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mots-clés : réseaux, électricité, smartgrids, énergie
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Article rédigé avec l’aide de l’IA : oui, le résumé
En bref : Le texte analyse le projet de boucle électrique du Hainaut (380 kV) porté par Elia, infrastructure stratégique pour sécuriser l’approvisionnement énergétique wallon et accompagner la transition numérique et bas carbone. Il souligne les enjeux techniques liés à l’intégration des énergies renouvelables, à l’augmentation des besoins électriques et le projet pose aussi des enjeux territoriaux et sociaux majeurs, avec des impacts locaux concentrés alors que les bénéfices sont régionaux et européens. Politiquement sensible, nous révélons une tension entre urgence énergétique, acceptabilité locale et responsabilités des élus. Nous plaidons enfin pour un véritable débat démocratique régional et participatif, afin d’éviter une décision imposée et de mobiliser l’intelligence collective wallonne.
Chers lecteurs,

En ce début 2026, nous nous sommes demandé « quel sera le sujet majeur qui fera débat et fréquemment ». Bien évidemment, on parlera encore de climat, des pensions, de la mobilité. Toutefois ? Derrière ces sujets « bateaux » se cache un sujet délicat et qui concerne toute la Wallonie : la boucle du Hainaut. Cette ligne à très haute tension de 380 kV devra relier Courcelles (près de Charleroi) à Avelgem et traversant la moitié de la province de Hainaut.
Ce projet porté par Elia, le transporteur de courant électrique à l’échelle belge, est, selon les sources bien informées, « trop parfait et ne permet pas la négociation ».
« Au stade actuel de la procédure, Elia a proposé un périmètre de réservation (ou corridor) à inscrire aux plans de secteur.
Celui-ci est issu de plus de deux ans d’étude et de recherche interne. Il mesure 84,8 km de long et 200 mètres de large, traversant 14 communes sur le territoire de la Wallonie : Mont-de-L’Enclus, Celles, Frasnes-lez-Anvaing, Leuze-en-Hainaut, Ath, Chièvres, Brugelette, Lens, Soignies, Braine-le-Comte, Écaussines, Seneffe, Pont-à-Celles et Courcelles. » (extrait du site Elia)
Plus largement, cette ligne devra rejoindre et offrir l’accès à la production Off-Shore belge en Mer du Nord, une production bien moins tributaire des aléas de « Dunkelflaute », un concept qui défini les période météorologiques où à la fois les panneaux solaires produisent peu, voire rien, et il n’y a pas de vent (The impact of a Dunkelflaute event on the planning of a decarbonized energy system,Elsevier, 15 décembre 2025) .
L’enjeu est à la fois, l’adaptation du réseau à la spécificité des systèmes de production variables liés aux énergies renouvelables (The future need for flexibility and the impact of fluctuating renewable power generation, Elsevier, 2020) mais tout autant également aux nouveaux besoins en énergie électrique dans le cadre de la transition vers la neutralité carbone (Achieving −55% GHG emissions in 2030 in Wallonia, Belgium: Insights from the TIMES-Wal energy system model, Elsevier, mai 2022)

Concept
En résumant succinctement les concepts, nous sommes confrontés non seulement à des besoins en énergie électrique plus importants qu’avec le pétrole, mais cette transformation n’est pas uniquement liée à la nécessité de réduire les GES et de tendre vers la neutralité carbone en 2050. Le sujet est plus profond et nous renvoie çà l’entrée du monde dans l’âge numérique : tout est dématérialisé et dataïfié. La donnée ne se transporte pas avec du pétrole. C’est donc un changement de paradigme transformant le fonctionnement de la société et donc ses besoins en énergie. Pour mieux comprendre cette question sur laquelle nous nous attardons, nous prendrons l’exemple de la transition entre les véhicules thermiques et les véhicules électriques :
Il est commun de considérer que les voitures deviennent de plus en plus intelligentes, bardées de capteurs. Les capteurs s’accommodent mal de la thermique, car ce ne sont pas les mêmes familles de fonctionnement : un capteur s’encrasse beaucoup plus avec l’usure et les particules d’un moteur thermique. Le moteur thermique est trop difficile à « maitriser par un ordinateur » pour devenir un véhicule autonome, etc. Bref, la voiture évolue et l’énergie la plus adaptée pour répondre à ce changement est l’électricité… Même si on venait à réduire à 1l au x100 km la consommation des VT, cela ne changerait rien.
Enjeux
Néanmoins, le VE il faut la recharger. Il y a deux niveaux de réseaux (Grid) pour répondre à ces besoins : celui qui est local (opérateurs ORES ou RESA) et qui distribue le courant basse tension. Ce réseau n’a pas anticipé le retournement des usages toujours imaginé jusqu’il y a peu sous la forme pyramidale (le courant vient de loin et ensuite on le distribue). Aujourd’hui, le courant vient de partout : mon voisin, des champs de panneaux solaires installés sur une ancienne friche, etc.). L’enjeu immédiat est de rénover ce réseau pour éviter le blackout local.
Le second enjeu concerne les sites industriels majeurs : les zonings, les industries, etc. Si on y prête attention, les grands consommateurs (Google, APERAM, Industeel, …) sont reliés directement au réseau de niveau supérieur, géré par Elia. Elia gère le réseau belge, inscrit dans un réseau européen. Et lorsqu’on regarde la carte, on constate très vite un maillage nord-sud, beaucoup moins est-ouest. La boucle hennuyère tente de répondre à ce manque de maillage.
Enfin, notons que la Belgique est très en retard sur la gestion des risques liés aux transports d’électricité.
Politique
Lors de la précédente législature, la majorité politique était mal à l’aise, tiraillée entre la volonté de répondre à un enjeu de survie énergétique de la Wallonie et les enjeux préélectoraux. Aujourd’hui, ceux qui se sont opposés au tracé de ce cordon ombilical ont été élus et sont confrontés à la réalité politique. Pourtant, les délais sont pressants : on a besoin de cette ligne pour 2030, à défaut, les beaux projets de datacenter en Wallonie se feront à pédales ! Mieux, c’est tout l’écosystème industriel et donc d’emploi qui sera battu en brèche. Néanmoins, un des ministres régionaux wallons est sonégien, une des communes touchées par la création de cette ligne.
Discussion
L’ensemble des enjeux posés, se pose une réelle question spécifique sur le modèle de démocratie participative locale face aux enjeux régionaux, voire européens. D’une part, on s’imagine bien qu’inévitablement, les lignes à très haute tension auront un impact sur les populations, tant de confort, visuelles que sanitaires.

