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POKEMON GO : READING THE PUBLIC SPACE BEHIND THE PLAY

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source: carte des localisations de Pokémon en temps réel, Bruxelles via Belgium iphone.

Voici encore un nouvel article sur le jeu le plus célèbre de l’été, me direz-vous. En effet, mais il est peut-être temps également d’approfondir la question au-delà d’un simple jeu et de regarder les conditions d’usage de la ville au travers de la réalité augmentée et de l’expérience urbaine. C’est l’objet de ce Post qui se veut sans prétention, rédigé par un Geek-chercheur universitaire intéressé par les systèmes de réalité augmentée et, entre autres, leurs applications dans les espaces publics et l’architecture (voir article scientifique ici pour aller plus loin).

Tout d’abord, posons le concept : Pokémon Go est un système géo référencé qui développe une interaction entre le joueur et le jeu lui-même ainsi qu’entre les joueurs, et créant une interaction par géo proximité. Autrement dit, le jeu est basé sur votre localisation dans l’espace et donc du lieu dans lequel vous vous déplacez. Cela nécessite évidemment un déplacement dans l’espace, tel un chasseur dont l’espace urbain (celui qui concentre le plus d’utilisateurs) est le terrain de chasse. On notera au passage, que l’ensemble de ces interactions ne sont pas anodin et organisé à partir des algorithmes agrégateurs du jeu. Sinon, quel serait l’intérêt de créer des Pokéstops au milieu d’une campagne où personne n’irait ? L’interaction entre la géolocalisation, le téléphone mobile et l’utilisateur n’est pas nouvelle, mais pour la première fois, l’ensemble du monde semble s’être rendu compte de l’impact du GPS dans nos comportements et ce qu’il donne comme information sur nos comportements. Comment aurait-il pu en être autrement à constater le regroupement de centaines de personnes dans les parcs et rues des grandes villes du monde entier ? Il y a dans ces actes, presque quelque chose de l’ordre du rituel comparable au regroupement du pèlerinage de la Mecque ou bien des Journées des Jeunesses chrétiennes (JCC). Et comme tout regroupement de personnes, l’espace public contribue à l’usage. C’est ainsi que la génération PlayStation s’est retrouvée dans les villes et, plus particulièrement dans les grands espaces de rencontre.

Ce qui nous intéresse ici, est l’interaction entre la structure urbaine, son usage dans le jeu et l’expérience vécue.

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regroupement Pokémon, Dusseldorf

Selon certains joueurs, l’usage des espaces publics est différent avec les jeux que lors d’une promenade. Sans nul doute, ont-ils raison. C’est le cas de Karen Grajales qui décrit ses parcours à travers le Pershing Park à Washington D.C. ou encore dans la petite ville de Rockville (Pokémon Go Adds a New Layer to Public Spaces, The Dirt, 2016) qui a développé les principes de New urbanism avec ses rues piétonnes et squares qui recrée une forme d’urbanité dans les banlieues américaines bien que parfois un peu artificiels pour un Européen, avouons-le. La description de ses actions de chasseuses de Pokémon pendant une expérience de plus d’une semaine démontre que l’espace n’est pas qu’un support du jeu, mais qu’il relève également de certaines conditions pour qu’il soit un bon support de jeu. Mais au-delà, il offre une nouvelle expérience urbaine, une expérience augmentée liant monde virtuel et réel. Une première expérience de Sims City IRL (In Real Life). Le processus de conception de l’espace s’inverse, pour partie, et l’espace virtuel transforme l’espace du réel. La nouvelle couche de lecture urbaine s’inspire, pour ne pas dire aspire, les couches antérieures qui font de la ville ce que nous en connaissons. Ces couches sont d’ordre historique avec, plus particulièrement, la trame urbaine qui compose la base de l’aire de jeu de Pokémon Go. Cette carte simplifiée est une mine d’informations qui croisent les données viaires avec les données d’usages. N’étant pas dans le secret des dieux chez Niantic (la société du produit PGO), je ne peux que corréler les valeurs algorithmiques données aux différents espaces permettant de concentrer les Pokéstops. Toutefois, deux choses se révèlent à nous : le premier est de l’ordre de la base de données, celle déjà active des monuments historiques, centres commerciaux et autres espaces de valeurs liés aux usages et à leur histoire. Ces bases de données sont ouvertes et permettent de structurer le jeu, lui donner sens conjugué à la cartographie. Le second est la démonstration par l’expérience que j’ai vécue avec Ingress, le précédent jeu de Niantic et père de PGO, et dont les portails se situaient aux croisements entre espaces publics et flux, outre les bâtiments symboliques et historiques. Je me rappelle ainsi l’expérience dans l’attente d’un TGV à Lille et parcourant la carte d’Ingress qui me rendait directement au carrefour le plus fréquenté de Lille (devant Euralille pour les connaisseurs), mais également lieu où l’ensemble des flux urbains se croisait. Ce choix du jeu n’était certainement pas innocent ! selon les sources d’anciens joueurs d’Ingress, 2/3 des lieux de portail d’Ingress se retrouvent dans Pokémon Go.

