ARTICLES SUR LES VACANCES (4/5) : LA PLUIE AU SERVICE DE LA VILLE : L’EXEMPLE DE COPENHAGUE FACE AUX INONDATIONS, UNE INSPIRATION POUR LES VILLES BELGES ?

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mots-clés : UMONS, villes, modèles, données, étudiantes, travaux pratiques, article, villes intelligentes
Nombre de pages « équivalent » : 6
Article rédigé avec l’aide de l’IA : oui

En bref : c’est l’été et nous vous proposons des articles d’étudiants… Comme chaque année. Un monde digital vu par des jeunes de 23 ans. Et c’est parfois détonnant !

Chers lecteurs,

C’est déjà le moment des vacances, mais on ne vous laisse pas tomber pour autant. Chaque année, j’ai le plaisir d’offrir à mes étudiants d’être modestement publiés sur mon blog. Il s’avère que certains articles, comme celui d’Eléa Iudica publié le 17 août 2022 s’intitulant Les dérives du Métavers dans l’architecture, a été lu plus de 850 fois dans la foulée de la publication ! ils apprécient, je peux vous le garantir.

Bref, mes jeunes étudiants ont des choses à vous raconter et cet été sera riche en découvertes de leurs points de vue. Des articles rédigés par de vraies gens pour de vraies idées.
Nota : Ils ont tous utilisé l’IA, d’une manière ou d’une autre. Il est intéressant de noter que son usage a été différent pour chaque étudiante !

La présentation de ces articles est proposée par ordre alphabétique des auteurs. À la fin, je vous propose un regard critique (au sens littéral du terme). Bonne et belle journée à vous.

Texte de IMAN KERAI

Vue d’une rue de Verviers inondée après les fortes pluies de juillet 2021. (Source : RTBF, lien)

Introduction

Ces dernières années, la météo n’a cessé de rappeler que le climat change – et pas toujours en douceur. Inondations, vagues de chaleur, orages soudains… les villes, en Belgique comme ailleurs, sont confrontées de plus en plus fréquemment à des phénomènes météorologiques extrêmes qu’elles peinent à maîtriser. L’épisode tragique des inondations de l’été 2021, qui a frappé la Wallonie, a clairement mis en évidence les limites des infrastructures urbaines face à ces nouvelles réalités climatiques[1].

Pendant longtemps, l’urbanisme s’est développé sans intégrer véritablement ces enjeux. Les villes ont été conçues pour croître, accueillir plus d’habitants, de véhicules et d’activités, mais rarement pour cohabiter avec les éléments naturels. L’augmentation des surfaces imperméabilisées empêche désormais l’eau de pluie de s’infiltrer dans le sol, aggravant ainsi le risque d’inondation[2]. Il devient donc urgent de repenser l’aménagement urbain : non plus uniquement pour répondre aux besoins du quotidien, mais aussi pour anticiper et absorber les excès du climat.

Certaines métropoles ont décidé d’agir avant la prochaine catastrophe. Copenhague, par exemple, a développé une stratégie innovante en transformant ses rues, parcs et quartiers afin qu’ils absorbent les eaux de pluie plutôt que de les subir. Ce programme, appelé Cloudburst Management Plan, vise à rendre la ville résiliente en utilisant l’espace urbain comme structure de régulation naturelle.

Avant d’examiner plus en détail ce cas, il convient de définir deux notions clés. Les Cloudburst Streets désignent des rues aménagées pour canaliser temporairement les eaux pluviales lors d’épisodes extrêmes. Quant à la résilience urbaine, elle renvoie à la capacité d’une ville à anticiper, absorber et se relever face à des perturbations climatiques, telles que les inondations.

Cet article se penche sur le cas de Copenhague afin d’en tirer des pistes de réflexion pour des villes belges de taille moyenne, comme Mons ou Charleroi. L’objectif est d’évaluer dans quelle mesure ce modèle d’adaptation peut être appliqué localement, à une échelle réaliste, pour rendre nos villes plus sûres et plus durables.

Pourquoi nos villes ne sont plus prêtes à affronter la pluie

En Belgique, comme dans beaucoup d’autres pays d’Europe, la pluie a toujours fait partie du quotidien. Mais ces dernières années, ce n’est plus la même histoire. Le changement climatique modifie non seulement la fréquence, mais surtout l’intensité des précipitations. Les épisodes de pluies courtes, mais violentes deviennent plus fréquents, saturant les réseaux d’évacuation et laissant les villes sous l’eau en l’espace de quelques heures. L’exemple le plus marquant reste les inondations dramatiques de juillet 2021, qui ont frappé la Wallonie, causant des dizaines de victimes et d’importants dégâts matériels.

