d’un juge. D’après l’EFF (Electronic Frontier Foundation) et l’ACLU (Civil Liberties Union), le réseau Flock est loin d’être un simple outil de lutte contre le crime. Les ONG la qualifient plutôt « d’infrastructure nationale de surveillance de masse » opérée par une entreprise privée, accessible à des milliers d’agences sans contrôle judiciaire préalable, et qui «sème la peur parmi les personnes ciblées par les politiques d’immigration ou les mouvements antiavortement ».

Deflock.org
Créé par Will Freeman, un développeur du Colorado fin 2024. Ce dernier met à disposition une carte open source et interactive qui compile les données publiques sur les déploiements de caméras. En 2025, le site a documenté plus de 76 000 lecteurs de plaques à travers le pays. En parallèle, des militants s’attaquent aux pylônes soutenant les caméras ou bien tentent de les aveugler avec des lasers suffisamment puissants pour dérégler les pièces électroniques. En février 2026, le journaliste Brian Merchant, qui a enquêté sur le phénomène, expliquait que ces sabotages étaient vraisemblablement non coordonnés. Un homme, Jeffrey Scott Sovern, 41 ans et ingénieur, a détruit 13 caméras à lui tout seul entre avril et octobre 2025 (Deflock : aux États-Unis, la guerre contre la vidéosurveillance est déclarée, l’ADN, David Julien Rahmil, 26 juin 2026.
Ce que cela nous raconte
L’Europe est encore relativement protégée du nombre de caméras grâce au RGPD. Toutefois, les besoins croissants en matière de sentiment de sécurité que celles-ci proposent, ou plutôt qu’elles laissent croire, peuvent amener des gouvernements nationaux à accroître les besoins en caméras. Rappelons qu’au même moment, les USA sont un des pays les plus dangereux en rue dans le monde… Toutes les études montrent que plus de caméras n’ont jamais aidé à avoir plus de sécurité : on aura juste filmé votre agression, et après ?
Toutefois, ce qui est intéressant, c’est de voir le développement de la communauté Deflock. Elle est hétéroclite : de l’ingénieur de 51 ans à un.e jeune ado. Tous se sentent privés de liberté, un paradoxe important pour une démocratie : l’individu libre ne l’est plus avec des outils qui voudraient lui faire croire que cela va le rendre libre. Le second point est lié à la notion de « preuve ». Ce qui est insidieux dans cette approche, c’est de considérer qu’il faudra une preuve, anticipant l’acte avant même qu’il n’existe. Ne serait-ce pas cela la véritable insécurité ? Encore mieux, en ville, l’endroit où nous retrouverions le plus de caméras serait l’espace le plus insécurisé, puisqu’il y a beaucoup de caméras. Le patron de Flock ne dit rien d’autre dans ses interviews : « on est obligé de mettre des caméras pour se protéger, sauf que l’insécurité est grandissante aux USA. Cela n’est pas dû aux caméras, mais cela renforce le sentiment d’insécurité et donc, en quelque sorte, justifie finalement cette insécurité à venir.
C’est l’histoire de la poule et de l’œuf, sauf qu’ici , ce sont les habitants les dindons de la farce.
Bonne et belle journée à vous.
Pour approfondir :
- SOCIAL CAPITAL IN CHINA : DATA, CAMERAS & YOU, 23 octobre 2018, L’article analyse le système chinois de « crédit social », fondé sur la collecte de données, la surveillance et l’évaluation des comportements des citoyens et des entreprises. Les listes noires et les systèmes de notation peuvent entraîner des restrictions d’accès aux transports, aux crédits, aux emplois publics ou aux marchés gouvernementaux. Présenté comme un moyen de renforcer la confiance et l’ordre social, ce dispositif associe étroitement intelligence artificielle, caméras, acteurs privés et pouvoir politique. L’auteur alerte ainsi sur le risque qu’une technologie conçue pour améliorer la gouvernance devienne un puissant instrument de contrôle social généralisé.