À ce niveau, les législations sont assez foules (comparaison entre l’Allemagne, la France et la Belgique), toutefois, la jurisprudence démontre une protection importante en Allemagne, le pays où les lignes enterrées sont le plus nombreuses. Toutefois, enterrer une ligne similaire à celle discutée n’est pas une mince affaire et, paradoxalement, outre son cout, impactera bien plus le territoire. En effet, ce n’est pas simplement poser quelques câbles dans le sol, c’est réaliser un tunnel avec un caniveau technique qui reprend plusieurs câbles avec des ouvrages d’art (traversées de routes, ponts, canaux, voies de chemin de fer et des systèmes de contrôles avec chambres de visites. En d’autres termes, la ligne enterrée va profondément modifier le paysage… un paradoxe, mais possible.

Elia a donc probablement proposé la meilleure solution pour un cout raisonné pour la collectivité. La construction de la ligne concerne tous les Wallons, mais, paradoxalement, seuls les riverains de la ligne (par commune) pourront donner leur avis et cela pose question : le vivre ensemble ne peux se limiter à des intérêts particuliers. D’un autre côté, la force d’un « peuple », ici wallon, pourrait également enjoindre les politiques à imposer des compensations communes aux acteurs impactés, nous pensons particulièrement ici aux agriculteurs.

Réflexion
Comment sortir de ce choix cornélien ? Peut-être en acceptant un débat régional et non seulement hennuyer ? Et si on demande aux Wallons de décider ensemble ? Probablement que la vertu de cette innovation régionale participative, sous le modèle de la consultation populaire déjà accessible à l’échelle locale dans le cadre du code de démocratie locale, pourrait faire émerger un débat plus serein, offrant aux habitants d’expliquer pourquoi ils ne veulent pas de cette ligne derrière leur jardin, mais aussi de justifier pourquoi ils voudraient qu’elle soit dans le jardin de l’autre commune ou de proposer des solutions techniques « yaka faukon ». Contrairement à ce qu’on entend souvent, les débats citoyens ne sont pas stériles. Dans un contexte où les citoyens ont l’impression d’être écoutés, les échanges lors de ces débats, de Liège à Tournai, pourraient faire émerger des solutions innovantes. Mon expérience de chercheur sur l’analyse des écrits sur les réseaux sociaux m’amène à le penser : derrière l’invective de façade (Kairos), l’intelligence collective est une réalité, à condition de donner du temps aux personnes pour comprendre. Or, malheureusement, il semble que ce projet est une sorte de monstre du Loch Ness bien caché par les responsables politiques à défaut d’en débattre ouvertement. Lorsqu’il sortira, le monstre passera en force, renforçant le sentiment d’injustice… Réfléchissons pour faire autrement.
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Pascal SIMOENS Ph.D, Architecte et urbaniste, data Scientist, expert Smart Cities. J’ai commencé ma vie en construisant des villes en Lego, j’en ai fait mon métier. Geek invétéré, aujourd’hui je joins mes passions du numérique et de la ville au travers d’une expertise smart Cities et smart-buildings en travaillant en bureau d’étude (Poly-Tech Engineering) et j’enseigne cette même expertise à l’UMONS et l’ULB. Complémentairement, je suis membre du Conseil francophone et germanophone de l’ordre des architectes, baron au sein du Conseil national de l’Ordre des architectes.
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