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mots‑clés : communes wallonnes, Plan Oxygène, fiscalité urbaine, octroi, LEZ, congestion charge, bastions urbains
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Article rédigé avec l’aide de l’IA : oui (GPT o3)
En bref : Pour boucler leurs budgets, les communes wallonnes combinent Plan Oxygène, nouvelles taxes visant surtout les utilisateurs extérieurs de la ville faisant des citoyens de première et de seconde zone. La taxe des gens extérieurs redevient la règle… comme au Moyen-Âge. La facture risque surtout de retomber sur les territoires « entre‑deux » (banlieues, ruralité proche), contraints de payer l’accès sans profiter pleinement des bénéfices de la transition urbaine.

Chères lectrices, chers lecteurs,
À peine leurs budgets 2025 bouclés, les communes wallonnes tirent un premier bilan du Plan Oxygène. Ce dispositif régional leur permet d’emprunter sur 30 ans pour combler les déficits structurels – à leur charge, bien sûr, de redresser la barre ensuite ( lire le crac.wallonie.be). Or, la barre se redresse surtout grâce à… de nouvelles taxes. Bonne nouvelle : les habitants de ces villes restent (pour l’instant) relativement épargnés ; la facture est envoyée aux « usagers » extérieurs : navetteurs, propriétaires de résidences secondaires, touristes. En d’autres termes, celui qui ne vit pas dans la ville paie plus cher que celui qui vit en dehors. C’est une révolution en soit, si on considère la politique belge de développement des territoires depuis plus d’un siècle et qui nous avons développé dans notre article le litre à 2,00 euros, what else ? Ce n’est pas qu’une question de portefeuille et voilà c’est un problème (08 mars 2022).
Un parfum d’octroi sur le quai des Digital Natives

Ce choix fiscal ressuscite un ancêtre oublié : l’octroi, ce péage perçu aux portes de Bruxelles jusqu’en 1860 pour toute marchandise entrant en ville. Aujourd’hui, l’histoire bégaie :
- Taxe sur les résidences secondaires : plus de 500 € par an dans nombre de communes wallonnes, jusqu’à 1 500 € dans les hot spots touristiques ardennais (We Invest).
- Vignette autoroutière wallonne (en gestation) visant d’abord les véhicules étrangers ; un « 10 € – 365 jours » à la suisse pour financer l’entretien des voiries ( Les Engagés).
- SmartMove à Bruxelles : future redevance kilométrique intelligente, payable par tout véhicule traversant les 19 communes (BECI).
- Les villes de Mons et de Charleroi précisent leurs budgets « de combat et de résistance en faisant payer plus les piscines, salles, etc., des non-habitants de Mons (RTBF)
Ce n’est probablement qu’un début et les « bonnes idées » des grandes villes, comme le paysage urbain à Londres et Stockholm risque d’être le prochain avatar budgétaire suivant l’adage « qui entre paie ». La frontière n’est plus le rempart de pierre – ça va devenir la caméra LPR, la borne Bluetooth ou l’API bancarisée.
L’inspiration nordique : Londres, Stockholm… et demain les grandes villes belges ?


Le sujet est complexe et semble incompris par bon nombre de banlieusards, les débats actuels sur les réseaux sociaux le démontrent : le gouvernement wallon actuel est clairement « anti » urbain à l’opposé de la gauche, qui est naturellement ancrée dans les villes (y compris dans le reste de l’Europe cf. carte des votes en France ci-dessous). Face à cette nouvelle orientation politique, de nombreux habitants ruraux se réjouissent du financement d’une nouvelle salle communale, une nouvelle infrastructure sportive, etc., l’argument massue est « nous gérons bien, donc nous pouvons avoir notre part du gâteau ». Certes, mais qui gère quoi ?

