BEEING HAPPY IN THE CITY, IS IT POSSIBLE ?

Etre heureux en ville, est-ce possible ? Le dernier sondage réalisé par CITYLAB sur l’appréciation du lieu où nous vivons semble dire que non. Ce sondage est le début d’un dossier plus large qui s’étoffera dans les jours et semaines à venir mais ce sondage américain nous en dit beaucoup sur la manière de vivre en ville.

citylab

En attendant la suite des articles, je ne peux que compléter cette question par mon sentiment sur la question « pouvons-nous être heureux en ville ? ». Cette question me semble toujours orientée par le contexte culturel dans lequel nous nous inscrivons, voir-même, la société dans laquelle nous vivons ! En effet, comment évaluer si la ville est agréable à vivre, si la société culturelle dans laquelle nous nous inscrivons est anti urbaine ? Je m’explique:

La même question serait posée à un habitant du moyen-âge, la grande majorité de ceux-ci répondraient que c’est un privilège de vivre en ville car cette ville leur offre des droits que les paysans n’ont pas et ensuite, surtout, les protègent. Cette même question posée à la Renaissance aurait joui de réponses mitigées. C’est l’époque où les villes deviennent mieux organisées, plus monumentales, parfois plus propres. C’est toujours un lieu où l’économie se développe et donc les richesses… regardez Florence et les Médicis. Néanmoins, la population très aisée se libère du carcan de la ville pour s’installer en périphérie, « là où l’air est sain ». Les villas palladiennes sont le magnifique exemple de cette extension urbaine et riche de la Renaissance.

Villa Rotonda, Palladio.
Villa Rotonda, Palladio.

Suivra ensuite l’époque industrielle où la ville devient le lieu de concentration du travail et de la production de la richesse. Cette époque est encore aujourd’hui notre référentiel urbain psychologique : la ville est un mal nécessaire qui apporte tant de choses indispensables (eau courante, égout, éclairage public, bourse, transports, travail, …). Néanmoins, les riches fuient la ville comme la peste et tout au plus, ont-ils un pied-à-terre dans le centre mais ils ne rêvent que de quitter leur ville à la fin de la semaine pour rejoindre leurs villas palladiennes de venues châteaux industriels. Et pour ceux qui n’ont pas le temps de sortir à la campagne, ils s’achètent de larges terrains pour y installer un château entouré d’arbres… et partent dès qu’ils peuvent en vacances sur les côtes normandes ou la Riviera.

chateau industirel

Parallèlement à ce vécu, on voit fleurir en même temps la création de la définition de paysage. Augustin Berque précise l’exemple fondateur de cette nouvelle image collective par l’obsession de Cézanne à peindre la montagne Sainte Victoire depuis Aix-en-Provence à la fin du 19ème siècle. Une vision presque romanesque de l’œil urbain alors que les paysans n’y voyaient que la question d’un terroir à cultiver, un espace fonctionnel. Cette « vision de la ville et ses territoires » nous imprègne encore aujourd’hui, exprimant inconsciemment la ville nécessaire et la banlieue saine et vivifiante.

Si la réalité est tout autre avec des territoires qui n’ont plus rien de rural et naturels en banlieues, voir plus encore avec les giga conurbations de l’Est Américain, de L’Europe Atlantique ou encore de Tokyo; en l’état et malgré l’envie à retourner en ville des générations Y très connectées, ou le retour des banlieusards vieillissants, notre état d’esprit ne pourra s’extraire de la culturalité identitaire de l’urbanité d’aujourd’hui. Et alors qu’une nouvelle révolution urbaine émerge, similaire à l’exode rural vers les villes lors que premières révolutions industrielles, la question qui est posée est celle de la ville de demain et son identité positive ou négative.

L'un des innombrable tableau signé Cézanne et représentant la montagne Sainte Victoire à côté d'Aix-en-Provence
L’un des innombrable tableau signé Cézanne et représentant la montagne Sainte Victoire à côté d’Aix-en-Provence

L’identité négative ne pourra être que celle qui se poursuit dans le rêve d’une nature perdue et remplacée par défaut par quelques espaces verts ou suspendus et à la mode.

L’identité positive reste quant à elle à créer, comme la balance qui justifiait l’attractivité des villes médiévales. Certes, ces villes n’étaient pas parfaites, loin s’en faut. Toutefois, elles développaient une plus-value identitaire forte dont seules quelques villes mondiales peuvent profiter aujourd’hui. Or, l’enjeu est bien de développer cette attractivité et identité urbaine à l’échelle des métropoles moyennes. Toutefois, cela ne sera pas suffisant, ces villes devront garantir la sécurité de ses citoyens, non plus par des remparts mais bien par des stratégies résilientes contre les changements climatiques ou la traçabilité alimentaire. En, ce sens, l’interaction entre ville et campagne devrait aussi resurgir face à la nécessité des trajets courts, tant pour des raisons de traçabilité que de coûts des transports… mais surtout parce que les habitants de la ville doivent y trouver leur compte et avoir confiance sur le territoire qui les hébergent. Une ville autonome est à ce prix. Cette ville garantira la sécurité de ses habitants.

Le retour à la campagne des habitants de la ville est un retour aux sources génétiques de la vie. La ville n’a, à contrario, jamais été génératrice de vie mais bien de sens donné à la vie par sa capacité de donner aux hommes l’opportunité de vivre ensemble et suffisamment protégés pour dialoguer et créer. En cela, et pour revenir à l’exemple de Cézanne cité plus haut, c’est la condition urbaine qui crée un point de vue par la vision qu’il projette au reste des individus et c’est le regroupement des hommes pour en discuter qui crée de la culture. Et elle va s’amplifier par la réduction des ressources numériques au cœur des villes au contraire des campagnes.

Cependant, la condition humaine nécessite un besoin à la terre qui ne risque pas de disparaitre demain. L’ambivalence restera donc continuellement renouvelée à défaut de créer dans la ville une part de nature sur laquelle elle s’est construite. Les friches démontrent à quel point la nature est plus forte que l’homme pour la conquête urbaine. Reste à définir l’équilibre qui permettrait de laisser la nature s’approprier la ville pour la rendre habitable et heureuse pour l’homme…. Surtout heureuse…

friche industrielle

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