THE GEOGRAPHY OF CREATIVE CITIES IS CHANGING : FROM LARGE METROPOLISES TO REGIONAL CITIES

les Jardins de la Rambla de San, Photographie: Adrià Goula

Temps de lecture : 6 min.

Comme vous le savez, J’adore comparer les questions urbaines des villes nord-américaines avec celles de l’Europe de l’Ouest. Souvent, l’un des territoires est en avance sur l’autre (sans distinction), ce qui nous permet de mieux comprendre ce qui se passera dans les années à venir en Europe ou aux USA, selon le contexte. Aujourd’hui, nous allons nous appuyer sur deux phénomènes concomitants et qui vont nous permettre de mieux cerner les enjeux du développement des villes créatives en Europe.

Tout d’abord, Richard Florida (inventeur du concept de ville créative) et Todd Gabe (économiste, Université du Maine) nous proposent dans un article de CityLab (9 juillet 2019) une analyse des cartes révélant la croissance des classes créatives aux USA et dans les grandes aires urbaines.

En substance, que nous apprend cette analyse ?

  • Les crises économiques (comme en 2008) modifient profondément les territoires dans les activités économiques. Bien sûr nous pourrions parler ici de l’exemple significatif de Detroit, mais au-delà de cet exemple, l’évolution des taux de croissance des métros américaines montre un basculement sur le pivot de 2008-2010.
  • Ce basculement démontre de nouvelles conséquences : les grandes métropoles continuent à truster la classe créative,[1] mais le redressement et contraction du marché immobilier, complété par la concentration de cette classe créative dans les grandes métropoles ont contribués à un exode vers de plus petites métropoles à fort potentiel technologique (car c’était dans leurs plans) comme Denver, Philadelphie …
  • Ces villes de second rang ont tiré profit de la crise en offrant une qualité de vie et un environnement de qualité avec des logements plus abordables. Plus particulièrement, certaines villes de la Rustbelt (la ceinture d’acier : Detroit, Pittsburgh…) et de la Sunbelt (la ceinture du soleil avec Las Vegas et Phoenix comme emblèmes), sont de plus en plus attractives pour les universitaires (Florida , 2015).

Intéressante, l’étude démontre bien d’autres éléments  sur le développement et l’évolution des villes créatives aux USA, mais pour l’Europe, l’essentiel est là et donne à penser que des villes comme Liège ou Charleroi peuvent aussi et à leurs échelles, tirer parti de l’évolution de la classe créative bruxelloise qui n’est pas sans lien avec l’augmentation du coût immobilier. Ainsi, peut-être qu’il serait temps de s’imaginer des mouvements pendulaires inversés de Bruxelles et du Brabant Wallon, vers la métropole carolo ou liégeoise.

Grands métros avec les plus grandes et les plus petites actions de la classe créative en 2005 et 2017 ,
source Citylab, Florida, Gabe

Encore faut-il que ces agglomérations soient attractives. Or, l’étude de Florida et Gabe n’est que le dessus de l’Iceberg. En effet, l’analyse plus précise des villes démontre que des villes comme Baltimore (côte est, sur l’axe NY-DC) ou Denver s’en sortent particulièrement bien alors qu’elles étaient loin d’être dans le scope des investisseurs technologiques. Sur base de leurs projets, comment faire en Wallonie pour positionner les deux métropoles comme des pôles d’appuis de grande qualité ?

  • Sans nul doute, la première approche est le renforcement de l’enseignement. Que ce soit le développement du pôle universitaire à Charleroi et la création de la cité des métiers, le renforcement des IFAPME pour soutenir le tissu économique local et les exigences élevées de services des classes créatives ou encore les pôles de compétences qui doivent revenir en cœur de ville.
  • La seconde nécessité est l’amélioration de la qualité des espaces publics. Non pas seulement un lifting, mais bien la programmation avec le développement d’espaces créatifs et innovants : tiers lieux, espaces hybrides, développement des espaces atypiques et singuliers à chaque ville. Les villes ont besoin d’un costume pour accueillir leurs nouveaux habitants, mais pas seulement des espaces de qualité urbanistique et paysagère, mais aussi des espaces connectés (au sens littéral et aussi humain), versatiles, expérimentaux. Ce sont des questions telles que l’apport de l’aménagement des espaces publics en ville et à Liège, par exemple, dans le cadre de l’arrivée du tram. L’intégration des coteaux liégeois dans la ville et aussi à Charleroi, le développement d’un centre-ville plus large, intégrant les friches et terrils dans le vécu urbain quotidien, de l’hôpital Marie Curie à l’ancien hôtel de ville de Marcinelle.

En tout état de cause, l’exemple de la High Line et ses dérivés ont démontré leurs limites dans l’aspect conceptuel. De fait, si le processus de récupération d’un espace public au travers d’une ligne de chemin de fer était innovant il y a 20 ans, les bébés de la High Line à Séoul, Tokyo, Londres, Atlanta, Miami, Barcelone, Philadelphie, Singapour… Bien que la qualité paysagère de ces projets ne soit pas à remettre en cause, ne pas se rendre compte que ce type de projet aujourd’hui ne porte plus aucune innovation dans ses concepts, fait passer les concepteurs à côté de la réalité. L’exemple de ce qu’appelle Freagus O’Sullivan « le naufrage de la marée » à Londres en dit long sur ces constats. Alors, pourquoi parler de la High Line ? Parce que j’aurais pu également vous parler de Bilbao et son musée. La classe créative est friande de projets innovants d’une part pour être attiré par la ville, d’autre part pour y rester. Cela signifie que la ville doit constamment se renouveler. Une approche qui ne peut se révéler et durer que grâce à la dynamique des acteurs de terrains, les villes étant dans l’incapacité fonctionnelle à développer des projets suffisamment flexibles et versatiles que pour qu’ils se renouvellent continuellement.

Les villes sont comme des paquebots qui peuvent changer de direction, mais avec suffisamment de lag que pour passer à côté du quai. Les institutions doivent donner les grandes orientations, mais surtout contribuer, par l’organisation du territoire et de l’espace physique, à faire émerger l’inconnu et la créativité de ses habitants. Cela implique une nouvelle forme de gouvernance territoriale où les services municipaux se mettent au service des acteurs locaux et non plus seulement du maire. Il faut accepter lâcher du lest dans les grandes métropoles pour qu’elles puissent respirer l’innovation spontanée et quotidienne. La ville doit devenir bienveillante et régulatrice dans l’interaction des acteurs de terrains.

Il y aura sans nul doute des déchets, mais, peu importe, les agglomérations moyennes (entre 0,5 et 1 million d’habitants) offrent des opportunités, car elles restent à tailles humaines et facilitent les relations IRL basées sur les outils numériques. Cette proximité est un potentiel énorme dans un monde qui vit à 100 à l’heure. Dans ces conditions, la ville créative « de seconde zone » peut devenir une ville de premier rang en s’appuyant sur le potentiel de son propre territoire et sur ses forces vives renouvelées.

Il y a un potentiel énorme dans le développement des métropoles régionales, ne le galvaudons pas.


[1] Pour rappel : 9 universitaires sur 10 font partie de la classe dite « créative », mais seulement 6 sur 10 composent la classe créative dans sa globalité.

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