« Se sentir en sécurité pour mieux vieillir »

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mots-clés : Île-de-France, sécurité, personnes âgées, étude, sentiments
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Article rédigé avec l’aide de l’IA : oui (résumé)

En bref : l’étude 2025 de l’Institut Paris Région révèle que, bien que les personnes âgées soient moins souvent victimes de violences ou de vols (3 % contre 12 % pour le reste de la population), elles ressentent davantage d’insécurité. Ce sentiment découle moins de la réalité des agressions que de facteurs liés à l’âge, comme la perte de mobilité ou la peur de ne pas pouvoir se défendre. Ainsi, 79 % des aînés se disent favorables à la vidéosurveillance, perçue comme rassurante malgré ses dérives potentielles. L’enquête souligne aussi que les seniors, plus présents dans leur quartier, contribuent paradoxalement à renforcer la sécurité locale. Enfin, l’auteur plaide pour une approche transgénérationnelle de la ville, misant sur le lien social plutôt que sur le contrôle policier pour apaiser les peurs.

Chers lecteurs,

L’institut Paris Région est un institut régional qui étudie l’ensemble des phénomènes urbains qui s’expriment en région Île-de-France. Au début de l’année 2025, cet Institut nous a proposé une étude sur le sentiment d’insécurité des personnes âgées (12e édition) dans l’agglomération de plus de 8 millions d’habitants. Souvent, la ville est synonyme d’insécurité. Cette étude offre une opportunité de nuancer sans exclure les questions liées au « sentiment d’insécurité ». Une problématique qui se retrouve également dans de nombreuses villes belges, dont Liège et Charleroi.

Contexte d’étude

Plus de 9 000 Franciliens, âgés de 15 ans et plus, représentatifs de la population régionale par département, ont été amenés à s’exprimer sur leurs conditions de vie, et plus particulièrement sur leur vécu en matière d’insécurité. Cette enquête, reconduite tous les deux ans depuis 2001, est un dispositif unique à une échelle régionale. Les enseignements qui en ressortent représentent une source de connaissances inédite sur les aspects et l’évolution de l’insécurité à laquelle est confrontée la population. Ils permettent également d’identifier les spécificités territoriales (département, etc.), spatiales (transports en commun, espace public, etc.) ou encore populationnelles (hommes, femmes, jeunes, personnes âgées, etc.) qui façonnent l’Île-de-France (source IPR).

Avant d’entrer dans le cœur du sujet qui nous intéresse (la ville et la sécurité), il faut certainement préciser que le sentiment d’insécurité n’est pas uniquement dû à la ville elle-même, mais bien à d’autres éléments constitutifs de la vie des habitants et leur condition. Le graphique ci-dessous le démontre : l’insécurité regroupe également la conjonction d’autres facteurs, tels que le chômage, la maladie, l’environnement, le statut socio-économique…

Se crée alors des « peurs personnelles » multiples. Toutefois, et comme le démontre de nombreuses études complémentaires, les peurs personnelles ont diminuées depuis 2000 en IdF. Il serait intéressant d’avoir les mêmes données en Belgique. En effet, si une recherche rapide montre une attention particulière des acteurs de la ville sur l’insécurité des femmes dans l’espace public, il apparait que le croisement entre la qualité des espaces publics et le sentiment d’insécurité est non étudié. Cela ne nous étonne pas trop, compte tenu du fait que la structure de recherche en aménagement du territoire et en urbanisme est très faible en Belgique (sauf à Bruxelles). Il faut dire que la formation universitaire structurée et reconnue des urbanistes est elle-même très récente.

On notera également que le taux de victimisation également décroit… en ce qui concerne la Belgique, nous vous renvoyons à nos analyses dans un autre article de ce blog traitant des enjeux de sécurité postélectorale : UNE STRATÉGIE DES DONNÉES POUR SÉCURISER LA VILLE DE CHARLEROI (23 janvier 2024).

Ce qui est particulièrement intéressant dans cette étude et a corrélé avec l’ambiance politique en France actuellement, c’est la dichotomie entre les médias et le vrai ressenti de la population. Le graphe radar ci-dessous est explicite en la question :

En effet, l’éducation demeure une préoccupation forte de la population régionale. Ils sont ainsi 74,2 % des répondants de l’enquête à considérer ce thème comme une priorité majeure, un niveau similaire à celui de 2021. En second lieu, on trouve le renforcement du système de santé, suivi de la lutte contre la précarité. (Source IdF) bien plus que l’insécurité…

Entrons maintenant dans le cœur du questionnement initial : résumé et analyse

A la base, Les personnes âgées ont un sentiment d’insécurité plus prononcé, même si elles sont moins exposées à la violence : tel est l’enseignement marquant de l’enquête 2023 « Victimation et sentiment d’insécurité en Île-de-France ». D’où l’importance d’un espace public accueillant pour lutter contre l’isolement et contribuer au « bien-vieillir ».

Les personnes âgées ne sont pas « par nature » plus exposées à l’insécurité. C’est l’un des enseignements majeurs de la dernière enquête « Victimation et sentiment d’insécurité en Île-de-France », dont il ressort que les aînés sont bien moins exposés aux agressions : 3 % des 65 ans et plus ont été victimes de violence au cours des trois années précédant l’enquête, tous types de violence confondus, contre 12 % pour le reste de la population. Ils sont aussi un peu moins confrontés aux vols sans violence : 9 %, contre 11 %. Les vols à leur encontre ciblent avant tout l’argent, les montres ou les bijoux (59 % des faits), plutôt que les téléphones ou les ordinateurs portables, biens les plus dérobés auprès des jeunes. Les cartes de crédit et chéquiers concernent 45 % des vols chez les aînés.