Une ville n’est pas une entreprise…

… il suffit de comprendre la comptabilité communale et, plus largement, publique, pour comprendre qu’on ne gère pas une ville comme une entreprise : en entreprise vous êtes flexible. Si vous budgétisez 10.000 € pour un nouveau logiciel de gestion et que, finalement celui-ci coûte 15.000€, votre conseil d’administration en discutera et fera un choix : oui/non. À la fin de l’année, vous évaluez les dépenses et, pour rester à l’équilibre, vous pouvez rogner directement sur d’autres postes moins importants. Dans une commune, vous devez d’abord planifier le budget pour le poste et, si c’est voté, le budget devient une ligne de crédit… qui ne peut pas être dépassée. Si vous la dépassez, vous ne pouvez prendre la décision d’acheter le logiciel que si le conseil communal a donné son accord et, le plus souvent, les services de tutelle de la Région wallonne. Bref, ça prend beaucoup de temps et d’énergie.
Dans ce contexte, les grandes villes sont les moteurs de l’économie, tout comme les espaces ruraux sont la meilleure résilience des villes à travers les boucles alimentaires, etc. Mais il y a un fait que personne ne peut nier : le monde est aujourd’hui urbain, la Belgique tout autant et depuis très longtemps : le sillon urbain hennuyer (Une mégapole Charleroi-Mons-La Louvière : les villes moyennes hennuyères peuvent-elles être créatives ? 23/11/2022) représente à lui seul 85% de la population du Hainaut pour à peine 20% du territoire. Cette concentration n’a pas que des avantages : la ville concentre aussi les drogues, la pauvreté, car c’est aussi elle qui regroupe les services des hôpitaux, la mobilité avec une grande densité de transports en commun, etc. Bref, il y a des avantages et aussi des désavantages.
Mais revenons aux nouvelles infrastructures dans les espaces ruraux et une bonne gestion des subsides (par définition collectifs) pour la construction de nouvelles infrastructures.
La grande différence entre la construction du même hall omnisports entre les zones rurales et urbaines, c’est le taux d’occupation par m² et par jour en une année. Soit l’exemple d’une salle pouvant recevoir 100 personnes par jour, soit 700 par semaine en ville pour, et à infrastructure équivalente, 250… par semaine dans une commune rurale. Toutefois, les frais d’entretien (pour rappel, le coût d’entretien d’un bâtiment est son prix de reconstruction calculé en 25 à 30 ans, soit la moitié de son cycle de vie) sont identiques que la ville ou le village ait 200.000 habitants ou 200 ! En d’autres termes, si votre bâtiment coûte 1 million à la construction, il coûtera 1 million pour l’entretien sur 25 à 30 ans. Précision encore que ce montant comprend le renouvelle des machineries après 20 ans (chauffage et ventilation + éclairage et sécurité).
La comptabilité à raison des enjeux politiques
Se pose alors la question : la saine gestion actuelle des communes rurales , souvent faiblement taxées (centimes additionnels) pourra-t-elle perdurer si on considère nécessaire de gérer le patrimoine communal et public en bon père de famille. C’est là tout le paradoxe : le bon sens voudrait que l’obtention des subsides pour le nouveau terrain synthétique ou la buvette du hall omnisport soit complétée par un budget d’entretien qui va faire naturellement augmenter les besoins financiers des communes rurales. Une augmentation similaire à la construction d’un bâtiment en ville ou agglomération urbaine, mais répartie sur un nombre beaucoup plus important d’habitants.
Vers des bastions urbains : pourquoi la ville se referme
La situation financière wallonne des grandes villes est claire et s’est exprimée récemment. C’est une stratégie défensive et elle n’est pas qu’un impératif budgétaire – c’est une ré‑ingénierie territoriale :
- Main‑d’œuvre : la densité urbaine concentre compétences et emplois.
- Logistique courte : la proximité réduit les coûts de livraison et de services.
- Transition carbone : masse critique pour les transports collectifs et la mutualisation énergétique.

Dès lors, taxer (ou filtrer) l’accès n’est plus un tabou : c’est le prix de l’externalité négative qu’on ré‑internalise. Ce que le gouvernement actuel wallon fait n’est qu’une accélération d’un mouvement bien plus profond dont les marques se font déjà sentir dans les grandes métropoles européennes et se déclineront plus vite aujourd’hui par la rupture solidaire entre tous les territoires. Mais les perdants seront, à coup sûr, les ruraux, mais plus encore les habitants de banlieues, les entre-deux.’
Les oubliés : les territoires « entre‑deux »
Reste une zone grise : ruralités, périphéries diffuses, lotissements des années 1970. Trop loin pour des bus performants, trop proches pour être qualifiées de « zones de revitalisation ». Dans le Moyen‑Âge, on disait faubourg ; en 2025, on dit banlieue‑dortoir.
Ces ménages subiront :
- La taxe d’entrée lorsqu’ils iront travailler en ville ;
- La hausse des carburants (ou l’achat d’un véhicule LEZ‑compatible) ;
- L’absence, chez eux, de services de proximité ou bien des services de proximité coûteux.
A politique inchangée, les territoires ruraux et semi-ruraux seront pleinement en rupture (Le litre à 2.00 euros , what else ? Ce n’est pas qu’une question de portefeuille et voilà pourquoi c’est le problème, 08/03/2022) qui profitera finalement aux grandes agglomérations grâce aux jeunes générations déjà beaucoup plus urbaines que leurs aïeuls.

Conclusion : l’octroi 2.0
Les grandes villes wallonnes qui ont décidé de faire payer davantage l’offre de service culturelle ou sportive dans leurs communes ne font que réinventer l’octroi, version RFID avec votre carte d’identité ou votre smartphone. Elles gagnent de l’air budgétaire mais, en plus, tirent des avantages urbains indéniables pour devenir plus attractives d’un point de vue environnemental tout en protégeant leurs populations les plus faibles (Re-blog : les Zones à faibles émissions sont-elles équitables ? 16/01/2025). En effet, réduire l’accès aux villes, c’est réduire la pollution et réguler la mobilité sur des territoires où les habitants ont peu de voitures ( Mobilité individuelle : lorsque de simples statistiques décrivent les usages des territoires… et des risques futurs ? 21/09/2023). Mais le coût social risque de se concentrer sur ceux qui vivent ou travaillent « entre les murs et les champs ». La transition urbaine est lancée ; à nous de veiller à ce qu’elle ne transforme pas les périphéries en no man’s land fiscal et écologique.
À suivre…
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Pascal SIMOENS Ph.D, Architecte et urbaniste, data Scientist, expert Smart Cities. J’ai commencé ma vie en construisant des villes en Lego, j’en ai fait mon métier. Geek invétéré, aujourd’hui je joins mes passions du numérique et de la ville au travers d’une expertise smart Cities et smart-buildings en travaillant en bureau d’étude (Poly-Tech Engineering) et j’enseigne cette même expertise à l’UMONS et l’ULB. Complémentairement, je suis membre du bureau et trésorier du Conseil francophone et germanophone de l’ordre des architectes, baron au sein du Conseil national de l’Ordre des architectes.
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