- Re-Blog : Le Zimbabwe vend le visage de ses citoyens à la Chine en échange de caméras (Usbek et Rica), 19 février 2019. L’article présente un accord entre le Zimbabwe et l’entreprise chinoise CloudWalk Technology autour de la reconnaissance faciale. En échange de technologies et de caméras de surveillance, la société chinoise obtient l’accès aux données biométriques des citoyens zimbabwéens. Ces visages doivent notamment servir à améliorer des algorithmes encore peu performants pour reconnaître les personnes noires. Le texte dénonce ainsi une marchandisation des données personnelles et alerte sur la possible généralisation de telles pratiques de surveillance.
- RE-Blog : Pourquoi n’avoir « rien à cacher » n’est pas une raison pour accepter la surveillance de masse (19 février 2019). L’article déconstruit l’argument selon lequel on pourrait accepter la surveillance de masse dès lors que l’on n’a « rien à cacher ». Il rappelle que la vie privée constitue un droit collectif essentiel, indispensable au fonctionnement d’une société démocratique. Le documentaire Nothing To Hide montre notamment comment de simples métadonnées permettent de reconstituer précisément les déplacements, habitudes et relations d’une personne. L’acceptation passive de cette collecte généralisée favorise ainsi l’installation progressive d’une société de contrôle, potentiellement assimilable à un État policier.
- La reconnaissance faciale bienveillante ou 1984 ? 29 octobre 2019. L’article alerte sur les enjeux démocratiques liés à la reconnaissance faciale, située à la frontière entre sécurité, contrôle social et atteinte aux libertés individuelles. Il invite à dépasser la vision d’une technologie prétendument « bienveillante » pour examiner ses usages possibles par les États et les institutions. À travers plusieurs articles consacrés à la France, aux villes américaines et au système chinois de crédit social, il confronte différentes formes de surveillance numérique. Le propos appelle finalement à un débat public urgent afin d’éviter une évolution progressive vers une société de contrôle inspirée de l’univers de 1984.
- La ville sensible : entre attention urbaine et contrôle invisible, Mellouha Bekkar, 8 juillet 2025. L’article présente la ville sensible comme une évolution de la smart city, attentive aux émotions, aux perceptions et aux usages réels des habitants. Des dispositifs numériques peuvent ainsi adapter les espaces urbains, comme l’éclairage, les parcours ou les aménagements, afin d’améliorer confort, sécurité et participation citoyenne. Toutefois, les exemples de Songdo et de King’s Cross montrent que cette attention peut glisser vers une surveillance invisible et une orientation subtile des comportements. L’enjeu consiste donc à préserver une ville humaine et inclusive, respectueuse du droit à l’opacité, à la spontanéité et à l’imprévu dans l’espace public.
- Quand la ville nous regarde : les caméras intelligentes peuvent-elles protéger sans contrôler ?, 3 juillet 2025, Annaëlle Bienfait. L’article interroge l’efficacité réelle des caméras intelligentes, dont les promesses de sécurité restent limitées face aux faux positifs et au déplacement de la criminalité. Il souligne l’opacité des algorithmes, leurs biais potentiellement discriminatoires et les atteintes possibles à la vie privée, à l’anonymat et aux libertés publiques. L’analyse montre aussi que ces dispositifs peuvent renforcer le contrôle des femmes, des minorités et des quartiers déjà stigmatisés, sans répondre aux causes profondes de l’insécurité. L’article plaide finalement pour des solutions sociales et urbaines fondées sur l’inclusion, l’éclairage, la mixité des usages et la présence humaine plutôt que sur le seul technosolutionnisme.
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Dr. Pascal SIMOENS, Architecte et urbaniste, data Scientist.
J’ai commencé ma vie en construisant des villes en Lego, j’en ai fait mon métier. Geek invétéré, aujourd’hui je joins mes passions du numérique et de la ville au travers d’une expertise smart Cities et smart-buildings comme responsable » R&D au sein du groupe Pirnay (Charleroi-Bruxelles) et plus particulièrement de sa section S²Enginnering (smart & sustainable) . En même temps, j’enseigne cette expertise et continue la recherche dans les domaines de l’IA, l’architecture et la réduction de l’entropie du processus constructif au sien de l’UMONS. Je représente également les universités d’Etat de la communauté Française au sein du Conseil National de l’Ordre des architectes et du Conseil francophone et germanophone.
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