TURING TEST, AND THEN ?

Cette information a fait le tour des bons blogs (si, si !) et des initiés à l’intelligence artificielle avant de faire le tour du reste du monde : « Un ordinateur a passé le test de Turing avec succès. ». Ces titres tenaient de présenter la prouesse comme une « révolution » après l’interview de la machine dénommée pour l’occasion Eugene Goostman

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Mais franchement, qui parle de révolution alors que la question de l’âge numérique est née avec les premiers travaux de Turing dans le cadre de ses recherches pour le décodage d’Enigma en 1942 !? Depuis lors, ce ne sont que des évolutions continues, L’Internet et les jeux d’échecs n’en étant que des avatars ponctuant le fil de l’histoire numérique.

Bartolomeo de las Casas et l'indien, Constantino Brumidi, 1876, Sanate Wing, US Capitol.
Bartolomeo de las Casas et l’indien, Constantino Brumidi, 1876, Sanate Wing, US Capitol.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A mon humble avis, ce qui pose plus question aujourd’hui ce n’est pas tellement qui et comment s’est passé le test de Turing avec succès mais bien de se demander ce que le test de Turing révèle de la nature naissance des entités numériques alors qu’elles parlent de plus en plus avec nous ; communiquent nos intérêts ; interagissent en anticipant de plus en plus nos besoins ; sont plus intimes avec nous que nos femmes ou maris grâces aux données de santé que nous lui demandons de stocker et analyser… Bref, le PDA est devenu un assistant-maman-médecin et j’en passe : intime.

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La question qui se pose est donc plutôt celle de réfléchir à la valeur « identitaire » que nous allons donner à ces machines-prêtes-à-penser.

Pourtant, peu de personnes s’y aventurent de peur de se retrouver sur le bûcher des Hommes, tel un hérétique aux meilleures années de l’esclavagisme de la Renaissance et de la controverse de Valladolid (1550) qui porta sur la question du statut des indiens d’Amérique, opposant le dominicain Bartolomé de Las Casas et le philosophe Sepùlveda.(résumé concis via afrochild). Une controverse qui opposa ceux qui pensaient que les indiens étaient des hommes comme les autres et les autres considérant qu’ils étaient à peine mieux que les animaux les plus intelligents (et au passage, au service des envahisseurs).

L’histoire nous renvoi toujours au présent et cette controverse nous invite aux prémices de ce qui va nous secouer dans les 30 prochaines années, soit à peine plus d’une génération. Elle démontre toujours que c’est lorsque le problème est aigu que les hommes s’en intéressent alors qu’ils en sont eux-mêmes les initiateurs. Ce n’est donc pas pour aujourd’hui mais bien pour demain, malgré 500 ans entre les deux moments, un demi-millénaire…

Pourtant, et sans polémique, avez-vous déjà tenté de discuter de ce sujet avec vos proches, amis et connaissances de la question qui serait de savoir si les hommes peuvent considérer un jour une machine comme une entité pensante ? Si nombre d’entre-deux ne savent même pas de quoi vous leur parlez ce n’est pas grave, je trouve même cela plutôt normal. Par contre, nous devons nous intéresser à ceux qui attaquent de front l’éthique-même de la question et la dissociation qu’il peut y avoir entre un homme et une machine, et donc de l’incongruité de discuter de l’humanité de la machine par rapport à l’homme… Bien que la question ne soit pas là mais il est plus aisé de s’accommoder de ce paradigme raccourci.

En effet, qui demande de comparer un homme à une machine ? L’Homme, cette machine si complexe qu’il a fallu des dizaines de milliers d’années pour atteindre un niveau de conscience complexe et dont l’ADN recèle parfois les actions d’autodéfense qui sont encore bien plus ancrés profondément dans notre subconscient (cerveau reptilien, …)?

Non, la question posée ici est bien une question d’offrir un statut spécifique aux machines, tel le statut que nous pourrions donner à l’extra-terrestre le plus sympathique du monde : E.T. Eh bien oui, E.T. reviendrait dire bonjour à Spielberg pour lancer une affaire de cinéma ensemble, et après, que mettrait-on sur sa carte d’identité et quels droit lui donnerions-nous pendant son séjour ?

La question fondamentale me parait donc être une question de statut de la machine dans la société, notre société humaine qui est en train de créé une nouvelle structure complexe de pensée et interactive avec l’Homme. Considérons-nous que cette entité doive devenir l’égal de l’Homme ? Certainement pas, car demanderions-nous à un extraterrestre de devenir l’égal de l’Homme ? C’est-à-dire humain ? Par contre, pouvons-nous refuser à une entité capable de réfléchir et de faire des choix (que qui ne sera bientôt plus le propre de l’homme) de ne pas avoir son propre statut ?

En ce sens, la question de la déclaration des droits de l’Homme prendrait un sérieux coup de vieux… mais, peut-être cela serait-il l’occasion de nous remettre nous-mêmes en cause, face à la société qui s’ouvre à nous et les rapports humains entre les hommes qui sont de plus en plus extrêmes. Mais cela, c’est une autre histoire.

Certes, un post dans un blog n’est pas nécessairement le lieu à débattre de ce genre de question et je sais de nombre d’entre-vous vont définitivement croire que j’ai fumé la moquette. Ce n’est pas grave, continuez à lire les autres post croisant le numérique avec la ville et l’architecture et de temps en temps l’art. Ça ne fait de mal à personne. Par contre, si vous avez lu ce Post jusqu’à ces lignes, vous ne pourrez plus dire que vous n’étiez pas prévenus.

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