THE LINE : CA A OCCUPÉ L’ ÉTÉ…

source Neom, architecte : Morphosis

Temps de lecture : 3 minutes
mots-clés : SmartCities, utopies, utopia, NEOM, Arabie saoudite, environnement, écologie
, fond souverain

Chers lecteurs,

Durant l’été 2022, le petit monde de l’architecture et des villes a été bombardé du nouveau projet The Line, une méga ville de 9 millions et de 170 km de long pour 500 mètres de haut. Selon certains médias, cette ville est déjà en cours de construction… Si l’été est propice aux coups de pub, la question sous-jacente à cette publicité est « pour qui ? « et « pourquoi ? ». Approfondissons un peu.

Projects

Derrière la magnifique vidéo alléchante de The Line se cache un consortium d’investissement et de développement régional en Arabie Saoudite dans une zone quelque peu délaissée au croisement de la mer Rouge et l’Égypte. Ce Consortium d’investissement dénommé NEOM se positionne comme suit : NEOM est une vision de ce à quoi pourrait ressembler un nouvel avenir. Tentative de réalisation de quelque chose d’inédit, le projet arrive à un moment où le monde a besoin de nouvelles idées et de nouvelles solutions. Autrement dit, NEOM sera une destination, un foyer pour les personnes qui rêvent en grand et veulent participer à la construction d’un nouveau modèle de vie, de travail et de prospérité durables. (Extrait de leur site internet, 1er août 2022).

Le projet The Line n’est qu’un des multiples projets proposés et force est de constater qu’au fur et à mesure des projets énoncés, on tente d’ailler toujours plus loin pour faire… non pas de l’urbanisme ou de l’architecture, mais bien le Buzz. Jugez :

  • Le premier projet concerne les montagnes de Trojena avec la proposition d’une station de ski avec la construction d’un barrage permettant de faire de la voile. Ces montagnes sont à l’intérieur des terres… personne n’en a entendu parler. Pourtant leur concept est assez intéressant dans la reconfiguration actuelle des modèles de vacances. En effet, ils proposent 4 types de saisons : Bien-être (septembre à novembre), Hiver et ski (de décembre à mars), aventure de mars à mai et enfin, la saison lac de mai à septembre.
  • Le second projet est Oxagon qui est la création d’une ville industrielle hightech comme une référence pour les industries propres et de pointe. Semi lacustre et terrestre, elle s’installe le long de la mer Rouge et proposée idéalement sur les routes du commerce mondial. Personne n’en a entendu parler.
  • Le troisième projet est The Line. Ce projet porté par Morphosis, Tom Maine, l’architecte Pritzker lauréat de la tour sans fin à la défense et un des pionniers de l’architecture paramétrique. Ce projet-là, on en a parlé.

« The » Project

Le projet de The Line est dans l’air du temps : une ville 0 carbone, ce qu’ils (le consortium) présentent comme « un nouveau miracle pour le monde », mieux, une Révolution de notre civilisation, THE LINE place l’homme au premier plan et offre une expérience de vie urbaine sans précédent tout en préservant la nature environnante. Le projet propose une nouvelle définition du concept de développement urbain et du visage des villes du futur. Le greenwashing bat son plein, mais fait le job : aucune route, aucune voiture, aucune émission, THE LINE n’utilisera que des énergies 100 % renouvelables et 95 % des terres seront préservées pour la nature. Contrairement aux villes traditionnelles, la santé et le bien-être des personnes passeront avant les transports et les infrastructures. À peine 200 mètres de large, mais 170 kilomètres de long et 500 mètres au-dessus du niveau de la mer. Sur le papier, cette ville doit rencontrer l’ensemble des arguments des écologistes les plus radicaux.

