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mots-clés : villes, économie, connectivité, développement durable, technologie, offre commerciale, population.
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Article rédigé avec l’aide de l’IA : oui
En bref : L’analyse de l’Oliver Wyman Forum classe Charleroi parmi 1 500 villes mondiales à potentiel économique, sur base de critères comme la connectivité, l’innovation, les chaînes d’approvisionnement et la résilience climatique. Malgré certains biais de données, Charleroi dispose d’atouts majeurs, son principal déficit n’est pas tant l’offre économique que son image, son manque d’internationalisation et une qualité urbaine encore insuffisante pour attirer durablement talents et acteurs étrangers. L’enjeu est donc de transformer les mentalités locales, mieux structurer les aménités urbaines et saisir les opportunités économiques déjà présentes.
Chers lecteurs, chères lectrices,
Chers abonné.e.s,
En préambule de cet article annonçant un « retour aux affaires » après des semaines d’arrêt, permettez-moi de m’excuser de vous avoir lâchement laissé tomber. En effet, et malgré moi, j’ai passé un moment difficile d’un point de vue professionnel et qui m’a obligé à me recentrer sur les invariants de mon plaisir de travailler. Dans ces conditions, et bien que la veille technologique et urbaine ne m’ait pas quitté pour autant, j’ai dû quelque peu lâcher le pied.
Aujourd’hui, avec plein de projets rédactionnels en tête, je reprends mes articles tout en ne m’astreignant pas nécessairement au rythme d’un article par semaine. Bref, ce sera plus aléatoire et, je l’espère, toujours intéressant !
En tout cas, nous commencerons par… Charleroi vu par des conseils en stratégie venus d’Amérique et de conclure que les aménités urbaines sont le vecteur de développement économique.
Introduction : le cabinet Olivier Wyman et la méthode d’analyse

Qui est Oliver Wyman ?
Oliver Wyman est un cabinet d’experts et de conseil, tout comme Deloitte et PwC. Ce type de cabinet accompagne les entreprises dans leurs localisations et implantations stratégiques. Il possède des branches spécialisées dans les capitaux privés (Private Capital), la géopolitique, les politiques publiques, la finance et l’évaluation des risques. Spécifiquement, nous analysons ici l’un de leurs rapports liés à la veille stratégique qu’ils mènent à travers la récolte de données mondiale. L’étude sur les villes a été spécifiquement menée par l’Oliver Wyman Forum, qui fait office d’initiative de recherche stratégique (think tank) pour l’entreprise. Les auteurs des rapports cités, tels que Ben Simpfendorfer et Matthew Tucker, sont des partenaires de cette entreprise.
La méthodologie de l’Index des villes
L’Oliver Wyman Forum a analysé les dynamiques mondiales pour identifier les espaces géographiques/villes porteurs de la prochaine ère de croissance économique. La méthodologie de leur classement s’articule comme suit (synthèse de l’article The Global Cities Driving the Next Era of Business Growth, 2026) :
Périmètre : L’index classe un total de 1 500 villes à travers le monde. Ce qui impressionne c’est l’échantillon de l’étude qui est colossal puisque ces villes représentent plus de 75 % du PIB mondial (environ 88 000 milliards de dollars) et concentrent un quart de la population mondiale (soit 1,9 milliard d’habitants). Elles hébergent également 92 % des sociétés cotées en bourse et sont le point de départ de 86 % des vols de passagers mondiaux.
Indicateurs : L’évaluation s’appuie sur plus de 50 indicateurs clés permettant de prédire la croissance future d’une ville. Ces données quantitatives incluent notamment la présence d’entreprises multinationales, le volume de financement en capital-risque disponible, la connectivité des vols aériens ou encore les politiques d’octroi de visas de travail. On notera qu’au regard de la masse de données, les critères liés aux méta données deviennent parfois trop génériques. Plus loin dans le texte, on analysera la position de Charleroi et sa connectivité qui semble ne pas intégrer l’ensemble de l’offre de l’aéroport de Charleroi… Bruxelles Sud, lui repris dans les données bruxelloises. Bref, comme dans toute base de données, il y a des biais d’analyse.