Ce genre d’événement ne relève plus de l’exception. Et pourtant, la majorité des villes belges – comme Mons ou Charleroi – ne disposent pas encore des moyens nécessaires pour faire face à ces nouvelles réalités climatiques. L’un des problèmes majeurs réside dans la manière dont les villes se sont développées : plus une ville s’étend, plus elle recouvre ses sols de surfaces imperméables, comme le béton, l’asphalte ou la pierre. Cela empêche l’eau de pluie de s’infiltrer naturellement dans le sol. Résultat : l’eau ruisselle, s’accumule et surcharge rapidement les réseaux d’égouts, qui finissent par déborder.

Schéma montrant la différence d’absorption d’eau entre un sol naturel et une surface urbanisée imperméable. (Source : OBVAJ, lien)

Un autre facteur aggravant est l’ancienneté des infrastructures. En Belgique, la plupart des systèmes d’égout ont été construits il y a plusieurs décennies, à une époque où les conditions climatiques étaient plus stables. Ces réseaux n’ont pas été conçus pour absorber des volumes d’eau aussi importants et soudains que ceux auxquels nous sommes désormais confrontés[3]. Lors de fortes pluies, les conduites sont vite saturées, et ce sont alors les rues, les caves, voire les parkings souterrains qui se transforment en zones de rétention improvisées.

Enfin, les politiques d’aménagement du territoire n’ont pas toujours anticipé ces risques. La gestion des eaux pluviales a longtemps été perçue comme une contrainte technique secondaire, à traiter une fois les projets conçus, plutôt que comme un enjeu fondamental à intégrer dès les premières étapes de la planification urbaine. Pourtant, certains territoires ont commencé à inverser cette logique. C’est le cas de Copenhague, qui a choisi de faire de l’eau un élément structurant de son aménagement urbain, en imaginant des solutions pour qu’elle circule, s’accumule ou s’infiltre sans créer de dégâts.

Copenhague et ses Cloudburst Streets : une réponse urbaine intelligente

En 2011, la ville de Copenhague a été confrontée à une inondation exceptionnelle : en l’espace de deux heures, il est tombé l’équivalent d’un mois de pluie, provoquant des dégâts estimés à plus d’un milliard d’euros[4]. Cet épisode extrême a mis en évidence la vulnérabilité du réseau d’égouts de la ville, incapable de faire face à une telle quantité d’eau en si peu de temps. Ce moment a été un tournant pour la municipalité, qui a compris qu’il ne suffisait plus de renforcer les infrastructures existantes, mais qu’il fallait repenser l’espace urbain dans son ensemble pour apprendre à cohabiter avec l’eau plutôt que de la repousser systématiquement.

C’est ainsi qu’est né le Cloudburst Management Plan, un plan d’adaptation urbaine ambitieux dont l’objectif est de transformer certains espaces publics – rues, parcs, places – en zones capables de ralentir, stocker ou rediriger l’eau en cas de fortes précipitations[5]. L’idée est simple, mais efficace : plutôt que de laisser l’eau inonder les caves ou déborder dans les rues, ces espaces deviennent temporairement des réservoirs ou des chemins d’évacuation contrôlés.

Coupe illustrant une Cloudburst Street, aménagement conçu pour stocker et canaliser les eaux pluviales. (Source : Harvard GSD, lien)

Parmi les dispositifs les plus emblématiques de ce plan figurent les Cloudburst Streets. Ce sont des rues spécialement aménagées avec de légères pentes, des trottoirs surélevés ou des décaissés, conçus pour permettre à l’eau de s’y accumuler temporairement. Une fois l’épisode pluvieux passé, l’eau s’écoule lentement vers des canaux ou des bassins de rétention, sans avoir eu besoin d’envahir les bâtiments voisins.

À cela s’ajoute la transformation de nombreux parcs urbains en parcs multifonctionnels. En temps normal, ces espaces sont utilisés comme lieux de promenade ou de loisirs. Mais en cas de pluies extrêmes, ils sont capables de se transformer en véritables bassins de rétention. L’eau y est redirigée volontairement, ce qui évite la surcharge du réseau d’égouts et réduit fortement les risques d’inondation dans les zones d’habitation environnantes[6].

