BECOME IMMORTAL, AND THEN DIE

Her

Bien que travaillant sur les questions de la relation entre les systèmes sociaux numériques et l’homme dans la ville et ses usages, je n’avais pas pris le temps de 120 minutes pour visionner le film « Her » à sa sortie en salles. Voilà qui est réparé aujourd’hui et qui m’amène à une petite réflexion… socio-numérique.

Her est l’histoire d’une relation amoureuse entre une I.A. et un bonhomme un peu compliqué psychologiquement… un peu comme nous tous aujourd’hui, dans un monde qui est encore plus compliqué de nous. Le réalisateur Spike JONZE arrive remarquablement à rendre crédible cette relation atypique dans un film aux code d’anticipation particulièrement subtiles : nous ne sommes plus dans le monde d’aujourd’hui mais le monde de demain nous reste connu.
Cette relation qui se construit comme toute autre relation pose bien évidemment la question de l’acceptabilité de celle-ci, entre un être virtuel et un humain. Ma fois, ce n’est certainement pas cette question qui me semble la plus complexe à répondre lorsqu’aujourd’hui des êtres aussi différents que des chiens ou des chats sont aimés à l’égal des humains. Si l’humain offre ce potentiel avec un animal bien moins intelligent que n’importe quel ordinateur, comment ne pourrait-il pas, à partir où les codes sentiments sont programmés, ne pas arriver à créer une relation avec une machine ?
Certains peuvent prendre cette approche un peu folle mais ce serait se voiler la face de l’évolution technologique qui nous guide aujourd’hui vers l’émergence d’une intelligence artificielle si bien décrite dans le film ; une intelligence qui se développe à force de comprendre et absorber les connaissances du monde. Les humain ont créé Google, Google se créer une intelligence à part entière formée à la connaissance du monde.
Mais l’enjeu, voir l’abîme, dans lequel le film nous entraine ne se situe pas à mon sens dans ces questions technologiques, bien au contraire, mais bien dans des questionnements profondément humain mais encore non explorés.
Le premier consiste au positionnement relationnel de l’Homme avec la machine lorsque celle-ci sera clairement plus puissante que lui. Nous ferons fit ici de ce que j’appelle le syndrome « Skynet » qui nous renvoie à la machine qui veut tuer l’homme car imparfait à ses yeux (ceux de la machine). Non, imaginons une machine intelligente et vous voulant le meilleur pour vous. Grâce à sa puissance de calcul et le développement de son intelligence cognitive va pouvoir anticiper vos besoins, vos attentes, vos envies, trouver les mots qui réconfortent quand cela va mal, vous trouver l’ami adéquat pour vous aider, et j’en passe. La question vient à se poser est : et après ? Cet assistant de vie, votre deuxième cerveau qui vous voudra autant de bien que le premier, quelle place prendra-t-il dans la vie ? Ce ne sera ni votre secrétaire, ni votre ami, ni votre mère, ni votre femme… et tout cela à la fois ! Fondamentalement, personne ne peux aujourd’hui présumer de l’interrelation qui devra nécessairement se construire dans l’interface intime entre la machine et l’homme. Et ce mot « construire » une relation prend tout son sens dans la construction d’un nouveau type de relation, où l’homme sera toujours inférieur à l’offre de la machine.
Mais ce questionnement rejoint le second de cet article : Même à imaginer une relation « intime » entre la machine et l’homme, les sens font la spécificité de nos relations. Dans nos relations quotidiennes, la communication non verbale correspond à 85% de notre communication avec autrui. Certes, la machine peut en reproduire certains modèles dans les expressions du visage, par exemple. Mais jamais nous ne pouvons imaginer une machine qui interagit comme peuvent le faire deux humains qui ont emmagasiné, dans cette communication non verbale, l’histoire de l’humanité. Car notre communication non explicite, c’est notre instinct de survive ancré dans nos gènes. Cet aspect de la question mériterait des thèses à n’en plus finir et sous-jacent à cette question se pose ma réflexion sur ce qui fait que l’homme est unique dans ses relations intimes pour une même espèce : c’est la mesure du temps. A contrario, la dématérialisation de l’être, ou la création d’un être numérique ne nous permet pas plus d’appréhender la dimension du temps qui nous sépare. Ce même temps qui nous rythme les soubresauts de la vie à l’opposé de sa constante.
Ainsi, la grande différence entre l’homme et la machine est le temps. Rien que pour cela, je ne peux que dire merci au réalisateur du film Her qui le met en exergue de la manière la plus évidente, en conscience ou pas.
Nous, humains, avons besoin de la dimension du temps et qu’il soit court ou long, coup de foudre ou amour raisonné, pour donner de la valeur aux sentiments ou aux choses. Nos souvenirs s’inscrivent dans le temps et prennent de la valeur par ce temps parcouru. Un ordinateur, devenant de surcroit quantique, n’a tout simplement pas la même dimension de temps, ils en auront simplement plusieurs.
Il ne reste plus qu’à prendre le temps pour voir si nous pourrons accorder nos temps respectifs. « Devenir immortel, et puis mourir » pour paraphraser l’écrivain d’ « A bout de souffle »

En conclusion, peut être un petit clin d’œil à Scarlett Johansson dans Lucy où cette question du temps est aussi relevée

Film Review Lucy

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