RETOUR SUR LA DÉFINITION D’ILOT DE CHALEUR ET OUTILS D’AIDE A LA DÉCISION (OPEN DATA)

Carte générale de la surchauffe différentielle entre la périphérie et la région de Bruxelles. Source : IBGE

Temps de lecture : 5 minutes
mots-clés : Changement climatique, climate change, ilot de chaleur, ville, cities, zonings, ZAE

Chers lecteurs,

Courant de cet été qui s’éloigne peu à peu il a souvent été question des effets des ilots de chaleur en ville. Je renvoie à l’agence d’urbanisme de Nantes qui a fait une synthèse assez claire sur la définition des ICU (ilots de chaleur urbains) et son application à Nantes. D’autres villes parlent d’ilots de fraicheur, le contre-pied en quelques sortes. C’est le cas de Bruxelles, une histoire belge en quelque sorte, mais qui ne change rien sur le fond. Je trouve d’ailleurs plus anxiogène cette définition lorsqu’on la retrouve sur les cartes où le bleu est très pâle !

Ilots de fraicheur… en bleu.

Des villes comme Paris ou Milan sont très en avance sur ce sujet constatant des différences majeures entre la campagne et le centre-ville qui peut parfois atteindre 8 degrés de différence, ce qui, à partir du moment où il faut 40°C à la campagne, peut poser des questions de survie… tout simplement. Et au-delà de cette question assez reconnue aujourd’hui, la ville de Milan a aussi démontré que non seulement les surfaces se réchauffent fortement, mais aussi que le sous-sol est plus chaud (The subsurface urban heat island in Milan (Italy) – A modeling approach covering present and future thermal effects on groundwater régimes, mars 2022). Pour ce dernier, la régulation des températures est beaucoup plus longue et aurait tendance à réchauffer la ville toute l’année. C’est un effet de rétroaction des ilots de chaleur : l’impact est systémique et donc ce qui se passe en été a des conséquences en hiver. On notera au passage que la ville de Milan est l’une des villes les plus impactées par le changement climatique en Europe.

Montréal et Open data

zone d’ilot de chaleur alentour de l’aéroport de Montréal
zone de l’aéroport, Montréal, source Google maps

Toutefois, nous ne voulons pas écrire aujourd’hui sur les conséquences des ilots de chaleur, mais plutôt sur sa gestion et la mise en place des outils de décisions pour analyser, comprendre et agir. Nous allons donc prendre l’exemple de Montréal, ville innovante dans l’offre de données ouvertes sur son territoire et qui nous propose une cartographie complète sur les aléas et risques. Ci-dessous nous proposons un instantané des données récoltées et mises à disposition du citoyen et sur base des recherches de l’UQCAM (université de Montréal). Ces cartes générales des aléas montrent que si un quartier présent des risques sur certains aléas, il peut être sécurisé pour d’autres. À y regarder de plus près, il nous démontre également des typologies particulières des ilots de chaleur. En effet, nous avons extrait l’image d’une zone en périphérie immédiate de l’aéroport, espace qui est par définition très aéré et donc, intuitivement, ne devrait pas subir les risques de chaleur comme dans un centre-ville. C’est pourtant faux, car l’albédo de cette zone de zonings industriels typiquement installés alentour d’un aéroport démontre que les surchauffes sont très importantes dans ces espaces ouverts et très minéralisés comme le montre la carte de Google Maps.

L’open data, un outil d’aide à la décision

En Wallonie, la cartographie, et surtout les données ouvertes d’analyses sont très en retard sur d’autres régions ou pays européens. Ce sujet ne semble pas être une priorité pour aucun des niveaux de pouvoirs alors que le temps presse. Ce fait constaté, comment aller de l’avant et convaincre de l’urgence ?

Dans le contexte de la smart City, les pouvoirs publics semblent souvent craindre que les citoyens s’approprient les données, les interprètent et les utilisent contre les pouvoirs publics. C’est pourtant tout l’inverse. En effet, de nombreux conflits citoyens-pouvoirs communaux pourraient être objectivés grâce à ce type de données. Nous prendrons aujourd’hui l’exemple de la minéralisation des villes médiévales et l’envie des citoyens de tout végétaliser. Ici, deux idées s’opposent :

  • Le maintien d’une morphologie urbaine typique existant depuis plus d’un millénaire (Mons, Liège, Namur). Les administrations y sont très attachées, des communes à l’AWAP… et parfois avec raison.
  • La verdurisation de toutes les rues et places à la demande des citoyens… une demande tout aussi légitime d’autant que les pouvoirs publics proposent ou imposent de plus en plus la densité pour réduire l’étalement urbain qui est aussi vecteur de renforcement des ilots de chaleur.

Comment décider ?

La cartographie et l’accès aux données sont aujourd’hui les deux garants de la médiation entre les différents acteurs, car c’est la cartographie qui fournit des données objectives ET l’Open data qui crédibilise la donnée (souvent disponibles depuis des mois ou des années donc vérifiable par les acteurs citoyens). Seule la conjonction de ces deux paramètres permet d’objectiver les éléments et de décider/négocier entre le maintien du caractère morphologique d’une ville médiévale et les besoins en réduction de température des ilots de chaleur.

Application à Montréal :

L’exemple de Montréal est significatif dans ce sens :

  • Les ilots en centre-ville sont soumis à la chaleur, souvent critique… le long des infrastructures. On constate également que les quais du Saint-Laurent sont également des générateurs de chaleur et donc une barrière de chaleur vers le centre-ville. Sans oublier les zonings qui sont dans la situation la pire de la ville.
  • Dans ces conditions, peut-être que certaines rues /quartiers mériteraient plus de végétation en façade et toitures, outre les voiries elles-mêmes, voire une réduction de la densification.
  • On constate également que ce sont plutôt les axes de voiries nord-sud qui sont touchés plus que les ilots.
  • Etc.

Toutes ces données sont une mine d’or pour l‘aide à la décision, l’objectivation des enjeux et donc la médiation avec les citoyens.

Et à Mons ?

Je vais prendre sciemment la ville de Mons (que je connais bien), car actuellement, un mouvement issu du confinement tend à refuser tous les projets de développement urbains en centre-ville. L’un des arguments suggérés par les opposants est que la construction de cette nouvelle densité (comme demandé par les urbanistes de la Région wallonne) nuirait à la ville, entre autres par ce qu’il détruit la nature et donc renforce les ilots de chaleurs. Notre rôle n’est pas ici de juger de ces arguments, car il est aujourd’hui impossible de juger du bien-fondé de ceux-ci, faute de données objectives.

Entretemps

Toutefois, tout n’est pas perdu et actuellement l’Université de Mons et l’IDEA (intercommunale) tente d’obtenir des fonds européens et wallons pour créer ce qu’on appelle « un observatoire » qui devrait permettre de digitaliser le Cœur de Hainaut et entamer une démarche que de nombreux autres villes et territoires ont lancée depuis plus de 10 ans. Il en va de la résilience des dits territoires, mais également d’une nouvelle gouvernance et contrat citoyen.
Affaire à suivre donc.

Merci de cette lecture.

Pascal SIMOENS Architecte et urbaniste, data Scientist. Expert Smart Cities. J’ai commencé ma vie en construisant des villes en Lego, j’en ai fait mon métier. Geek invétéré, aujourd’hui je joins mes passions du numérique et de la ville au travers d’une expertise smart Cities et smart buildings en travaillant en bureau d’étude (Poly-Tech Engineering) et j’enseigne cette même expertise à l’UMONS et l’ULB.

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