Les 5 critères d’évaluation (Thèmes critiques)
Pour structurer ce classement et guider les investisseurs ou décideurs publics, la méthodologie regroupe les indicateurs en cinq grands critères (ou piliers) qui définissent la performance urbaine :
- Le dynamisme commercial (Commercial vibrancy) : Ce critère évalue le rôle de la ville en tant que hub d’investissements et d’affaires. Si les grandes mégalopoles historiques dominent généralement cette catégorie, l’étude souligne que des villes moyennes s’y démarquent de plus en plus, offrant des logements plus abordables et tirant parti de nouvelles industries.
- La connectivité (Connectivity) : Il s’agit de la capacité d’une ville à être connectée de manière fluide aux marchés régionaux et mondiaux, un élément clé pour en faire une véritable plaque tournante de l’activité commerciale. Cela concerne les transports, entre autres au moins 10 connexions aériennes régulières.
- Les chaînes d’approvisionnement (Supply chains) : Ce critère mesure la place de la ville dans la logistique et l’industrie mondiale. Il prend en compte les mutations actuelles liées aux tarifs douaniers et aux changements technologiques, qui poussent à la diversification, la réindustrialisation et la relocalisation (nearshoring/reshoring) de la production.
- L’innovation (Innovation) : Ce pilier juge la capacité de la ville à s’imposer comme un hub technologique et à structurer l’économie du savoir. Sont évalués l’écosystème des start-ups, les politiques d’attractivité des talents mondiaux, l’accès au capital-risque, ainsi que la qualité des programmes éducatifs en sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (STEM).
- La résilience climatique (Climate resilience) : Devenu indispensable pour attirer à la fois les talents et les entreprises, ce critère évalue les infrastructures d’une ville face aux menaces climatiques (ex. protections contre les inondations) et son utilisation des énergies renouvelables. Une faible résilience est sanctionnée, car elle entraîne une hausse des coûts d’assurance, des pénuries de ressources en eau et des risques de déplacement de populations. Comme souvent aujourd’hui, ce critère environnemental devient crucial face aux risques environnementaux. Ils doivent également intégrer la capacité de résilience à travers les transports en commun et la qualité de vie (réduction du bruit et de la pollution atmosphérique par les ZFE.
Que donne l’analyse de Charleroi, par comparaison avec des villes moyennes comme Liège et Gand ?


La comparaison de ces trois villes démontre quelques situations paradoxales : Liège semble mieux connectée aux autres grands hubs mondiaux, ce qui est partiellement vrai avec la gare TGV. Cependant, elle est loin des grands hubs européens et mondiaux, contrairement à Charleroi qui, grâce à son aéroport, se retrouve connectée à de grandes villes comme Istanbul et le Moyen-Orient (Pegasus), mais également à des capitales européennes comme Copenhague, Helsinki, Stockholm, Madrid ou Rome.

Concernant Gand, on remarquera la position atypique au niveau climatique alors que c’est probablement la ville moyenne de Belgique la plus en pointe sur ce sujet avec l’usage massif du vélo et l’interdiction de circuler en voiture dans le centre-ville.

Force est également de constater la position commerciale de Charleroi, similaire à de nombreuses autres villes de la même catégorie alors que la ville est particulièrement critiquée pour son effondrement commercial des rues et quartiers historiques. Toutefois, rappelons-nous que l’analyse du Forum Oliver Wyman est une analyse macro dataïfiée et non corrélée. En d’autres termes, cette analyse n’est pas complétée par une analyse détaillée de la corrélation des données macro avec la réalité de terrain. Sachant cela, que faut-il en tirer comme conclusion au niveau de la ville et du commerce ? Finalement, Charleroi est bien achalandée commercialement, le problème est plutôt urbanistique qu’au niveau de l’offre. En effet, les chiffres de Rive Gauche et Ville2 sont performants, le commerce de luxe se porte bien (mais n’a pas de masse critique), les centres commerciaux périphériques sont pléthoriques et se portent assez bien (City Nord, Bultia…). Bref, pour une offre mondiale d’implantation internationale, on peut considérer que les nouveaux employés pourront trouver leur bonheur. Rappelons que ce type d’entreprise de conseils 5Olivier Wyman) sert à aider les multinationales à localiser leurs filiales… Bien plus que la recherche de subsides d’ailleurs !
Ce qui est particulièrement intéressant dans le cadre de cette étude, c’est que :
- Charleroi est située dans le classement des 1500 villes. Cela signifie que Charleroi « le vaut bien ».
