SERIEZ-VOUS PRÊTS A ACHETER UN BIEN DESSINE PAR LE CORBUSIER ?

source : fondation Le Corbusier

Temps de lecture : 3 minutes
Mots clés : architecture, moderniste, patrimoine, cadre de vie

Telle est la question que je me suis posée lorsque j’ai appris que la villa Stein, située dans les Hauts-de-Seine à Vaucresson était mise en vente (AD magazine, 2020). Ce bâtiment construit en 1927, avant la villa Savoye de Poissy, dans le plus pur style avant-garde de l’entre-deux-guerres est appelé “les terrasses”. Certes, l’appartement à vendre n’est pas donné (1 200 000 €, mais très confortable avec ses 116 m², un toit-terrasse et 3 chambres. Le tout décoré avec goût et au bord du golf de Saint Cloud. Il est mis en vente sur un site regroupant des domaines d’exception, architecture de collection, bien dans l’air du temps où l’art, et donc l’architecture, devient une valeur refuge en ces temps incertains.

Intérieur de l’appartement, source : le site de vente « architectures de collection »

Ce projet de Le Corbusier donne envie d’y habiter : le cadrage des vues depuis le living, la déconstruction des angles avec des châssis simples, la luminosité des espaces, pourrait faire rêver… mais en fin de compte, ce type de bien se situe entre le château médiéval ou Renaissance transformé maintes fois à travers les siècles et nous déculpabilise pour l’adapter à nos besoins contemporains, et la maison nouvellement construite à nos besoins. Ici, nous sommes dans l’entre-deux ni contemporain, ni trop ancien et nécessitant adaptation. Ce type d’architecture et son inscription temporelle dans l’histoire nous renvoie au musée : on regard et on ne touche pas, au contrait d’un Van Eyck qu’on restaure ! On notera qu’en plus, le bien a été classé aux monuments historiques en 2017, soit hier ! la muséification est en cours…

Et dans ces conditions, acheter un bien à 10 000 €/m² reste intrinsèquement cher. D’autres villas subissent la même contrainte et les difficultés encore de s’y loger. Gaston Bachelard nous rappelle dans ses écrits que l’habitat est avant toute chose des lieux de vie et çà vivre. On ne vit pas dans un musée.

Me vient ainsi cette réflexion : pourquoi l’État ne développerait-il pas des “Paradores” de l’habitat ? Dans ces maisons ou immeubles trop contraints pour y vivre une vie pas souvent situés de manière exceptionnelle dans la ville ou inscrits dans le paysage et qui permettraient à des jeunes candidats de “vivre l’expérience” Le Corbusier, Auguste Perret, André Lurçat… quelques années. Une forme de pérennisation de l’affectation sans muséification et permettant à des gens de vivre dans un lieu exceptionnel le temps d’un bail pour un prix non conventionné, mais raisonnable et à condition de respecter le bien en l’état. Certes, une démarche à la marge des besoins en logements, mais ce serait aussi l’occasion d’un retour de la culture architecturale dans le quotidien des gens.

Et vous, qu’en pensez-vous ?
Fourberie ou utopie ?
Merci de votre lecture et bonne semaine!

Pascal SIMOENS Architecte et urbaniste, Data Curator. Spécialiste Smart Cities et données urbaines, Université de Mons, Faculté d’architecture et d’urbanisme

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