CINEMA THEATRE VARIA

varia

 

 

 

Voici le prochain article rédigé par votre serviteur au sujet du bâtiment en titre. Il sera inséré dans les annales du béton édité par la FABI et sponsorisé par l’IPW. je ne manquerai pas d’en reparler. plus d’images sur le bâtiment ici

« En 2001, l’équipe d’architectes et ingénieurs COOPARCH/PIRNAY, sous la direction de Jean de Salle et Marcel Pirnay, est sélectionnée par l’IPW pour la restauration et réaffectation du cinéma théâtre Varia situé à Jumet, dans la périphérie de Charleroi. Aujourd’hui, après quelques travaux de conservation, l’avenir de ce bâtiment unique semble enfin s’ouvrir à nouveau avec la création d’une bibliothèque orientée « jeune publics » et la création de locaux associatifs.

Le Varia est un immeuble atypique dans l’histoire belge du béton. Conçu en 1911 par l’architecte liégeois Eugène Claes (1886-1947) et inauguré en 1917, il est inspiré par les expositions industrielles et internationales qui se déroulent à Bruxelles, Liège et Charleroi à la même époque. Le béton est d’abord utilisé comme éléments de décoration pour la façade, composée de poutres et colonnes avec remplissage en briques et agrémenté de décors en ciment. Toutefois, la salle de spectacle d’une jauge de 1.100 spectateurs est conçue en acier, de style Art nouveau avec une charpente métallique pour couronner l’ensemble. L’Art nouveau qui fleurit à Bruxelles et dans les grandes capitales européennes est vite copié dans les grandes villes wallonnes dont la richesse s’exprime à travers l’architecture privée et publique.

En même temps cette période riche d’évolutions techniques quotidiennes voit apparaître une révolution dans le domaine du spectacle : le cinéma. Le théâtre Varie de Jumet devient ainsi donc également un cinéma. Les techniques de projection de l’époque, appelées également films « flamme », portent leur nom par la nature même du support de projection en résine inflammable au-delà de 70°C. La conséquence immédiate du changement du programme fut le refus de la conception métallique du bâtiment par les pompiers des services incendie de la ville de Charleroi. Toutefois le béton, déjà mis en œuvre pour la façade d’apparat devient l’élément « sauveur » du projet et permet une transformation radicale de la conception de la salle de spectacle. Voici donc un système construction décoratif de façade qui devient l’élément majeur de construction pour l’ensemble de l’édifice. Etonnamment, malgré cette substitution de dernière minute, le projet s’enrichi par l’exploitation des qualités intrinsèques des qualités du béton ; ainsi les balcons sont réalisés en porte-à-faux, supprimant pour l’occasion les colonnes en fonte prévues à l’origine et le toit de l’édifice se pare d’une voûte en voile mince de 10 centimètres d’épaisseur à peine, une prouesse à l’époque,  couvert d’une toiture plate remplaçant celle à double versants.

C’est donc dans le berceau de l’acier européen continental qu’un immeuble innovant et de surcroit en béton qui se dessina.

Notons toutefois que dans la réalité, cet immeuble conserve en lui les stigmates de la conception préalable en acier. Ainsi, la trame structurelle du bâtiment et composée d’un maillage de 5.10m carrée pour les façades, reprenant de la sorte une trame habituelle pour les constructions en acier de l’époque. Dans à la structure elle-même, les sondages réalisés ont mis à jour des colonnes de section moyenne de minium 45 cm de côté et composées de plus de 70%… d’acier ! Ce paradoxe a eu des conséquences importantes sur la dégradation des bétons avec un niveau de carbonatation extrême sur une profondeur de plus de 2/3 de la colonne, même pour des bétons intérieurs n’ayant subi aucune intempérie. Un constat particulier imputable aussi à l’humidité intérieure due à la concentration de vapeur d’eau lorsque la salle était pleine avec un usage intensif et de renommée pendant plus de 60 ans. Le Varia peut en effet s’enorgueillir d’avoir acceuilli en son sein des acteurs et chanteurs célèbres comme Bourvil, Adamo, Johnny Halliday, Fernandel, … soit l’âge d’or des années 50 et 60 et tous les carolorégiens de plus de 50 ans ne peuvent oublier leur premier baiser sur les sièges du Varia.