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Le jeu, par ses algorithmes de géolocalisation, serait-il donc le révélateur des usages de la ville grâce au croisement des données physiques (espaces publics) et numériques (usages) ? je ne pense pas que nous soyons déjà arrivés à ce stade de précision qui demanderait une capacité de calcul assez phénoménale toutefois, c’est ce vers quoi nous tendons certainement. En outre, et à plus petite échelle, Niantic s’offre une base de données comportementale fantastique par les usages coordonnés des joueurs… qui s’appuie sur les algorithmes de géolocalisation pour trouver les Pokémons. Un logiciel n’est jamais gratuit et le modèle de Pokémon Go s’appuie sur deux modèles d’affaires : le Freemium où vous ne payez rien pour le jeu, mais vous devez payer pour avancer plus vite… sachant bien que les algorithmes de frustration sont conçus pour vous pousser à acheter. Le second est la vente des données géolocalisées récoltées le jeu. Le plus bel exemple est le contrat entre Mac Donald et Niantic pour faire apparaître des Pokémons dans leurs fast-foods, le tout à l’échelle mondiale.

Mais faut-il craindre pour autant le Big Brother ?

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capture d’écran Ingress, Niantic/Google

A mon sens, non et pour deux bonnes raisons :

La première concerne le manque de sérendipités dans le processus de génération des données par rapport à l’utilisation complexe de la ville. En effet, ce sont les algorithmes qui génèrent leurs propres données associées. Elles sont donc biaisées et s’autoalimentent. Concrètement, cela signifie que le modèle d’origine se renforce de lui-même et nous pose d’ailleurs question quant à la valorisation de la complexité qui fait ville, en un mot : l’urbanité, celle qui donne sens et la singularité d’une ville, son authenticité. Difficile de valoriser le petit chemin à l’écart, mais offrant un si beau panorama sur le quartier traversé… la beauté de la ville est faite de ses expériences singulières qui deviennent ensuite des souvenirs. Le jeu n’offrir que la quantité dans des espaces quantifiables. Le reste est à la marge et cette quantité est renforcée par le processus même de collecte des données sur base des Bases de données qui ne sont plus compilées que croisées. C’est l’une des raisons qui me fait penser que l’intérêt du jeu n’est aujourd’hui pas satisfaisant pour le potentiel de communauté prêt à faire perdurer l’intérêt du jeu. Cette communauté, comme toutes les communautés de jeux sont très exigeantes au niveau de son expérience. A l’image d’autres jeux, l’expérience nécessite de retrouver des éléments exceptionnels dans des espaces incroyables, incongrus ou atypiques. En cela, une réelle dimension de réalité augmentée pourrait consolider l’expérience de jeu et ainsi renforcer la communauté qui est le seul garant de la pérennité du jeu. Une pérennité vitale pour la continuité de la collecte des données géolocalisées, elles-mêmes objet du modèle d’affaires.

La seconde est liée au facteur de résilience des structures urbaines au niveau des comportements humains. Il n’y a rien de plus ennuyeux que de se retrouver dans un lieu bondé alors que référencé comme calme. En ce sens, le paradoxe du modèle algorithmique actuel de Pokémon Go en est sa limite : tout le monde se retrouve dans les mêmes endroits. Imaginons deux squares dans un même quartier. Le premier est très agréable et bien aménagé, le second est confortable, mais moins bien aménagé. Le système des bases de données de Niantic va naturellement favoriser le premier square, car c’est celui où il y a régulièrement le plus de gens. Toutefois, la surcharge de cet espace par sa mise en valeur par le jeu et les bases de données vendues pour d’autres applications fera que la communauté utilisant régulièrement le square (les usagers du quartier) risque de migrer vers le second espace moins utilisé, mais correspondant mieux aux attentes qu’offrait le premier square. Il y a donc un déplacement d’usages qui contrevient à l’objectif même de la base de données générée par le jeu.