A y regarder de plus près, la stratégie de cet Invest est assez traditionnelle, mais travaillant à l’échelle des pays du Golfe où l’argent coule à flot et donc pouvant se permettre de proposer des projets qui font rêver, rêves dont le Monde a bien besoin. On notera au passage que les projets proposés sont tous durables et, s’ils sont financés par le pétrole, ils n’en utilisent pas une goutte pour leur fonctionnement. Certains viendront à critiquer l’architecture et sont approche « muraille », mais n’oublions pas que ce projet est proposé dans le sable où la première règle est de se protéger de l’agression du monde extérieur. En ce sens, les pays du moyen orient ont beaucoup à proposer face aux Occidentaux et face au monde difficile de « vivre sur Terre » pour les quelques siècles à venir. On reconnait également la patte de Tom Mayne avec une architecture déstructurée et complexe entre les deux murs d’enceinte du bâtiment.

Ce projet est « vertueux » si on se réfère à la théorie et aux exigences continues de la ville de demain, une ville écologique : très forte densité afin d’impacter le moins possible l’environnement, la ville à 5 minutes à pied, pas de transports privés, recyclage complet et autosuffisance énergétique.

Le seul reproche architectural et urbanistique fondamental à faire à ce projet (pour autant qu’on l’analyse de fond en comble en fonction avec ce qui est mis à notre disposition) , c’est la hauteur de 500m qui, vu sa longueur, devra certainement avoir un impact sur le climat local, ne serait-ce qu’avec les vents et zones d’ensoleillement selon les saisons.

Dans le même temps, ce type de projet existe déjà même si c’est dans une moindre mesure. L’histoire récente de la smart City démontre que des projets comme Masdar (Abou Dhabi) ou plus anciens comme Songdo sont des utopies ratées, car inadaptées à l’Homme. Il est d’ailleurs assez symptomatique que la vidéo de The Line décrie fortement le modèle de ville actuelle qui s’étale sur le territoire en la présentant comme « polluante et non écologique » alors que c’est ce type de ville qui a permis de développer toutes les technologies d’hier, d’aujourd’hui et de demain qui sont présentées dans leurs vidéos, entre autres d’Oxagon. Car la ville c’est de la complexité et cette complexité crée la sérendipité des échanges qui créée elle-même de la richesse humaine.

Le Buzz… mais quelques questions aussi

Finalement, pourquoi cet article ? Parce que ce projet a enflammé la toile (restreinte) des architectes et urbanistes alors qu’en fin de compte, ce projet est avant tout une vidéo publicitaire dont nous reparlerons certainement au MIPIM 2023. Toutefois, s’arrêter là serait une offense aux architectes et urbanistes qui ont travaillé sur cet exercice théorique. Il y a vraiment des idées intéressantes dans ce projet si on y extrait tous les excès de taille (celui qui a la plus grande…) : la question de la densité, de la ville sans véhicule privé, la ville à pied, le rapport à la nature, etc. les utopies comme la ville idéale de Thomas MOORE ou le phalanstère de Charles Fournier sont des utopies sociales avant tout. Le projet de Tom Maine l’est tout autant et doit surtout nous poser la question de l’acceptabilité de vivre dans cet objet théorique écologiquement (presque) parfait. Il est aujourd’hui nécessaire de se poser cette question, passer de l’utopie à la réalité des changements nécessaires.

Merci de cette lecture.

PS : en complément à cet article lié aux questions urbanistiques et architecturales et pour être totalement complet, ci-dessous vous trouverez une vidéo liée au projet politique de NEOM, fond souverain détenu par l’Arabie saoudite et donc MBS.

Pascal SIMOENS Architecte et urbaniste, data Scientist. Expert Smart Cities. J’ai commencé ma vie en construisant des villes en Lego, j’en ai fait mon métier. Geek invétéré, aujourd’hui je joins mes passions du numérique et de la ville au travers d’une expertise smart Cities et smart buildings en travaillant en bureau d’étude (Poly-Tech Engineering) et j’enseigne cette même expertise à l’UMONS et l’ULB.

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