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mots-clés : ilot de chaleur, végétalisation, ville, canicule, changement climatique
Chers lecteurs,
En cette fin de période d’été qui nous a fait naviguer entre une grosse déprime solaire en Europe de l’Ouest et une canicule quasi annuelle au Sud, il nous as semblé intéressant de revenir sur un mème que nous avons tous vu circuler sur les réseaux sociaux : « plantons des arbres, il fera moins chaud en ville ». Est-ce aussi simple que cela ? En tant qu’urbaniste et aménageur d’espaces publics, nous vous proposons d’approfondir (un peu) la question ci-après afin de dépasser le cadre d’images comparées avec un sens approximatif et qui comparent souvent des pomme et des poires.
Oui, planter des arbres en ville c’est une bonne idée
Avec ce titre, tout le monde pourrait devenir urbaniste ! en effet, si nous nous tournons vers de nombreuses études européennes, on constate que la plantation d’arbres en ville permet, selon les conditions urbaines (on y reviendra tout de suite après), réduire en moyenne de 3°C la température d’ambiance (Bouchaud architectes pour le compte de la ville de Paris). C’est pas mal me direz-vous… et vous aurez raison. Mais ce n’est pas aussi simple, car pour planter des arbres, encore faut-il avoir la place pour le faire. Or, nos rues sont traversées d’un nombre incalculable d’impétrants qui bloque toute implantation de végétations. L’exemple de cette rue (située en Belgique, Binche, rue z. Fontaine) nous montre à quel point « planter des arbres » n’est pas si simple avec des « yaka » :

- La rue a une largeur de 13.5m dont 8.5 m pour la seule partie occupée par l’automobile (l’équivalent de 2.5 bandes de circulation).
- Les places de parkings sont de +/- 2.25 m
- Les trottoirs de la rive gauche sont variables (de 1 m à 3.5 m > élargissement de l’emprise de la rue) et de la rive droite, le plus souvent limités à 1 m.
- Cette rue n’est quasiment pas plantée… et orientée Nord-Sud donc très impacté par la chaleur lors des canicules. Heureusement, le revêtement en béton clair permet de réduire l’impact d’îlot de chaleur.
Sur papier, la largeur de la rue permet l’implantation d’arbres en alignement tout le long de la bande de parkings latéraux à gauche de la photo, mais si on y regarde de plus près, on se rend compte que les canalisations et impétrants s’étalent sur l’ensemble de cette zone et tout le long de la rue. Mieux, et dès que les trottoirs s’élargissent, les impétrants se dispersent ! En d’autres termes, planter un arbre, ce n’est pas que planter dans un trou assez large, encore faut-il trouver l’espace pour créer ce trou.

En brun : égouttage
En jaune : canalisation de gaz, dont celle alimentant le centre ville
En bleu : l’eau
En mauve : télécom
En rouge : électricité
Par ailleurs, il faut aussi préciser qu’un arbre est un être vivant et nécessite donc des soins. Malheureusement, de nombreux conducteurs semblent l’oublier et on remarque régulièrement la dégradation des plantations en villes, particulièrement celles en alignement de parkings. En outre, en été, les arbres en ville nécessitent un arrosage régulier et, de préférence, un revêtement perméable autour de la nasse de terre qui lui est affectée.
Finalement, planter des arbres, c’est vite dit et ce n’est pas facile à faire, car si un arbre ne coûte pas trop cher, encore faut-il que la rue le permette en sous-sol, car le déplacement des impétrants nécessite le plus souvent de tout reconstruire. Toutefois, ne vous détrompez pas, cette solution est importante dans les mécanismes de réduction des effets d’ilots de chaleur en ville qui doivent être mis en œuvre, particulièrement dans les villes comme en Belgique qui sont des villes assez denses et aux rues étroites, souvent d’époque médiévale. Ainsi, pour les villes de Lille et Strasbourg (pas de chiffres belges, comme souvent…) on comptabilise actuellement 7 et 9 jours de canicule alors que les modèles projettent 21 et 29 en 2070 (Le Monde, 23 juillet 2023) … Les villes à l’intérieur des terres et sans un grand fleuve qui les traverse vont souffrir plus que les villes maritimes.
Et si on ne plante pas d’arbres, que fait-on ?
C’est le cœur de notre article : il y a bien d’autres solutions pour réduire les effets de chaleurs en ville et souvent beaucoup plus faciles à mettre en œuvre. L’étude parisienne le démontre avec cette comparaison (Paris&Co):
- Planter de la pelouse : de -0.1 à -1°C
- L’arrosage urbain : -0.8°C
- Des fontaines : -1.0°C
- Des structures d’ombrage en hauteur (par exemple la rue de Dampremy à Charleroi) : de -0.2 à -3.5°C
- Un revêtement à albédo élevé, c’est-à-dire, une toiture ou un sol clair : de -0.2 à -4°C
- Des toitures végétalisées : de -0.5 à -3.0°C
- L’isolation des façades (qui permet de réduire la radiation thermique pendant la nuit et donc de rafraîchir l’air pour la journée) : -1.4°C
- Des revêtements drainants : de -1.6 à -2.6°C
- Planter des arbres : -3.0°C
- Placer des brumisateurs : de -3.0 à -5.0°C
- Les toitures et façades végétalisées : de -4.0°C à -12.0°C
- Créer des plans d’eau : -5.0°C
Le réel enjeu c’est la combinaison de ces solutions et force est de constater que « planter des arbres » n’est qu’un petit élément parmi d’autres. On remarquera d’ailleurs que les solutions les plus efficaces sont sur les bâtiments : toitures vertes ou de couleur claire, isolation des bâtiments. On en revient toujours au même constat : la construction est 37% du problème climatique (ONU, 2022).
Bref, si on en revient à notre rue de tout à l’heure, d’autres possibilités sont à proposer pour rendre le quartier encore habitable dans 30 ans :