Aménagement du Sønder Boulevard à Copenhague, conçu pour capter et stocker l’eau de pluie en cas d’inondation. (Source : Landezine, lien)

Un des aspects les plus innovants du modèle danois réside dans l’articulation entre ces aménagements physiques et des outils numériques avancés. La ville utilise des modélisations hydrauliques 3D, des capteurs météorologiques et des systèmes d’alerte en temps réel, afin de mieux anticiper et gérer les flux d’eau[7]. Cela permet d’optimiser l’efficacité de chaque aménagement au moment où il est sollicité.

Plus de dix ans après la mise en place du plan, le bilan est largement positif. En plus de réduire les risques d’inondation dans les quartiers concernés, Copenhague a aussi amélioré la qualité de ses espaces publics. Ces nouvelles infrastructures ne sont pas seulement fonctionnelles en cas de crise : elles contribuent aussi, au quotidien, à offrir un cadre de vie plus agréable, plus vert et plus adapté aux besoins des habitants.

Adaptation en Belgique : quelles perspectives pour Mons ou Charleroi ?

Face au changement climatique et à l’augmentation du risque d’inondations, la question de savoir si des villes comme Mons ou Charleroi pourraient s’inspirer du modèle danois devient plus que pertinente. Certes, le contexte belge diffère de celui de Copenhague sur plusieurs points : climat légèrement différent, cadre institutionnel propre, et ressources financières variables. Mais les enjeux restent similaires : des centres urbains denses, des sols imperméabilisés, des réseaux d’égouts souvent anciens et sous-dimensionnés[8].

Ce qui fait la force du Cloudburst Management Plan à Copenhague, c’est qu’il ne repose pas uniquement sur des solutions techniques ou souterraines, mais sur une approche intégrée de l’aménagement urbain12. L’eau y est considérée comme un élément structurant, à intégrer dès la conception des rues, des parcs et des places publiques. Ce type de démarche pourrait tout à fait être adapté à des villes belges de taille moyenne, comme Mons ou Charleroi, qui disposent encore de nombreuses opportunités de réaménagement, notamment dans leurs quartiers anciens ou en reconversion[9].

À Mons, par exemple, certains espaces publics modernes pourraient être repensés pour jouer un rôle actif dans la gestion des eaux pluviales, en prévoyant des voiries capables de retenir ou de guider temporairement l’eau. Charleroi, engagée dans une importante transformation de son tissu urbain, développe déjà plusieurs projets végétalisés ou désimperméabilisés, qui pourraient être approfondis en s’inspirant du modèle danois[10].

Si des initiatives locales existent déjà ici et là, elles restent souvent ponctuelles. La principale différence avec Copenhague réside dans la vision d’ensemble : à Copenhague, la gestion des eaux pluviales est intégrée dans un plan global, cohérent à l’échelle de la ville. En Belgique, ces aménagements sont encore rarement pensés comme des stratégies structurantes, et dépendent souvent de projets isolés ou de volontés locales.

Mettre en œuvre une telle approche demande une collaboration large : non seulement entre urbanistes, ingénieurs, architectes ou autorités locales, mais aussi entre acteurs régionaux et nationaux, chercheurs, paysagistes, gestionnaires de territoire, associations et citoyens. L’acceptation culturelle de ces transformations est également essentielle : faire évoluer les mentalités pour que l’on accepte, par exemple, qu’une rue puisse temporairement servir de canal est un défi autant social que technique.

Les villes belges, souvent marquées par leur passé industriel, possèdent un potentiel important pour évoluer vers une gestion plus résiliente de l’eau. Encore faut-il que cette transition soit portée par une volonté politique claire, une vision cohérente et une coordination entre tous les niveaux d’action. L’exemple danois prouve qu’il est possible de concilier sécurité, cadre de vie et adaptation au climat – même dans des villes à taille humaine, et en Europe.

Parc multifonction à Copenhague : espace de loisirs et bassin de rétention lors de fortes pluies. (Source : Landezine, lien)

Conclusion

Les épisodes d’inondation que connaissent nos villes ne sont plus de simples accidents isolés, mais les manifestations concrètes d’un climat qui évolue rapidement. Face à cette réalité, il devient indispensable de repenser la manière dont on conçoit les espaces publics, en intégrant pleinement la gestion de l’eau dans les stratégies urbaines, plutôt que de chercher à la contenir ou à l’évacuer à tout prix.

