RETROUVER LE LIT DES RIVIÈRES SANS NUL DOUTE, MAIS PEUT ÊTRE DEVRIONS-NOUS D’ABORD NOUS PRÉOCCUPER DES ESPACES ENCORE NON CONSTRUITS ?

La ville de Durbuy, inondations de juillet 2021. on remarque la rivière rectifiée, l’ancien lit de la rivière et le village historique partiellement inondé (sauf le château). source photo : RTL Info.

Temps de lecture : 6 minutes
mots-clés : verdurisation, technique, trees, green, cities, heritage, social networks, empty space, hill and valley

Chers lecteurs,

Depuis la catastrophe de la Vesdre avec les intempéries de juillet en Belgique, un mouvement très fort a soulevé les foules pour changer les choses (du moins certaines) et c’est tant mieux. Toutefois, nous vivons dans une société « y a qu’à » et tout urbaniste sait que le concept YAKA n’existe pas en ville, ni ailleurs, pour transformer les territoires. Nous allons donc vous proposer deux réflexions à travers deux posts qui se suivront et ayant pour objet :

  • La question des arbres en ville
  • La question d’aménagement du territoire des vallées

Ce deuxième article aura pour objet la question de l’aménagement du territoire des vallées sur base des arguments lus sur les PSN.

Quelques constants

Nous ne nous aventurerons pas sur les différents articles qui ont été rédigés instamment pour donner suite à la catastrophe de Verviers et les autres villes et villages de la vallée de la Vesdre, Ourthe, Meuse, etc. Par contre, je me suis attaché à analyser les réactions sur les réseaux sociaux et je m’aventure à détricoter quelques « YAKA » :

  • Planter des arbres pour retenir l’eau
  • « Débétonner » la ville
  • Déconstruire les rives

Planter des arbres pour retenir l’eau

Nous avons déjà longuement précisé notre point de vue technique et philosophique sur cette question, très à propos, mais loin d’être simple à mettre en œuvre dans notre précédent article PLANTER DES ARBRES C’EST BIEN, LES GARDER À MATURITÉ C’EST MIEUX, publié en début de semaine.

« Débétonner » la ville

Cette question est très intéressante, mais pose de nombreuses questions sur l’image de nos villes. En effet, désirons-nous revenir à la ville du moyen âge avec une rue principale en pavés et les autres en terre battue ? Faut-il rappeler que si nous avons construit des villes « minérales » c’est aussi pour des raisons sanitaires. Il est toujours intéressant de constater que la verdurisation des villes est liée à des aspects sanitaires, mais on fait souvent fi de l’histoire de ces mêmes villes qui furent des cloaques à microbes et maladies pendant des siècles. Seule la minéralisation de la ville a permis de réduire les risques sanitaires. Certes, aujourd’hui, bétonner pour bétonner est un non-sens, mais tout « débétonner » est tout aussi absurde. C’est d’autant plus vrai que la ville est faite de réseaux qui nécessitent protections par le sol construit au-dessus de lui. Il est vrai que de nombreuses solutions d’aménagements (noues drainantes, dalles gazon, etc.) sont aujourd’hui à disposition des auteurs de projets pour réduire les ruissèlements dans les villes. Tout n’est donc ni blanc ni noir…
Nous rappelons également que les villes ont une histoire minérale et que remettre la forêt dans la ville, cela ne s’improvise pas. Le projet des tours végétales à Milan le démontre avec les locataires et propriétaires se plaignant des insectes entrant dans leurs logements et précisant également l’explosion des frais de gestion de ces nouvelles formes d’espaces verts. L’espace commun est un espace partagé tant avec les animaux, les plantes que les gens. C’est ce qui fait sens commun et société.

Déconstruire les rives

la vallée de la Basse Sambre, Moustier sur Sambre, carte Ferraris (1770-1778), Source Wall on map.

