MÉLANGER LES TOILETTES C’EST AUSSI MÉLANGER LES IDENTITÉS.

Toilettes publiques à NY. Il s’agit des toilettes publiques les plus chics de la ville situées dans le jardin public de Bryant Park, le long de la 42ème rue, source BBC, image AFP

Temps de lecture : 4 minutes
mots-clés : genre, société, écoles, éducation, toilettes

Chers lecteurs,

Depuis quelques mois, grâce à la question Wenstein, Duhamel et consorts mettant à jour tant d’abus sexuels en tous genres et plus encore les questions générales de harcèlement envers les femmes (mais pas seulement) et le plus faible de notre société, la société francophile semble porter enfin à l’ordre du jour ces questions. De fait, je me souviens de ce député français qui harcelait toutes ses collaboratrices grâce à sa position et, lorsque l’histoire fut mise à jour, tant les médias que la rue avait minimisé les actes, ses électeurs trouvant même cela un acte de virilité démontrant qu’il savait les défendre. C’était voici moins de 10 ans, un autre monde. Toutefois, la question essentielle à se poser, me semble-t-il, serait plutôt de savoir comment transformer plus en profondeur la société et durablement. Faire en sorte de développer un terreau empathique entre les hommes et les femmes.

Il se fait que depuis le début du 20e siècle et, plus encore après la Seconde Guerre mondiale, les toitures genrées sont apparues au gré des droits des femmes à aller dans les cafés, bars et restaurants, à travailler, etc. Si initialement, les toilettes étaient mixtes, elles se sont vite séparées pour diverses raisons et, entre autres, « protéger la femme ». Cela pose question : contre qui ? Pourquoi doit-on les protéger dans l’espace public ? Un aveu sans le citer… En tout état de cause, les choses semblent évoluer. En Allemagne, la reconnaissance d’un sexe indéterminé sur les cartes d’identité a obligé les pouvoirs publics à se demander comment ils allaient gérer cette nouvelle perspective dans les normes sanitaires de l’espace des services publics. En même temps, les opposants afficheront une litanie de bonnes raisons dont une essentielle en ces temps pandémiques : la propreté. En effet, il semblerait que les hommes soient des cochons et les femmes des papillons. Personnellement, je pense surtout que les hommes ont été éduqués pour assumer leur médiocre propreté et les femmes à le cacher. Cela s’avère confirmé par la création du gel hydroalcoolique en 1991 par l’infectiologue Didier Pittet relatant que s’il n’en avait pas fait un brevet, c’est bien parce qu’il voulait améliorer la propreté des soins hospitaliers qui étaient pour lui assez catastrophiques. C’tait pourtant hier dans un milieu où les médecins et les infirmiers étaient encore très genrés (le mâle médecin, l’infirmière féminine) et où il y avait plus d’infirmières que de médecin. Donc la propreté est une question pour tous et pas seulement pour les hommes.

12 collèges seront construits et 10 réhabilités. Ici, le futur collège du Haillan dans la métropole bordelaise. 
(Crédits : Département de la Gironde)

 Bref, revenons-en à notre sujet principal : les toilettes des écoles.

La très bonne revue Usbek & Rica nous a proposé le 07 mars 2021 un article sur des tests de mixité des toilettes dans des collèges. Tout le monde reconnait que ces espaces sont habituellement des no man’s land scolaires : odeur, matériel dysfonctionnel, manque de services (papier, désinfectant, sèche-main …). Dans le cadre d’un plan départemental de rénovation des collèges, la mixité est abolie à titre expérimental : exit les urinoirs, les miroirs et la non-mixité. À Léognan, dans le sud de la Gironde, le collège François Mauriac a réhabilité ses toilettes en janvier dernier : elles sont désormais « non genrées ». Tous les élèves, de la sixième à la troisième, filles comme garçons, s’assoient sur les mêmes cuvettes, baissent les mêmes lunettes. Situé dans la cour, le bloc sanitaire est composé de huit cabines individuelles dotées de grosses poignées métalliques, fermées sur le dessus. Deux portes coulissantes permettent d’y accéder avec pour seule et unique mention un très neutre et très discret « Toilettes ». Ce plan a la particularité de travailler sur 3 axes essentiels :

  • La notion d’égalité filles-garçons,
  • La conception architecturale
  • La gestion des flux

L’idée est d’apaiser les lieux fondateurs de la connaissance et de l’apprentissage du vivre ensemble.

L’article soulève une étude menée par l’un des grands fournisseurs de produits hygiéniques des toilettes. Même si cette étude (https://www.harpic.fr/anouslestoilettes/) est probablement partisane, elle relève des situations de nombres des adolescents et plus jeunes connaissent : ils ne vont pas dans les toilettes scolaires par peur de la saleté, entre autres. Une situation délétère ayant un impact psychologique à long terme et des effets sur la santé des enfants : se retenir pendant 4 heures, voir 8 heures n’est pas bon et pour preuve le dernier rapport de l’Observatoire national de la sécurité et de l’accessibilité des établissements d’enseignement (ONS) faisait état de 15 % des élèves du second degré souffrant de problèmes de constipation aiguë ou chronique, et 22 % d’infection urinaire.