Parallèlement à ces analyses, un travail important a consisté à définir la jauge (le nombre de spectateurs) potentiel encore admissible eu égard aux règles de sécurités contemporaines. Il est apparu que sur base des normes de sécurité de l’époque, entre autres référencées dans de nombreuses éditions de Bielevred et Beranger (pour ne citer qu’eux) entre 1864 et 1910, que les bétons étaient conformes à ces normes et les différentes publications ont permis de comprendre que bien que les résistances à la compression et à la rupture soient faibles par rapport aux normes actuelles, elles répondaient toutefois aux critères de taux de travail admis à l’époque de la construction de l’ouvrage, soit des taux de travail de l’ordre de 15 à 20 daN/cm² (kgf/cm²). Notons, que cela met en perspective les normes actuelles considérant que des dizaines de milliers de personnes se sont amusées dans ce bâtiment et que parallèlement, l’immeuble ne présente aucun fissures de compression ou tassements, bien que situé sur un territoire miniers avec des terrils à perte de vues.

Face à ce contexte si particulier, les architectes désiraient maintenir le potentiel de salle de spectacle, une réflexion a été menée pour définir un processus permettant de réduire les interventions sur le patrimoine tout en garantissant la pérennité de la structure originelle. Avec l’aide des ingénieurs, ils ont défini une stratégie de protection par la construction d’une seconde façade entourant l’entièreté du volume de la salle de spectacle. Cette seconde peau est isolée, ventilée et d’une épaisseur moyenne de 65 cm, intégrant également un certain nombre de techniques spéciales. Une solution qui permet de préserver l’ensemble des décorations et plâtres intérieurs de la salle et de garder la vision d’origine du spectateur tout en offrant le confort nécessaire à un espace scénique en 2012. Parallèlement, les balcons ne seront plus praticables en partie et afin de répondre aux nouvelles normes de sécurité ; la jauge passant de 1.100 places à 350 places assises et 500 debout (parterre). Cette réduction du nombre de place est fréquente dans le cadre de restauration de salles de spectacles. Toutefois, un chalenge supplémentaire s’offre aux auteurs de projets à réfléchir à l’intégrant de l’’espace scénique dans le programme de la bibliothèque de quartier. Quant à la façade d’apparat et à rue, pièce majeur d’une architecture de style art nouveau typée sécession viennoise, le certificat de patrimoine a défini les méthodes de restauration préconisées et sera restaurée à l’identique sur base d’un enduis au ciment, similaire à celui d’origine mais prévalant d’une composition permettant une meilleure respiration des maçonneries. Malheureusement, la question de sa dégradation rapide pose la question cruciale de la restauration des bâtiments récents et faisant usage de techniques encore actuelles : la recomposition à l’identique d’un patrimoine contemporain est-elle utile ou bien une aberration historique ? La Charte de Venise est claire sur ce point à partir de l’instant où les données sont suffisantes pour la restitution du patrimoine, en l’occurrence ici les plans, photos, relevés. Pourtant, alors que personne n’oserait toucher à un patrimoine médiéval, force est de constater que le patrimoine du 20ème siècle, lui, pose encore question. Pourtant, celui-ci est extraordinaire à l’échelle européenne et unique en Belgique, même s‘il n’a que 95 ans d’histoire.

In fine, le cinéma théâtre Varia est un immeuble exceptionnel par l’expérience qu’il offre sur l’évolution des bétons pour les bâtiments et pendant presque plus d’un siècle. L’analyse des méthodes de construction en 1914 et l’élaboration des techniques de restauration sont une opportunité extraordinaire de renforcer la connaissance des bétons les plus anciens. Parallèlement, le cinéma Théâtre Varia démontre que l’histoire ne se limite pas à des processus constructifs. De fait, si ce bâtiment en béton a été construit dans le berceau de la sidérurgie Belge, c’est parce que de nouvelles technologies sont apparues, ici la projection cinématographique. Le Varia rappelle ainsi l’interaction entre un bâtiment et le contexte urbanistique mais aussi socio-économique. Une leçon d’histoire qui justifie pleinement son classement en 1998. »

publication probablement avril 2013

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