La ville est un système complexe qui peut être géré, comptabilisé, traité par la collecte des données. C’est ce qui se passe de plus en plus dans les projets de Smartcities qui cherchent à croiser au mieux les données déjà disponibles. Que ces données soient Open Source ou non, le paradoxe veut que si les données peuvent servir à améliorer l’expérience urbaine, elles doivent être consentantes avant tout par l’utilisateur. Dans l’autre cas, les habitants se réorganiseront pour créer un modèle, aussi petit soit-il, pour qu’il leur corresponde à nouveau. Nous sommes donc encore bien loin du Big Brother qui connait l’ensemble de nos usages et c’est tant mieux.

si vous n’y connaissez rien sur le jeu Pokémon Go, une vidéo de synthèse bien foutue :

REWILDING THE CITY

Corridors fauniques quatre propositions à des parties «de REWILD» de l' Amérique du Nord. Smithsonian Institute  CC BY-NC
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Wildlife corridors: four proposals to ‘rewild’ portions of North America. Smithsonian Institute, CC BY-NC

En français le terme «  réensauvager » est apparu voici peu et peut être traduit littéralement comme « remettre de la vie sauvage en ville ». Cette question de la nature en ville devient récurrente depuis quelques années et l’émergence des façades végétales sur nos façades d’immeubles de bureaux, voir, quelques appartements.

Le terme apparaît milieu des années 90 avec les écris de Reed Noss et Allen Cooperrider (saving Nature’s Legacy (1994) et qui relève le risque de perte de la biodiversité à l’échelle du monde. A cette même période, l’ONU précise que la Terre va définitivement basculer dans un monde urbain avec plus de 50% des habitants vivant dans les villes.

Plus récemment (début 2016), l’auteur Eward O. Wilson qui est professeur à l’université d’Harvard,, sort le livre Half-Earth : Our Planet’s Fight for Life  et précise sa préoccupation sur le développement des villes avec, plus particulièrement, la concentration des habitants dans les villes et mégalopoles d’ici à la fin du 21e siècle.

A notre sens, la question qui se pose est double :

  1. La première suppose que l’homme est capable de se déconnecter de son socle millénaire, inscrit dans son ADN, et supposant qu’il ne peut pas se libérer de son instinct primaire de chasseur-cueilleur. A mon sens, c’est une véritable question, mais à laquelle d’aucuns ne sont capables aujourd’hui d’y répondre. A contrario, nous pourrions nous demander si nous ne sommes pas perdants à annihiler des compétences spécifiquement humaines (vs I.A.) relatifs à notre capacité de survie instinctive en milieu hostile et, par conséquent, notre capacité de résilience.
  2. La seconde est liée à notre relation avec la technologie et, plus particulièrement, l’émergence de plus en plus probable de l’Intelligence artificielle. En effet, l’interaction homme-machine serait l’avatar de notre relation intime homme-nature.

Le lire d’Edward O. Wilson prévoir l’opportunité de séparer l’urbain et la nature (la moitié de la terre), telle que la carte présentée ci-dessous avec des corridors écologiques majeurs pour l’Amérique du Nord. Ces couloirs sont exempts de toutes vies humaines… une forme douce de l’idée développée dans la série télévisée The Zoo où la nature se rebelle contre les hommes qui la détruisent génétiquement. Ici, Wilson anticipe et propose d’organiser une sorte d’arche de Noé mondiale… sur terre.

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nouveau corridor écologique animalier, Calédonie britannique.

Parallèlement, il faut noter la recherche sur la nature en ville où les architectes et les urbanistes jouent souvent aux apprentis sorciers sans avoir de grimoires.

En tout état de cause, il me semble qu’une question est de plus en plus récurrente dans les villes sur la place de la nature et l’interrelation entre l’homme et la nature dans un monde de plus en plus urbanisé. Peut-être que la question se réglera par l’économie comme l’émergence d’une économie circulaire qui oblige de repenser la production agricole par des circuits courts. Il pourrait en être de même au travers des villes qui pourraient être valorisées au niveau de son intégration de couloir biologique et de quartiers véritablement « bio ». Les villes vertes se verraient avec un foncier plus cher et une attractivité plus grande pour les entreprises. Il restera, comme toujours, de régler la question sociale : une autre forme de discrimination humaine.

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façade végétale, 2eme arrondissement, Paris

source d’inspiration : Wiliam Lynn, Setting asie half the Erth for rewilding : the ethical dimension, The Conversation, 26 août 2015

 

OVERSEAS INTERACTIVE MAP & CLIMATE CHANGE

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Le Bigdata offre parfois de belles surprises. Plus particulièrement encore, lorsque je tombe sur une carte interactive fascinante et qui fait froid dans le dos. Je vous parle ici d’une carte proposée par CLIMATE CENTRAL, une ONG américaine qui a développé une carte interactive sur l’ensemble des données du globe et relatif à la montée (inéluctable) des eaux. Le plus impressionnant est l’analyse des variables telles que la diminution de la consommation de carbone, le stand Still ou une révolution verte. Dans tous les cas, il faut bien reconnaitre que c’est juste une question de temps.