Dans ce contexte et sans perdre de places de parkings pour les riverains, le seul réaménagement des parkings avec des plantations et quelques alignements là où les impétrants le permettent, plus le blanchiment des toitures (ou verdurisation) des bâtiments commerciaux (+ de 10.000 m²) pourrait avoir un impact important pour l’entrée de ville et les 1.500 habitants qui y vivent.
En conclusion, les 12 éléments de réduction de la température en ville nous montre que ce n’est pas seulement les villes et les pouvoirs publics qui impactent les résultats , mais bien les partenariats entre le privé et le public. L’exemple proposée ici le démontre : tout est dans le domaine privé, toutefois, la ville pourrait subsidier la mis en peinture claire des toitures et les entreprise y gagneraient en réduisant leur consommation d’énergie durant l’été (frigo, airco, etc.). en contrepartie, les entreprise devraient aussi réaménager leurs parkings… mais valoriseraient leurs accès en pleine canicule afin de mieux accueillir leurs clients.
Le plus important est d’y réfléchir dès aujourd’hui.
Bonne et belle journée à vous.
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Pascal SIMOENS Architecte et urbaniste, data Scientist. Expert Smart Cities. J’ai commencé ma vie en construisant des villes en Lego, j’en ai fait mon métier. Geek invétéré, aujourd’hui je joins mes passions du numérique et de la ville au travers d’une expertise smart Cities et smart-buildings en travaillant en bureau d’étude (Poly-Tech Engineering) et j’enseigne cette même expertise à l’UMONS et l’ULB.
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Bonjour Pascal,
Très bon article, je me pose ma question sur ton exemple du dédoublement des réseaux de part et d’autre de la chaussée, généralement ils sont situés d’un seul côté. Pour le réseau d’égouttage, il serait intéressant de travailler sur un réseau séparatif (peut être est ce déjà le cas), et le déraccordement des eaux pluviales. Créer des espaces permettant de gérer les eaux pluviales et de les planter.
Bonne journée
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La Belgique n’a pas de gestion concertée et imposée des VRD. La région flamande et bruxelloise sont mieux armées que la région wallonne qui peine à installer un cadastre numérique des réseaux prévu aujourd’hui en… 2030. Une situation qui renvoie donc les opérateurs dos à dos et les laisse assez libre. Les solutions de facilité sont donc choisies avec une pléthore de câbles et tuyaux. Pour exemple sur cette rue , au lien de tout concentrer sur la zone de parking, nous avons certains réseaux qui zigzague entre parkings et trottoirs selon l’envie! Par ailleurs, la solution des réseaux séparatifs sont appliqués (parfois) pour les nouveaux quartiers, rarement en milieu urbain ou la région a décidé de ne pas appliquer cette solution. Le plus souvent, il est imposé un rejet de la zone limité par rapport à la perméabilité initiale. Ainsi, sur une friche urbaine imperméabilisée, nous avons dû réaliser un rejet équivalent à 10% de la zone avant travaux dans le cadre d’une nouvelle urbanisation (650 logements).
Bref, ces questions ne sont pas la priorité.
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