COMMENT LE WIFI URBAIN PEUT-IL CONTRIBUER AU DEVELOPPEMENT D’UNE VILLE ET REDUIRE LES INEGALITES?

duo tone graphic of smart city and wireless communication network

Temps de lecture : 9 minutes
Mots-clés : Wifi, gratuit, urbain

La question de mise en place d’un Wifi gratuit est souvent à l’ordre du jour des villes belges et européennes. Si les grandes villes ne s’en sortent pas trop mal, si des villes pionnières comme Barcelone ont déjà couvert l’entièreté de leur territoire (mais à faible débit), aujourd’hui, le Wifi à haut débit semble la norme (comme à Mons) eu égard à un usage de plus en plus intensif.

Avant d’analyser la manière d’implanter le Wifi, analysons d’abord les raisons d’installer un Wifi gratuit dans les centres-ville (à minima) alors qu’aujourd’hui tout le monde croit avoir de la data qui coule à flots via son abonnement mobile. Jean A. Miller, Tech Curator, journaliste au NYT, Washington Post et au Guardian précise 4 éléments constitutifs d’une politique de développement des réseaux Wifi gratuits :

  • Mieux gérer les infrastructures urbaines
  • Contribuer à la réduction des inégalités sociales
  • Développer l’attractivité de la ville et amener une nouvelle clientèle
  • Améliorer la sécurité publique

Gestion des infrastructures : plus généralement, la question de la transition technologique est sous-jacente à cette question. En effet, le Wifi urbain doit permettre à la ville d’anticiper la révolution 5G et des objets connectés et qui seront pleinement opérationnels en Belgique dans moins de 10 ans. À cet effet, la ville durable est particulièrement concernée, car grâce au Wifi, la gestion des éléments techniques (réseaux VRD) est essentielle pour réduire les consommations et analyser les systèmes urbains en temps réel. La seule question qu’une ville doit se poser est : est-ce que j’attends encore 10 ans pour mettre en place une politique de gestion durable de ma ville ? En ce sens, la perte de 30% d’eau des réseaux vétustes de distribution d’eau est-elle encore tolérable aujourd’hui ?

A woman pushes her walker past tents housing the homeless in Los Angeles, California on February 9, 2016. Los Angeles City and County officials are voting February 9 on plans aimed at ending homelessness in the community, mostly by making permanent housing available to the tens of thousands of people who are homeless. / AFP / AND Frederic J. BROWN (Photo credit should read FREDERIC J. BROWN/AFP/Getty Images)

Contribuer à la réduction des inégalités : C’est certainement l’un des enjeux majeurs de la mise en place du Wifi gratuit. En effet, la rupture numérique sociale est aujourd’hui de deux ordres : la première concerne les personnes qui ont difficile à intégrer les questions numériques dans leur quotidien, que l’on soit universitaire, vieux, jeune ou ouvrier n’est pas le problème. C’est une période transgénérationnelle où certaines personnes ont difficile à s’adapter à ce Nouveau Monde. La seconde catégorie est celle qui nous concerne pour le Wifi gratuit. Elle relève des personnes qui sont dans une situation financière précaire et toutefois obligées d’avoir un abonnement 4G performant, car c’est leur smartphone qui leur permet d’être connectés à l’ensemble des services urbains et municipaux. Une situation qui va s’accentuer dans les années à venir avec la dématérialisation des services publics, quels que soient les niveaux de pouvoirs. La rupture technologique avec l’arrivée de la 5G va accentuer cette situation. Il semble donc nécessaire, dans une politique d’aide aux plus démunis, de contribuer à leur faciliter la vie en leur offrant un accès sécurisé, haut débit et constant au travers du Wifi gratuit. En plus, notons que la concentration de la pauvreté dans les cœurs de villes a tendance à exclure les autres quartiers du concept de « Wifi gratuit ». C’est probablement une erreur à ce niveau de services. Une réflexion similaire à celle de Barcelone mérite attention et où les connexions sont concentrées autour des stations de métro plutôt que ciblant uniquement le cœur de ville.

Carte des photos géolocalisées selon l’origine du photographe : bleu autochtone, orange touristes, 2015, NY, Flikr.