La mixité amène également d’autres travers relevés par Edith Maruéjouls-Benoit, docteure en géographie et directrice du bureau d’étude l’ARObE (Atelier recherche observatoire égalité) qui a documenté cet évitement des toilettes dans le cadre scolaire, que ce soit à l’école primaire ou au collège. Une majorité de garçons déteste les urinoirs, certaines filles passent beaucoup de temps devant les miroirs s’il y en a, et les encadrants y déplorent des problèmes d’hygiène et de harcèlement, sans pouvoir y accéder, constate la spécialiste. Les filles ont plus peur d’être vues, entendues, enfermées, mais ce sont objectivement les garçons qui subissent le plus d’agressions aux toilettes. Résultat : on inculque un sentiment d’insécurité aux petites filles et on cultive la virilité des petits garçons.

Plu généralement, elle relève également que l’on construit son égalité au travers du contact avec les autres et qui si on éduque dès le plus jeune âge à séparer les garçons et les filles, inévitablement cette distinction s’accentue à l’âge adulte.

Bref, mélangeons dans l’intérêt de tous.

Toutefois, la question n’est pas aussi simple et un préadolescent n’a pas nécessairement envie de se mettre à nu (au sens figuré) face à une cohorte de « vieux » adolescents de plus de 17 ans. À cet effet, l’idée qui semble germer actuellement est la création de blocs sanitaires par tranches d’âges, c’est d’autant plus simple aujourd’hui qu’on pourrait les coupler à une gestion par les cartes d’étudiants pucées et permettant, selon la carte d’accéder ou non aux toilettes. La question de l’organisation des sanitaires me semble également une question assez peu abordée : les rangs d’ognons sont-ils vraiment la solution la plus « humaine » ? Par exemple, les filles aiment rester plus longtemps devant le miroir ce qui crée des tensions d’occupations. Dans ce cas, pourquoi ne pas créer des lieux d’antichambres aux toilettes et offrant des miroirs… mais visible aussi des couloirs, ce qui pourrait réduire l’envie de se contempler excessivement. Plein de pistes ici proposées qui, d’un petit élément de détail dans un programme classique offre l’opportunité de changer la société. On appelle cela l’effet papillon.  

Lien vers l’article Usbek et Rica : Mélanger les filles et les garçons à facilité l’accès aux toilettes

Merci de votre lecture.

Pascal SIMOENS Architecte et urbaniste, Data scientist. Expert Smart Cities. J’ai commencé ma vie en construisant des villes en Lego, j’en ai fait mon métier. Geek invétéré, aujourd’hui je joins mes passions du numérique et de la ville au travers d’une expertise smart Cities et smart buildings en travaillant en bureau d’étude (Poly-Tech Engineering) et j’enseigne cette même expertise par la recherche et l’enseignement au sein des universités de MONS et de Bruxelles.

2 commentaires

  1. Mélangeons dans l’intérêt de tous ? C’est un lapsus révélateur, rendre mixte les toilettes n’est certainement pas dans l’intérêt des femmes.
    Les garçons, cela ne les gênera pas autant, puisqu’ils sont les dominants sociaux.

    La conséquence est quand même assez évidente, même sans connaître dans sa chair le vécu féminin : les collégiennes vont être, de fait, privées de toilettes.
    Déjà que l’article constate qu’une enfant sur cinq refuse d’aller aux toilettes par peur (ONS 2007, c’est dans l’article d’U&R), on voit difficilement comment ajouter des garçons de 14 ans dans ces lieux va les rassurer. Si elles ont peur d’être vues, entendues ou enfermées par leurs paires, on peut se douter qu’ajouter en plus des garçons dans l’équation ne va pas les rassurer, à l’âge où les stéréotypes genrés s’expriment avec violence.

    Je passe sur l’argument du manque de papier, pensez-vous sérieusement que des toilettes mixtes sont une solution à la pénurie de fournitures type papier, savon ?

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    1. Bonjour Magali la féministe,
      Votre analyse supposerait que TOUS les hommes et les garçons sont des « gros animaux lubriques et sans aucune éducation ». Je me permettrai de contredire ce type de stéréotype digne du 20e siècle. Bien au contraire, la grande majorité des garçons sont beaucoup plus bienveillant que leurs ainés vis-à-vis de l’autre sexe et j’en suis heureux. Bien sûr tout n’est pas parfait mais je m’étonne de votre lecture biaisée par votre propre logique présumant que tous les mâles sont des bêtes primaires. Je pense au contraire que c’est en les mélangeant dans des lieux comme ceux-là que la question de genre pourra s’estomper, ne serait-ce que pour permettre aussi de revendiquer des toilettes propres. En effet, faut-il préciser que les hommes sont également stigmatisés où nombre de toilettes dans les écoles sont propres pour les filles et sales pour les garçons? Pourquoi? Non pas parce qu’ils sont plus sales mais bien parce qu’on considère qu’ils sont plus sales. les garçon n’aurait-il pas autant besoin de toilettes que les filles?
      En tout cas, dès que vos a-priori gravement stéréotypés « les uns ça ne les gênera pas , les autres oui » alors que les féministes exigent (et avec raison) l’égalité, nous pourrons prolonger notre discussion. Belle journée à vous.

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