Accès aux données interactives/cartes : ici

Pour la Belgique, les données sont de très bonne facture puisqu’elles corroborent les données étudiées par la Région flamande, entre autres dans le cas de l’étude du plan 2100 proposé par le bureau d’urbanistes Buur.

Je vous laisse vagabonder à travers le monde pour voir le cataclysme qui nous attend…

Basé sur un article lu sur The Dirt, New Map Shows the Impact of Future Sea Level Rise, 01 décembre 2015 par Jared Green

URBAN PLANNER + ARCHITECT = URBANITY

Haïti, Pétion ville, Pascal Simoens
Haïti, Pétion ville, Pascal Simoens

Parfois on me demande à quoi peut bien servir un urbaniste… Joan Clos, patron du programme des nations Unies pour l’habitat l’explique de manière magistrale :

« Si une ville n’a pas de structure, il y aura des inégalités ». Lorsqu’on construit un bâtiment, on ne met pas en doute le rôle de l’ingénieur qui est différent de l’architecte. Pour la ville c’est la même chose : l’urbaniste organise la ville et les architectes créent les objets de cette ville.

En d’autres termes, l’urbaniste donne la texture et l’architecte met de l’épaisseur. Le rôle de ces deux acteurs est essentiel pour créer de l’urbanité et si F. Choais dit ‘l’urbanité, c’est ce qui fait que la ville est ville », c’est parce que les architectes s’appuient sur le travail des urbanistes et que la « sauce » arrive à prendre.

Tout un art…

Pour prolonger cette lecture, l’intégralité de l’article ici

Via  The Dirt

CALIFORNIA’S DROUGHT : NOT ONLY A QUESTION OF WATER’S MANAGEMENT

Rate of Drought, The NY Times
Rate of Drought, The NY Times

Chers lecteurs,

Je vous convie à lire ce petit article de synthèse sur la problématique de la sécheresse aux États-Unis et, plus spécifiquement, en Californie. Cet article fait une synthèse remarquable de la problématique actuelle et dont, heureusement, l’Europe est encore quelque peu préservée (mais jusqu’à quand ?) grâce à des conditions climatiques différentes.

En complément de ce post, je vous soumets toutefois quelques réflexions complémentaires :

  • Premièrement, l’exemple critique des USA démontre la relation immédiate entre la crise climatique et l’emploi. En effet, la sécheresse californienne a amené la perte de 17.000 emplois (essentiellement dans l’agriculture) et un coût induit de plus de 2,2 Milliards de Dollars US. Au moment où l’Europe n’a plus qu’une idée en tête, à savoir faire des économies, on se demande si cela a du sens dans une spirale où le climat coûte de plus en plus à la Société.
  • Deuxièmement, et cela n’est pas neuf, les riches de la classe moyenne (tout est en nuances), sont les plus grands consommateurs d’eau et sont également les plus réfractaires au changement. Ce sont donc des politiques sectorielles sociétales qui doivent donc être mises en place pour que chacun et dans la mesure de ses moyens, puisse réaliser l’effort nécessaire à la résilience des territoires.
  • Troisièmement, le modèle économique agricole actuellement en place, développé essentiellement sur un processus extensif est voué à l’échec. Encore une fois, l’exemple Californien est significatif en ce sens : d’un côté de nombreuses exploitations disparaissent et dû au changement climatique et la réfaction de l’eau, d’un autre côté, la production d’amendes, noix et autres fruits secs qui sont particulièrement consommateurs d’eau a vu le doublement des surfaces productives. La raison n’est pas décrite dans l’article, mais on peut facilement se douter que la production de ces fruits secs correspond à une demande croissante de l’industrie agroalimentaire qui en use et abuse dans de nombreux produits et leurs dérivés.
Drought!, The NY Times Pic.
Drought!, The NY Times Pic.

En conclusion, le climat et l’économie de marché telle que développée jusqu’à aujourd’hui sont incompatibles avec la résilience des territoires. En Californie, c’est une question de survie et donc le choix sera vie faite : sans eau, pas de vie. L’un des états les plus riches des USA (la Californie = la France) risque d’être déserté alors qu’il fut un Eldorado.

Comme disait Darwin : « ce n’est pas le plus fort qui survit, c’est celui qui est le plus apte à s’adapter. ».

Via :

The Dirt

Source(s) complémentaire(s) :

Mapping the Spread of Drought Across the U.S., The NY Times

How Water Cuts Could Affect Every Community in California, The NY Times