Attractivité urbaine : nombre de villes se lancent maintenant dans des politiques ambitieuses de transformation de leur économie de service en économie numérique. Si cette volonté n’est pas à mettre en cause, il serait intéressant de se poser quelques instants pour vérifier les ingrédients nécessaires à ce type de développement. Plus précisément, il est question du modèle urbain de Landry et Florida : la ville créative. Une ville qui attire les geeks et autres nerds à haut niveau de formation et hauts revenus. Cette population a des exigences urbaines, entre autres, d’être constamment connectée, mais pas que ! De fait, ils sont également tous des potentiels créateurs de richesses, créations d’usages nouveaux, de nouveaux besoins et de nouvelles applications. Toutefois, pour atteindre cet objectif il faut absolument avoir un terreau suffisamment dense et créatif. Ces propositions comme le plan Catch à Charleroi fait partie de ce type de mutations, mais il lui manque le terrain de jeu : le wifi gratuit en ville pour permettre d’exploiter ces petits services développés sur un coin de table ou dans un garage et qui peuvent, par la suite, se développer à une échelle mondiale : Facebook, Amazon, Google, Apple et Microsoft sont tous passés par là.

Améliorer la sécurité publique : ce dernier point nous concerne un peu moins en Europe où la fibre optique est assez bien investie dans les zones urbaines. Aux USA, la question est différente et ils profitent de la mise en place des caméras de surveillance connectées en fibre optique pour y connecter également le Wifi. Pour rappel, aujourd’hui, le Wifi est le meilleur moyen de géolocaliser quelqu’un… en cas de situation précaire et dangereuse, le Wifi peut contribuer à sauver des vies.

Voilà donc 4 thématiques qui sont relevées par la journaliste J.A. Miler et correspondantes bien aux enjeux actuels. Vous constaterez que si vous lisez son article qui relate ces éléments, mon approche est plus européenne et locale. Néanmoins, les points de vue se rejoignent sur la philosophie globale, quel que soit le continent : aujourd’hui, le Wifi est un des enjeux urbains à part entière : être connecté, offrir plus de services, développer l’économie, sécuriser est de nombreux termes génériques qui interagissent avec les habitants et leurs responsables politiques.

Il reste un élément fondamental dans la méthode de mise en œuvre des systèmes Wifi. Deux solutions s’offrent aux responsables politiques : la concession ou la mise en place d’un système publique.

La première solution est facile et rapide. Elle permet de bypasser les inerties traditionnelles des services communaux qui ne sont pas habitués à mettre en commun les services de la voirie, les impétrants, les informaticiens. La seconde est doc beaucoup plus complexe et laborieuse. Toutefois, il est d’intérêt public de travailler dans le sens de cette solution : un wifi public est important pour deux raisons :

  • Garantir la gestion de l’espace public sans privatisation du transfert des données. C’est entre autres le cas de NY avec le projet LinkNYC implémenté par Google. Certes, cette solution a permis de couvrir avec plus de 1.700 bornes connectées, informatives et Wifi bien au-delà de Manhattan. Toutefois, si vous vous baladez à New York, sachez que toute connexion avec ces bornes renvoie toutes vos données de localisation, usage d’apps, etc. vers les serveurs de Google qui est le propriétaire desdites bornes.
  • Garantir à long terme une accessibilité aux données urbaines pour prévoir l’avenir des services. En effet, en 2021 la nouvelle mouture de la gestion des données privées (GDPR) permettra de qualifier les données publiques de deux manières : les données fortes (celles qui sont nécessaires pour offrir de nouveaux services à la collectivité) et les autres données. L’enjeu des données fortes va redistribuer les cartes des acteurs du numérique en ouvrant des flots de métadonnées qui pourront être exploitées pour générer de nouveaux services. C’est la question de la mobilité, des commerces, etc. Une ville florissante sera une ville ayant le plus de données ouvertes.
LinkNYC, Bornes Wifi gratuites installées à NY par Google.

Finalement et au-delà de la démonstration des usages et besoins en Wifi, ce qui semble le plus important c’est de comprendre que même si une nouvelle technologie (la 5G) va bientôt déferler sur nos villes, le Wifi est donc un enjeu bien plus important : capter les données des citoyens en ville pour ensuite les redistribuer afin qu’ils puissent jouir de nouveaux services. Des données pouvant également servir de terreau à de potentiels futurs Bill Gates et Steve Jobs utilisant les données urbaines comme terrain de jeu. Le Wifi est ainsi une manière de garantir la liberté de transfert es données qui, avec les opérateurs 5G seront de plus en plus privatisés et monétisés.

Merci pour votre lecture

Pascal SIMOENS, architecte et urbaniste, Data Curator.

Quelques liens complémentaires :

Comment les villes répondent à la demande de Wi-Fi public

Des leaders informatiques créatifs font du Wi-Fi dans toute la ville une réalité abordable

Espace public : Google a les moyens de tout gâcher — et pas qu’à Toronto

MapLab: Why Google Hopes You’ll Walk

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