Cette question est sur toutes les lèvres : il faut démolir les bâtiments en fond de vallée ! Pourtant il serait juste de rappeler que 80% de la population mondiale vit le long de l’eau, que chaque petit village a pris vie près d’une source, un cours d’eau, que l’eau c’est la vie et donc qu’il est normal que la nature humaine s’en rapproche. Les premières villes de Mésopotamie se sont installées entre les vallées du tigre et de l’Euphrate, le Nil tempétueux avant la construction des barrages, était (et reste) la source de la vie en Égypte.
Précisons aussi que de tout temps, les Hommes ont géré l’eau, y compris pour des périodes très difficiles par le climat comme la petite période glacière au moyen âge. Il est d’ailleurs intéressant de constater que lorsque l’Homme est en danger, il se regroupent et le plus souvent en ville.
En ce sens, l’article Benoit Moritz, architecte-urbaniste: « Il faut un plan Catch pour la vallée de la Vesdre » (l’Écho, 24 juillet 2021) complété par celui de divers collègues universitaires face aux inondations, il faut repenser le territoire wallon (Le Soir, 25 juillet 2021) montre que penser la vallée de demain n’est pas nécessairement le choix de la raser pour faire passer l’eau : Outre la violence tout à fait exceptionnelle des flots, comment expliquer l’ampleur des dégâts? Urbanisation galopante, imperméabilisation des sols, canalisation excessive… Ce sont quelques-uns des facteurs avancés par les urbanistes. « Mais cela ne date pas d’hier », fait remarquer Joël Privot, architecte-urbaniste et assistant à l’ULiège. « L’industrialisation de la vallée de la Vesdre remonte à plus de deux siècles. Les premières usines utilisaient la force hydraulique pour faire tourner les machines. L’arrivée du chemin de fer a accéléré l’urbanisation d’une petite ville comme Pepinster. » .
Tel est le paradoxe actuel de la gestion complexe de la ville : d’une part il faut améliorer la gestion des inondations par des aménagements qui vont certainement condamner quelques zones d’habitat, mais d’un autre côté, il faut aussi tirer parti de cette source de vie et d’énergie qu’est l’eau.

la vallée de la Basse Sambre, Moustier sur Sambre, carte de vandermaelen (1846-1854), Source Wall on map.
la vallée de la Basse Sambre, Moustier sur Sambre, aujourd’hui, Source Wall on map.

En tout état de cause, la question est titanesque. Pour s’en convaincre, il suffit de se rendre compte de la rectification de la basse Sambre entre Charleroi et Namur pour prendre conscience que « revenir à l’ancien temps » n’est pas possible, imaginable ou encore finançable. En outre, l’évolution des programmes de logements, l’agrandissement des locaux de vie (Télétravail) ou encore le regroupement des logements (densité), les changements de modes de déplacements nécessitant une concentration des transports en commun pour une meilleure connectivité, ne permettent pas de penser la ville étendue sur les collines alors que la ville a souvent été pensée en fond de vallée, exception faite que quelques places fortes.

la vallée de la basse Sambre, aujourd’hui, zone de la zone Moustier sur sambre, source Google Map.

Conclusion

En conséquence, la ville de demain sera une ville en vallée, peut-être moins bâtie au sol et plus haute, aux rivières sinueuses et larges quais… inondables tout en protégeant les hauts de vallées plus boisés et mieux maitrisés au niveau des cultures. Et c’est probablement là le paradoxe d’aujourd’hui : pour ne pas revivre les scènes de chaos de juillet 2021 il faudrait d’abord se préoccuper rapidement des espaces non construits pour protéger les espaces construits.

Merci de votre lecture et à la semaine prochaine pour de nouvelles réflexions.

Pascal SIMOENS Architecte et urbaniste, Data Scientist. Expert Smart Cities. J’ai commencé ma vie en construisant des villes en Lego, j’en ai fait mon métier. Geek invétéré, aujourd’hui je joins mes passions du numérique et de la ville au travers d’une expertise smart Cities et smart buildings en travaillant en bureau d’étude (Poly-Tech Engineering) et j’enseigne cette même expertise à l’UMONS et l’ULB.

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