En dépit d’une moindre exposition, les personnes âgées franciliennes sont davantage préoccupées par la délinquance. Début 2023, 31 % la placent en tête des priorités d’action assignées au gouvernement, contre 20 % des moins de 65 ans. Un constat qui illustre la complexité des déterminants du sentiment d’insécurité, qui ne repose pas seulement sur l’expérience de victimisation. Le déclin des capacités physiques et cognitives avec l’avancée en âge peut jouer un rôle important dans la peur de ne pas pouvoir se protéger et/ou se remettre physiquement d’un vol ou d’une agression. Les femmes âgées sont un peu plus sensibles à cette inquiétude que les hommes du même âge (33 % contre 29 %) (source : étude).

À cette analyse, et en se basant sur les chiffres annoncés, on peut remarquer que le sentiment d’insécurité est plus fort. En effet, la population âgée (de plus de 65 ans) est naturellement plus insécurisée, car elle développe des faiblesses naturelles : à 60 ans, on court moins vite qu’à 20 ans. Ce n’est pas innocent comme constat dans les villes où il y a de plus en plus de personnes âgées et donc où le sentiment d’insécurité est naturellement plus fort à risque égal.

Avec ce constat, les personnes âgées recherchent à être rassurées. C’est entre autres le besoin croissant de se sentir en sécurité qui fait fleurir les caméras de surveillances. L’étude précise que 79% des personnes âgées sont favorables à davantage de vidéosurveillance ! . un phénomène également renforcé par le sentiment d’être observé et donc… moins seul (quelqu’un me regarde, je ne suis pas seul.e). Les pouvoirs publics l’ont bien compris et renforcent le nombre de caméras partout. Mais l’envers de cette pièce pose question. Comment nous l’expliquait une de nos étudiantes de la faculté d’architecture et d’urbanisme (cours des villes intelligentes), la multiplication des caméras en ville renforce pour les plus jeunes filles un contrôle social paternaliste : qui est derrière la caméra ? Qui me scrute ? Un homme ? Quelles sont ses intentions ?. Une autre étudiante nous montrait le manque d’efficacité réel par rapport à la sécurité des villes sauf à galvauder nos libertés.

En effet, avec les technologies avancées d’aujourd’hui, il est si simple de se pencher sur le décolleté d’une jeune demoiselle avec les caméras HD. Bien évidemment, il y a des logiciels de contrôle… Mais le sentiment d’insécurité est tout aussi tangible que celui ressenti par les personnes plus âgées.

Le cœur du problème est compréhensible : l’appréhension du danger chez les personnes âgées se traduit par le souhait d’être, ou tout du moins de se sentir, protégées aussi bien dans l’espace public que dans l’espace privé. Ce désir explique une demande plus forte du recours aux caméras de surveillance : 79 % des personnes âgées se disent favorables à leur installation dans les lieux publics pour lutter contre la délinquance (10 points de plus que chez les moins de 65 ans), et 74 % se déclarent rassurées par leur installation dans les transports en commun (12 points de plus que chez les plus jeunes). Les aînés sont par ailleurs plus enclins à trouver la présence policière dans leur quartier insuffisante, voire inexistante (38 %, contre 33 % pour les moins de 65 ans, source étude IPR).

Toutefois, tout n’est pas noir, bien au contraire : il apparait dans cette étude que les personnes âgées sont plus actives dans leur quartier grâce à leur temps libre. Ces mêmes occupations qui renforcent la sécurité dans lesdits quartiers et diminuent en même temps l’insécurité ressentie.

Une question

Se pose ensuite la question : comment réinventer le travail transgénérationnel entre les jeunes, les adultes et les personnes âgées. C’est probablement en trouvant des réponses dans ce cadre-là que le sentiment d’insécurité sera vaincu. Pour cela, il faut davantage d’assistants sociaux et d’animateurs de rue que de policiers…

Bonne et belle journée à vous.

Pour complément :

Dans le Cahier « Vieillir, et alors ? » :Article d’Isabelle Mallon : De l’importance des relations de voisinage (p. 131)

Dans la littérature :

Le sentiment d’insécurité dans les transports en commun, Vanier C., D’Arbois De Jubainville H., 30 janvier 2018, ONDRP, Grand Angle, n° 46, 27 p.

Retraite et société, 2015/2 (n° 71) Riom L ., Hummel C., Kimber L. et al., « “ Plus on est vieux, plus on se protège ” : le sentiment de sécurité chez les personnes âgées », p. 57-74.

Matériaux pour une sociologie de l’individu, Caradec V., « Les “ supports ” de l’individu vieillissant. Retour sur la notion de “ déprise ” », Presses universitaires du Septentrion, 2005.

Gérontologie et société, 2011/1 (VOL. 34 / N° 136) Le Goff Tanguy, « Peurs et victimations des personnes âgées. Au-delà des discours, quelle réalité chiffrée ? », p. 175-188.

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Pascal SIMOENS Ph.D, Architecte et urbaniste, data Scientist, expert Smart Cities. J’ai commencé ma vie en construisant des villes en Lego, j’en ai fait mon métier. Geek invétéré, aujourd’hui je joins mes passions du numérique et de la ville au travers d’une expertise smart Cities et smart-buildings en travaillant en bureau d’étude (Poly-Tech Engineering) et j’enseigne cette même expertise à l’UMONS et l’ULB. Complémentairement, je suis membre du bureau et trésorier du Conseil francophone et germanophone de l’ordre des architectes, baron au sein du Conseil national de l’Ordre des architectes.

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