L’exemple de Copenhague démontre qu’il est possible d’allier résilience, qualité de vie et adaptation climatique à travers des solutions urbaines intelligentes. En transformant les rues, les parcs ou les places en dispositifs actifs de gestion des eaux pluviales, la ville a su transformer un risque en levier d’innovation et de confort pour les habitants.

Pour des villes belges comme Mons ou Charleroi, le défi n’est pas seulement technique : il est culturel, institutionnel et collectif. Ce type d’aménagement exige une nouvelle manière de penser la ville, mais aussi une coordination entre de nombreux acteurs – pouvoirs locaux, régions, urbanistes, chercheurs, citoyens – afin de dépasser les réponses ponctuelles au profit d’une stratégie cohérente à l’échelle urbaine.

Dans un contexte où les épisodes extrêmes deviennent plus fréquents, cette évolution ne relève plus d’un choix visionnaire, mais d’une nécessité concrète pour préparer les villes de demain.

Analyse critique

On remercie notre étudiante sur la mise en valeur d’un concept singulier : la transformation de la rue en bassin d’orage (cloudburst streets). On regrette une certaine faiblesse de l’analyse à travers un seul exemple (Copenhague) et le manque de données techniques plus spécifiques (à rechercher dans la bibliographie).

Toutefois, ce qui est intéressant dans cet article est d’informer que les changements climatiques, quels qu’ils soient (et on n’est pas à l’après de quelques surprises) nécessitent de l‘innovation et de l’ingénierie. Les vieilles recettes ne fonctionnent plus. On notera également que ces aménagements à Copenhague ont pour effet de faire disparaitre les places de parkings… Est-ce un mal lorsqu’on offre en contrepartie une résilience plus forte et moins de risques d’inondations ? Réfléchissez-y bien : les rues ne peuvent pas s’élargir, mais cet espace offre en plus de la résilience territoriale de beaux espaces verts pour les moments de calme dans les quartiers. Anvers l’a bien compris également avec ses rues vertes.

Bonne et belle journée à vous.

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Pascal SIMOENS Ph.D, Architecte et urbaniste, data Scientist, expert Smart Cities. J’ai commencé ma vie en construisant des villes en Lego, j’en ai fait mon métier. Geek invétéré, aujourd’hui je joins mes passions du numérique et de la ville au travers d’une expertise smart Cities et smart-buildings en travaillant en bureau d’étude (Poly-Tech Engineering) et j’enseigne cette même expertise à l’UMONS et l’ULB. Complémentairement, je suis membre du bureau et trésorier du Conseil francophone et germanophone de l’ordre des architectes, baron au sein du Conseil national de l’Ordre des architectes.

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[1]

Service Public de Wallonie, « Bilan des Inondations Juillet 2021 », SPW Mobilité et Infrastructures, 2021, https://mobilite.wallonie.be.

[2] UNEP DTU Partnership, « Technologies for Adaptation to Climate Change in the Water Sector », 2019, https://tech-action.unepccc.org.

[3] C40 Knowledge Hub, « Copenhagen: How to flood-proof a city », consulté en avril 2025, https://www.c40knowledgehub.org/s/article/Copenhagen-How-to-flood-proof-a-city?language=en_US.

[4]

City of Copenhagen, Cloudburst Management Plan 2012, The Technical and Environmental Administration, 2012, https://international.kk.dk/sites/default/files/2021-09/Cloudburst%20Management%20plan%202010.pdf.

[5] Interlace Hub, « Cloudburst Management Plan Copenhagen », consulté en avril 2025, https://interlace-hub.com/cloudburst-management-plan-copenhagen.

[6] European Environment Agency, « Urban adaptation to climate change in Europe », 2016, https://www.eea.europa.eu.

[7] Harvard Graduate School of Design, « Copenhagen Cloudburst Formula », consulté en avril 2025, https://research.gsd.harvard.edu/project/copenhagen-cloudburst-formula/.

[8] Service Public de Wallonie, Plan Inondations : État des lieux et stratégies, SPW Aménagement du Territoire, 2022, https://spw.wallonie.be.

[9] Interlace Hub, « Cloudburst Management Plan Copenhagen », consulté en avril 2025, https://interlace-hub.com/cloudburst-management-plan-copenhagen.

[10] European Environment Agency, Urban adaptation to climate change in Europe, 2016, https://www.eea.europa.eu.

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