ETHIAS VA OFFRIR UNE PARTIE DE SES BASES DE DONNÉES AUX COMMUNES. POURQUOI ?

datasphère, source : Prezi

Temps de lecture : 3 minutes
mots-clés : SmartCities, Open Data, Risk management, villes, Wallonie
, données

Chers lecteurs,

Voici quelques jours, je rédigeais un article relatif à l’usage des données pour l’évaluation des biens aux États-Unis (Find your home’s Risk Factor, 19 septembre 2022) et vous informant que ce type de données et de mesures allaient arriver bientôt chez nous, eu égard aux risques de plus en plus importants dus aux changements climatiques.

Quelques jours plus tard, concomitamment diront certains (!), Régional-IT Wallonie Bruxelles a publié un article via Brigitte Doucet (22/09/2022) traitant justement de cette question. Nous y revenons aujourd’hui :

Dans l’article Nouveau service Ethias d’analyse des données pour les villes et communes, il est question de la collecte des données menées par Ethias, assureur bien connu sur la place en Belgique, et sa mise à disposition pour les villes et communes sur le nom d’Urban Data.

Extrait du site d’Ethias, plateforme Urban Data.

L’intention d’Ethias est louable : réduire le risque de couverture d’assurance dans la gestion de la ville : « Ce service prendra la forme d’un accès, personnalisable en fonction des besoins et circonstances, à une solution d’aide à la décision dans le cadre de la gestion ou prévention des risques au niveau du pouvoir local. Objectif : disposer de bases de travail plus objectives pour améliorer la sécurité de l’“espace public”, au sens large du terme. »

Concrètement, la démarche est de permettre aux communes d’anticiper les risques dans leur planification en analysant les données de sinistre qui sont cartographiées.

Quelques exemples de situations

source : sud info

Concrètement, ce type de données est intéressant pour mieux planifier la mobilité et améliorer les aménagements de carrefours. En effet, les sinistres sont fréquents et récurrents pour certains carrefours dans les villes, souvent par de mauvais aménagements de l’espace public. Les sinistres déclarés peuvent objectiver ces éléments et orienter les choix de planification des investissements.

les inondations de la Vesdre, juillet 2021, source : RTBF

Dans un autre cas, dans le cadre d’une instruction de dossier pour un permis d’urbanisme dans une zone à risques de ruissellements ou d’inondations, les communes pourraient refuser un permis en croisant les données du géoportail wallon avec les données d’Ethias .

Une démarche de dataïfication de la décision qui doit être maitrisée

Les pistes d’usages sont larges et le potentiel énorme. Toutefois, maitriser les concepts de données ne se fait sur le pouce et nécessite une compréhension de la relation entre données et informations : une donnée brute ne sert à rien, elle doit être mise en relation avec d’autres données pour devenir une information. Ce que la plateforme d’Ethias tente de faire quelque peu, mais à une échelle minime, comme Ethias dit actuellement étudier la possibilité d’encore enrichir la base de données de départ en y adjoignant d’autres types de données (“qualité des sols, données météo…”), voire en y injectant des données venant d’autres sources et prestataires (en ce compris celles d’assureurs concurrents).

Être attentif aux biais

Toutefois, le plus important n’est pas nécessairement le nombre de données mises à la disposition des communes, mais bien la capacité des intervenants à en faire de l’information en évitant les écueils des biais. Cela ne se décrète pas, ça s’apprend. Or, c’est là que le bât blesse : les communes wallonnes et bruxelloises sont essentiellement composées de personnes de l’ « Ancien Monde analogique» et les personnes intéressées par le Nouveau Monde sont rarement supportées par les pouvoirs publics pour se former à la lecture des données. Il en résulte une mauvaise utilisation des données qui sont et seront de plus en plus à la disposition des communes. Cette formation des responsables communaux est essentielle pour éviter les biais de lectures des données qui génèrent de fausses informations et donc des mauvaises décisions.
En ces temps où les euros sont rares, cette question mérite d’être posée.

Extrait du géoportail wallon : gestion des risques d’inondations, l’eau D’heure, Berzée, 2021.

Les données mises à disposition vous rendent responsables de leur utilisation.

Le fait que les acteurs du monde des assurances et d’autres dans plein de domaines de plus en plus divers mettent de plus en plus de données factuelles pour les communes les obligent à revoir l’importance de ces nouveaux paradigmes dans l’élaboration de leurs dossiers d’investissements ou d’instruction des dossiers (nous vous avons parlé plus haut des permis d’urbanisme). En effet, si la première étape d’Ethias est de proposer ces données aux villes et communes moyennant un abonnement, l’évolution du coût du « réassurancement » pour ces entreprises va tendre à sélectionner uniquement les clients « rentables ». Certes, les lois obligent à assurer tout le monde, mais à quel prix ? De la même manière que mon article sur la caractérisation du risque des habitations aux USA impactera le prix de vente de ces habitations, l’avenir lié aux risques obligera à faire exploser les primes des habitations qui se trouvent, par exemple, sur un site inondable. Bien évidemment, il y aura toujours une solution pour les habitations déjà construites, mais qu’en sera-t-il des terrains nouvellement aménagés et inondables, acceptés par la commune tout en n’ayant pas instruit correctement le dossier permettant de mesurer les risques réels ? Cela promet de belles joutes juridiques pour un nouveau propriétaire qui ne pourrait pas être assuré alors qu’il a reçu son permis d’urbanisme en bonne et due forme.

L’ère de la dataïfication des prises de décision est arrivée, il ne manque plus que des gens pour pouvoir utiliser ces données pour mieux décider dans l’intérêt général ; ici à l’échelle des communes. Bienvenue dans le Nouveau Monde.

Merci de cette lecture.

Pascal SIMOENS Architecte et urbaniste, data Scientist. Expert Smart Cities. J’ai commencé ma vie en construisant des villes en Lego, j’en ai fait mon métier. Geek invétéré, aujourd’hui je joins mes passions du numérique et de la ville au travers d’une expertise smart Cities et smart buildings en travaillant en bureau d’étude (Poly-Tech Engineering) et j’enseigne cette même expertise à l’UMONS et l’ULB.

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