- Charleroi, avec une masse de population qui est relativement peu élevée est située au même niveau que d’autres villes moyennes comme Eindhoven (ASML et siège historique de Philips), mais également de bien plus grandes villes situées entre 500.000 et plus d’un million d’habitants.

Lorsqu’on analyse de manière plus précise les indicateurs et qu’on les croise avec des données à la granulométrie plus fine, l’IAG (agent Gemini) reformule les résultats comme suit :
La connectivité internationale (Comblée par BSCA) : L’étude d’Oliver Wyman souligne que 45 % des villes moyennes les plus performantes disposent de liaisons aériennes vers au moins 10 autres destinations. La connectivité fluide est le moteur principal de la croissance régionale. L’atout de Charleroi est son aéroport. Loin d’être isolée, la ville s’appuie sur le Brussels South Charleroi Airport (BSCA). Cet aéroport offre un réseau de destinations internationales très dense (vers des pôles comme Helsinki, Rome ou Istanbul). De plus, BSCA ne se limite pas au tourisme : il intègre des services de Business Aviation (B2B), des infrastructures de Cargo et des services VIP/Fast Track, ce qui répond précisément au besoin de connectivité logistique et commerciale exigé par les entreprises mondiales
Le Capital-Risque et le financement de l’innovation (Propulsés essentiellement par Sambrinvest) : pour rivaliser avec d’autres pôles urbains, l’accès au capital-risque (Venture Capital) est une condition sine qua non pour transformer les start-ups en moteurs économiques. L’atout de Charleroi est la force de frappe de Sambrinvest, qui agit comme le partenaire financier central des PME de Charleroi Métropole. Avec 250 millions d’euros sous gestion, 350 sociétés partenaires et 8 000 emplois soutenus, Sambrinvest pallie le besoin de capital-risque privé. Le fonds ne se contente pas de saupoudrer des aides : il investit dans des projets à très haut potentiel technologique et industriel, comme le financement d’une « megafactory » de satellites pour Aerospacelab ou encore le soutien appuyé au secteur des sciences de la vie via le BioPark (medtech, biotech). Des levées de fonds importantes, comme les 11 millions d’euros pour Elkedonia, démontrent que l’écosystème financier local est extrêmement dynamique et structuré.
On notera toutefois un petit bémol : la région n’a pas véritablement de gestionnaires privés du capital-risque, qui est concentré à Bruxelles. C’est un handicap.
L’attraction des talents et la formation : L’économie du savoir nécessite d’attirer et de former massivement des talents dans les domaines STEM (sciences, technologies, ingénierie, mathématiques). L’IAG précise que l’évolution est en cours, et on ne va pas la démentir : outre l’écosystème A6K dédié à l’ingénierie, le campus/cité des métiers soutient activement le volet formatif mieux structuré. Bien que l’attraction de talents internationaux reste un défi politique, les infrastructures pour former et retenir les talents locaux sont désormais solidement installées.
L’implantation de Multinationales « Ancres » et la réindustrialisation : L’Oliver Wyman Forum préconise d’attirer des entreprises multinationales ou de développer de nouvelles chaînes d’approvisionnement (reshoring). La dynamique carolo est précisée comme suit : grâce aux investissements de Sambrinvest dans des infrastructures industrielles de pointe (comme Aerospacelab) et aux espaces de tests réels du District Cleantech, Charleroi se positionne pour capter cette réindustrialisation. L’écosystème carolo a opéré un virage stratégique vers des projets à fort impact, permettant de créer les conditions idéales pour ancrer de grands acteurs industriels ou technologiques sur le territoire, tout en s’appuyant sur les capacités d’exportation via ses infrastructures route/rail/air/eau. Toutefois, aucune arrivée massive n’est encore prévue.
Plus précisément, le reliquat de la richesse de Charleroi avec son industrie est un potentiel majeur avec Alsthom, la Sonaca, Industeel et Arcelor Mittal (Aperam). Il est d’ailleurs étonnant que l’industrie métallurgique à haute plus-value ne soit pas plus valorisée. Parallèlement, on notera également l’arrivée, à terme, de la nouvelle caserne militaire. Le rapport souligne l’importance actuelle de l’industrie militaire à l’égard du contexte international.
Que manque-t-il alors à Charleroi pour mieux briller ?

