WHAT’S MAKES A FRIENDLY PUBLIC SPACE ?

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Telle est la question posée par le bloggeur et urbaniste Jake Tobin Garett vivant à Toronto. Une question posée à l’occasion de l’ouverture du Juin Callwood Park commandité aux architectes de gh3 installés dans la même ville.

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Cette question m’apparait primordiale et me pose à chaque fois question lorsque les architectes se chargent de faire de l’espace public. Je m’en explique :

La remarque ici posée sur le site de Toronto est de constater qu’un bel objet n’est pas nécessairement un objet qui entrera en communion avec les habitants. Le concept d’espace public ne peut être aperçu comme un objet dans la ville, il est une maille de la ville, là est peut-être toute la différence faite entre les paysagistes, les urbanistes… et les architectes.

La critique ici posée relève du questionnement de l’objet par rapport aux usages, chose qui n’est jamais simple dans une ville qui bouge et, naturellement, évolue dans le temps. Le projet des architectes démontre un véritable talent de conception de l’espace avec une idée forte, liant la couleur à l’espace et au végétal avec en particulier un travail sur les espèces choisies pour accompagner les couleurs du sol. Tout porte à penser que le travail est sérieux… et pourtant, la visite et le regard d’un professionnel de terrain pose cette question : faut-il regarder cette espace ou faut-il l’utiliser ? Telle peut être la question posée pour une œuvre et je pense ici par exemple à la célèbre œuvre de Buren, les deux plateaux, installée dans la cour d’honneur du Palais Royal à Paris en 1985. Bien que cette œuvre fut apprivoisée peu à peu par les visiteurs et personnes travaillant dans les ministères installés autour de la cour, force est de constater que cet espace reste un espace fondamentalement contemplatif et non un espace public. Telle ne fut pas forcément la volonté de l’artiste mais la force de l’œuvre prend le pas sur l’ADN de l’espace public. C’est une œuvre à regarder et pour la regarder, il faut s’en écarter…

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D’autres exemples d’espaces graphiques comme celui pensé et réalisé à Toronto ont été développés par des célèbres bureaux comme BIG Architects avec la Superliken au nord de Copenhagen.

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Encore une fois, les photos sont bluffantes vues des yeux d’un drone mais laissent sceptiques à hauteur d’homme. Bien sûr, ce travail du graphisme sur les places ne date pas d’hier et le travail de Michel Ange sur la place du Capitole (Rome) nous rappelle la puissance artistique du maitre de la Renaissance. Mais encore une fois, cette place est loin d’être aussi « publique » que la place de Trévise…

Piazza del Campidoglio - 1536-1588, Michelangelo y Giacomo Della Porta (2) Piazza del Campidoglio - 1536-1588, Michelangelo y Giacomo Della Porta Michelangelo_Buonarroti_Piazza_Campidoglio

A contrario de ces exemples, j’aimerais parler de 2 espaces qui ont démontré la force gravitationnelle d’un espace public rénové. Le premier est la place Flagey (Ixelles/Bruxelles) et qui est significative pour plusieurs raisons. Cet espace est localisé dans d’une des 19 commune constituant la région de Bruxelles Capitale. Ixelles est LA commune des fonctionnaires européens mais aussi le cœur d’une des grandes universités Belge (ULB). Paradoxalement, cette commune n’avait pas de véritable place, telle qu’on l’imagine en Europe: une place avec l’hôtel de ville, véritable cœur identitaire d’une ville. Ixelles était donc atypique en ce sens et la place Flagey, la plus grande place de la commune, fut un parking pendant des dizaines d’années avant un concours lancé par les pouvoirs publics et dont le lauréat fut le groupement d’équipes Latz & Partners (DE) et D+A International (BE). Je pense qu’ils ont gagné ce concours parce qu’ils ont vidé la place avec, pour seul mobilier, un long banc. Je me rappelle de l’ensemble des autres concurrents exposés et qui n’avaient pu s’empêcher de remplir la place avec du mobilier, des espace ludiques ou de prestige, etc. Non, ici, le vide a gagné. Tout le monde fut quelque peut circonspect de dépenser tout cet argent à rénover un espace pour ne rien y mettre, car le vide coûte aussi cher. Finalement, à peine 3 mois après l’inauguration et avec les beau jours venants, la place était devenue « the place to be » à Bruxelles alors que ce fut un espace de rejet d’urbanité pendant près de 35 ans. Aujourd’hui, le centre de gravité de la commune d’Ixelles est cette place.

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Un second projet est un projet pour lequel j’ai réalisé la conception dans le cadre du groupe LUPO. Le projet consistait à la rénovation de 4 places et des rues commerciales d’un centre-ville de 75.000 habitants dans le sillon houiller de la Wallonie (BE). Dès le départ, nous avons voulu focaliser sur le fait que les places devenaient des clairières… donc sans aucun mobilier venant entraver l’espace et le vide créé. De Nouveau, le jury fut séduit par la simplicité du concept. Pourtant, cette ville de province n’offrait aucune raison de valoriser les places qui étaient désertées, sauf par les voitures. Mais après 3 ans, il est heureux de constater que le projet a réussi la greffe avec pour preuve, l’ouverture de nouveaux cafés autour de la place.

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Certes, vous me direz qu’on est jamais mieux servi que par soi-même et qu’il est aisé de démontrer qu’un espace fonctionne bien lorsqu’on en est le concepteur. Mais ma réflexion porte plus sur la place de chacun dans les métiers de la ville et, en l’occurrence, je ne peux que constater que les architectes ont parfois difficile de se départir de la nécessité du concept fort alors que parfois, le concept c’est l’humilité devant les enjeux de la ville.

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