Cette question n’est pas anodine. En effet, alors que la ville tente désespérément de tourner la page de son industrialisation qui a fait sa gloire, nous pouvons constater aujourd’hui qu’un certain nombre d’indicateurs sont plutôt positifs. Néanmoins, la réputation de la ville la relègue en deuxième division, y compris vis-à-vis de villes similaires en Belgique telles que Liège et Gand. S’ajoute un désamour fréquent des habitants de Charleroi vis-à-vis de la transformation de leur ville.
Finalement, et bien que la ville de Charleroi ait été l’une des villes les plus internationalisées au début du XXe siècle grâce à ses activités en plein développement, on peut se demander si l’un de ses défauts aujourd’hui n’est pas son manque d’internationalisation.
Par internationalisation, nous entendons cette capacité à côtoyer des personnes extérieures à la ville, capables de changer le point de vue de ses habitants. Selon nous, le problème n’est pas l’absence d’affaires à Charleroi, mais bien le fait que les aménités urbaines actuelles n’offrent pas suffisamment de raisons aux acteurs étrangers visitant la ville pour raisons d’affaires — c’est bien pour cette raison que l’hôtel Van der Valck est en cours de construction — de percevoir Charleroi comme une ville dotée d’une offre suffisamment ciblée pour eux et capable de mixer les usages du centre-ville. Par ces usages, nous entendons : concerts, grandes expositions internationales, foires internationales, restaurants étoilés, etc. Tout ce qui fait qu’on y vient pour travailler et on y reste pour habiter.
En y Regardant de plus près, ces services existent déjà, mai ne sont pas assez développés et certainement dispersés, probablement trop dispersés. En outre, les récents de projet de rénovation ou de construction du Rockrill ou du théâtre de l’Ancre ne présage rien de bon dans l’offre culturelle pouvant intéresser une offre internationale. Gageons que le stade de Charleroi ne soit plus longtemps une chimère…
L’enjeu majeur pour rester « en ville » est également d’augmenter la qualité du bâti du centre-ville, au-delà du ring et donc à 15 minutes à pied de l’intra ring. Nous en parlons déjà dans le cadre du projet des Hiercheuses voici… 8 ans avec notre article THE SUBURB & THE CAUSE OF THE HOUSING CRISIS IN THE U.S. And what about the Walloon Region? (22/02/2018).
Conclusion
Charleroi n’est probablement pas la plus belle des mariées toutefois sous son premier abord d’une robe relativement froissée elle offre des atouts et atours que nombre de villes européennes seraient très heureuses d’avoir : une connexion internationale de tout premier ordre et une offre de transport public largement plus performante que la moyenne avec son métro léger; une ville agréablement verte dans sa périphérie immédiate et à moins de 15 min du centre-ville ; une ville qui a profité de la précédente mandature pour renforcer sa résilience climatique ; un ville avec un potentiel technologique et d’apprentissage majeur présenté par le pôle numérique A6K/E6K ainsi que son campus universitaire en développement ; un terreau de sociétés multinationales préexistant renforcé par un capital risque et des pôles de développement biotechnologique ainsi que plus récemment le District Cleantech ; Enfin n’oublions pas l’installation d’une nouvelle caserne militaire qui offrira le potentiel de développement industriel… pour autant que le tissu local puisse saisir l’opportunité.
Bref, étonnamment le problème est moins un problème lié aux investissements publics qu’au changement de mentalités locales sachant saisir les opportunités et prendre des risques.
Bonne et belle journée à vous.
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Dr. Pascal SIMOENS, Architecte et urbaniste, data Scientist.
J’ai commencé ma vie en construisant des villes en Lego, j’en ai fait mon métier. Geek invétéré, aujourd’hui je joins mes passions du numérique et de la ville au travers d’une expertise smart Cities et smart-buildings comme responsable » R&D au sein du groupe Pirnay (Charleroi-Bruxelles) et plus particulièrement de sa section S²Enginnering (smart & sustainable) . En même temps, j’enseigne cette expertise et continue la recherche dans les domaines de l’IA, l’architecture et la réduction de l’entropie du processus constructif au sien de l’UMONS. Je représente également les universités d’Etat de la communauté Française au sein du Conseil National de l’Ordre des architectes et du Conseil francophone et germanophone.
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